•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le phoque gris pourrait faire disparaître la morue du sud du golfe

Des phoques en groupe

Une colonie de phoques gris

Photo : iStock / Ian Dyball

Radio-Canada

La surabondance de phoques gris pourrait mener à la disparition de la morue dans le sud du golfe du Saint-Laurent.

Un texte de Joane Bérubé

C’est ce qu’un responsable de la recherche à Pêches et Océans Canada a déclaré lors des consultations du Bureau d’audiences publiques sur l'environnement (BAPE) à propos de la modification possible des limites de la réserve écologique de l’île Brion, aux Îles-de-la-Madeleine.

Cette modification pourrait ouvrir la porte à une chasse limitée aux phoques gris dans certains secteurs de l'île.

Depuis plusieurs années, le phoque gris est montré du doigt comme étant le principal frein au rétablissement de la morue du sud du golfe. 

Une étude qui sera publiée sous peu, selon le directeur des sciences pélagiques et écosystémiques à l’Institut Maurice-Lamontagne, Michel Gilbert, viendra démontrer qu’il n’y a pas de possibilité de rétablir la morue sans un contrôle de la population de phoques.

Le directeur du secteur des Îles-de-la-Madeleine pour Pêches et Océans Canada, Cédric Arseneau, a toutefois expliqué que l’approche du ministère en est une de précaution basée sur la conservation de l’espèce à des niveaux durables.

L’objectif actuel des prélèvements autorisés ne vise pas à réduire la population de manière significative.

Les phoques gris peuvent manger de 4500 à 20 000 tonnes de morues par année, ce qui représente jusqu’à 50 % de la mortalité naturelle de la morue du sud du golfe. Un phoque peut manger une morue de 75 centimètres.

Le phoque gris est aussi un prédateur important de la raie tachetée et de la merluche, deux espèces à fort risque de disparition dans le golfe.

La présence de phoque gris est aussi liée à une distribution non négligeable de certains parasites.

On n’est pas en mesure de dire qu’on a une surpopulation, mais on est en présence d’une espèce qui a un impact sur l’écosystème.

Michel Gilbert, directeur des sciences pélagiques et écosystémiques à l’Institut Maurice-Lamontagne

Une population en forte croissance

Selon les données de 2016, la population serait de 425 000 individus, dont environ 44 000 dans le golfe du Saint-Laurent et le reste sur le plateau néo-écossais. Les scientifiques observent que la population croît de « manière exponentielle » depuis le début des années 2000.

Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation importante de la population de phoques gris, dont la diminution du couvert de glace en raison des changements climatiques. Les phoques qui mettaient bas sur la banquise ont alors migré vers des sites terrestres.

Un phoque sur une plage.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un phoque.

Photo : iStock / HelenWalkerz65

Ces endroits se sont avérés plus stables et plus sécuritaires pour les veaux.

Une chasse moins intensive et le déclin de prédateurs comme le requin ou l’orque de l’Atlantique ont aussi favorisé le phoque gris.

La hausse des populations de phoque gris n’est pas un phénomène entièrement naturel, elle est aussi une conséquence de comportements humains. Le fait, par exemple, que certains sites de mises bas comme l’île au Sable ou l’île Brion soient isolées et sans contact avec l'homme a aussi aidé à la croissance du troupeau.

L'île Brion, un nouveau site de mise bas

La consultation sur la possibilité d'autoriser une chasse limitée au phoque gris à l’île Brion a ainsi permis d’apprendre que les scientifiques n’y avaient observé qu’une cinquantaine de naissances en 2010. Six ans plus tard, ils en dénombraient 1500.

Les phoques gris prolifèrent à l'île Brion.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les phoques gris prolifèrent à l'Île Brion.

Photo : Anonyme

Cette année, certains Madelinots parlent de 3000 veaux, ce qui pourrait être la limite supérieure de l’évaluation scientifique, a reconnu M. Gilbert. Ces données ne sont pas disponibles pour le moment.

L’île Brion compte 5000 phoques gris, soit environ 12 % de la population du golfe.

La chasse qui pourrait y être autorisée n’aurait pas d’effet significatif sur l’ensemble du golfe, selon le porte-parole de Pêches et Océans Canada. Elle pourrait toutefois avoir des impacts sur l’habitat marin local.

Changements climatiques

Les commissaires du BAPE ont aussi pu entendre le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre.

Ce dernier a souligné que sa communauté était à la recherche d’une solution simple qui sera mise en place rapidement. Il a aussi demandé que tout le pourtour de l’île Brion, et non seulement les plages, soit exclu des limites de la réserve écologique.

Les changements climatiques et l’érosion vont modifier les pourtours de l’île, qui seront différents dans quelques années, ce qui amènera les phoques à se déplacer, a-t-il fait valoir.

Présent aux audiences, le directeur des aires protégées du ministère de l'Environnement, Francis Bouchard, a reconnu qu'il s'agissait d'une avenue à envisager.

Ce besoin d’agir dans un contexte de changements climatiques a aussi été exprimé par le président de l'Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Gilles Thériault.

Il a invité les commissaires à faire preuve de souplesse. Adopter une réglementation suffisamment souple pour qu’on puisse travailler avec ça. Il ne faut pas oublier que la chasse est un outil de conservation.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Chasse et pêche