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Réchauffement climatique : et si tout se passait plus vite que prévu?

Carcasse de deux bateaux de bois abandonnés
Le lac Poopó, en Bolivie, a été durement affecté par les changements climatiques en conjonction avec l'irrigation pour l'agriculture. Photo: Reuters / David Mercado
Agence France-Presse

Les impacts du dérèglement climatique arrivent-ils « plus vite que prévu »? De l'élévation du niveau des océans à la montée des événements extrêmes, les bouleversements étaient annoncés depuis longtemps, soulignent les chercheurs, qui admettent cependant avoir pu parfois en sous-estimer l'ampleur.

À Incheon, en Corée du Sud, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU (GIEC), en réunion avec les gouvernements, s'apprête à publier lundi le dernier état des connaissances sur un réchauffement de 1,5 °C par rapport a l'ère préindustrielle, un horizon très proche, dans un monde déjà frappé par la montée du mercure et ses incidences.

« Les choses que les scientifiques avaient promises pour le futur sont en train de se produire », a dit Jennifer Morgan, la directrice de Greenpeace International. « On pensait avoir plus de temps, mais non ».

« Malheureusement tout, ou presque, était dit il y a 30 ans », souligne aussi Jean Jouzel, longtemps vice-président du GIEC, pionnier de la glaciologie. « Ce réchauffement marqué, sur lequel se superpose une recrudescence d'événements extrêmes, c'est ce qu'on vit aujourd'hui! ».

Il y a un côté assez triste de voir se dérouler dans le monde réel ce que la physique du climat nous a appris depuis des années.

La climatologue Valerie Masson Delmotte

Le climatologue Jean-Pascal Ypersele cite le rapport Une seule planète, préparé en 1972 pour la première conférence de l'ONU sur l'environnement humain, qui parlait d'« effets globaux et catastrophiques » d'une possible augmentation de 2 °C de la température du fait des émissions de CO2.

« Ceux qui ont sous-estimé la sévérité du changement climatique sont plutôt la plupart des dirigeants politiques, qui ont si peu agi pendant tant d'années », a indiqué le scientifique belge, qui y voit deux raisons : « le manque d'intérêt pour les questions de long-terme, et les efforts des lobbies des industries des énergies fossiles pour instiller le doute dans les analyses sur le changement climatique et ses solutions ».

Les scientifiques ont pêché par excès de prudence

Les scientifiques admettent aussi avoir souvent penché du côté de la prudence.

Pour Michael Mann, de l'Université d'État de Pennsylvanie, « les modèles de projections ont été exagérément conservateurs, avec une tendance à sous-prévoir les impacts en cours, dont la perte de banquise en Arctique, de glace au Groenland ou en Antarctique Ouest, et donc la montée des mers en résultant ».

« Les modèles n'ont pas non plus réussi à saisir les impacts complets sur les événements extrêmes, comme ceux qui ont frappé l'Amérique du Nord, l'Asie ou l'Europe cet été », a dit le chercheur, auteur d'une étude décrivant des phénomènes en Arctique qui étaient mal saisis par les modèles.

L'incertitude n'est pas notre amie. Plus on comprend les processus physiques, en les incluant dans les modèles, et plus on voit que les impacts du changement climatique ont une probabilité d'être plus forts et rapides qu'on ne l'avait d'abord estimé ».

Le système « des études scientifiques, qui font l'objet de revue par les pairs, est hautement conservateur », ajoute le climatologue Peter Frumhoff, aujourd'hui à l'ONG Union of concerned scientists.

Et puis il y a une tradition culturelle en sciences et surtout en science du climat, qui veut ne pas être trop alarmiste.

Le climatologue Peter Frumhoff

Ajouter à cela le fonctionnement du GIEC, qui procède par consensus, et dont le rôle est de préciser quelles conclusions scientifiques relèvent d'un haut degré de confiance et celles qui sont plus spéculatives.

Le résumé de ses rapports, à destination des décideurs, est adopté par les gouvernements, avec lesquels il faut parfois négocier la formulation, comme c'est le cas à Incheon.

En tout état de cause, « les rapports du GIEC se renforcent les uns après les autres, mais tout reste dans la continuité du premier », a dit Jean Jouzel, qui liste les pistes de travail encore nombreuses pour la recherche.

Qu'il s'agisse de l'ampleur de la montée de la mer – « certaines études annoncent 80 cm à la fin du siècle, certaines 3 m! Comment laisser cette épée de Damoclès au-dessus des régions côtières? » – des inconnues sur les précipitations, ou du besoin de connaître les impacts régionaux, « oui , estime M. Jouzel, c'est sûr il faudra un 7e rapport du GIEC! »

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