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analyse

Élection à la tête de la francophonie : l’insistance de Michaëlle Jean crée un malaise

Le reportage de Fannie Olivier
Fannie Olivier

Plusieurs pays souhaitent que Michaëlle Jean retire d'elle-même sa candidature à sa réélection comme secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), parce qu'ils craignent un malaise au sommet d'Erevan en Arménie.

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, on peut s'attendre à ce que le Canada se rallie rapidement si un consensus se dessine en faveur de la candidate rwandaise, afin de ménager les relations diplomatiques entre Ottawa et Paris, de même qu’avec l'Afrique.

À la tête de l’OIF depuis quatre ans, l’ancienne gouverneure générale du Canada fait face à une adversaire redoutable : Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda, qui a l’appui de la France et de l’Union africaine.

Deux sources ont confirmé à Radio-Canada que, dans les cercles diplomatiques, la campagne de Michaëlle Jean est jugée pratiquement perdue.

« Elle a perdu au niveau du terrain. Elle n’a pas fait campagne, contrairement à sa rivale qui a fait le tour de l’Afrique. Elle ne se fie qu’à son bilan », a souligné une source.

Les membres de la Francophonie désignent le secrétaire général non par vote, mais par consensus. Même si le Canada appuie encore officiellement Michaëlle Jean, Ottawa fera un « calcul pragmatique » pour ménager sa relation avec la France et l’Afrique.

« On veut que le Sommet soit un succès. Ce serait dommage qu’on ne discute que du poste de secrétaire générale, plutôt que des enjeux, a signalé une autre personne au fait du dossier. Ce serait mieux que ce soit réglé avant. Il ne faut pas que le malaise se poursuivre à Erevan. »

Une source gouvernementale canadienne a confirmé qu’aucun poste n’a été proposé à Michaëlle Jean pour la convaincre de retirer sa candidature.

Au bureau de Mme Jean, on indique qu’elle n’a pas l’intention de rendre les armes. « Mme Jean est plus déterminée que jamais », a écrit par courriel Bertin Leblanc, porte-parole de la secrétaire générale.

Dépenses controversées

Michaëlle Jean a été placée sur la sellette après une série d’articles des journaux de Québecor sur ses dépenses. L’OIF a notamment dépensé 500 000 $ pour rénover l’appartement de fonction de Mme Jean à Paris. La facture d’une croisière destinée à une centaine de jeunes organisée par l’OIF a également fait sourciller.

À la suite de ces révélations, le premier ministre Justin Trudeau avait d’ailleurs insisté sur l’importance de la transparence et de la gestion des fonds publics, sans toutefois blâmer directement l'ex-gouverneure générale.

« Ça a terni énormément l'intérêt qu'on aura eu pour l'OIF ces quatre dernières années. On n’a pas porté un regard très attentif sur le mandat qu’elle s’est donné », note François Audet, directeur de l'Institut d'études internationales de Montréal.

Martin Normand, de l’Université d’Ottawa, qui s’intéresse aux enjeux qui touchent les langues officielles, croit que le bilan de Mme Jean est mi-figue, mi-raisin.

« Il y a eu toute la question de la transparence dans la gouvernance de l’OIF sous Michaëlle Jean. C’est sûrement dans l’arrière-pensée de plusieurs des pays membres, signale-t-il. Mais d’un autre côté, toute son initiative sur la promotion de l’égalité des genres, de l’égalité des chances au sein de l’alliance, ça semble avoir résonné beaucoup auprès des pays membres. »

Même si aucune offre n’a été faite à Mme Jean pour qu’elle retire sa candidature, François Audet croit que, si elle perd à Erevan, les propositions ne sauraient tarder.

« Le gouvernement canadien devra identifier une place adéquate pour Mme Jean. Même si elle ne fait pas l’unanimité, je crois qu’elle peut continuer à contribuer étroitement à la diplomatie internationale du Canada », soutient-il. Il estime qu’elle pourrait par exemple jouer un rôle pour faciliter l’obtention d’un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Par ailleurs, le premier ministre désigné du Québec, François Legault, effectuera sa première sortie diplomatique dans ses nouvelles fonctions en Arménie. Il s'est montré par le passé très critique des dépenses de Michaëlle Jean. Ainsi, Québec ne risque pas de se battre bec et ongles lui non plus pour s'assurer qu'elle reste à la tête de la Francophonie.

Fannie Olivier est journaliste politique à Ottawa.

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