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Nomination de Kavanaugh : des républicains clés condamnent les railleries de Trump sur Ford

Le président Donald Trump se tourne vers des partisans au cours d'un rassemblement politique à Southaven, au Mississippi, alors que plusieurs d'entre eux brandissent des pancartes.
Le président Donald Trump au cours d'un rassemblement partisan à Southaven, au Mississippi Photo: Reuters / Jonathan Ernst
Radio-Canada

Les trois sénateurs républicains susceptibles de bloquer la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis ont critiqué le président Trump de s'être moqué de son accusatrice Christine Blasey Ford.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Insensibles », « inacceptables », « abominables » : ces sénateurs dont le vote pourrait se révéler décisif ont condamné sans réserve les propos du président qui, la veille, s’est moqué de la femme qui a affirmé devant la commission judiciaire du Sénat avoir été agressée sexuellement par Brett Kavanaugh pendant leur adolescence.

Le sénateur de l’Arizona Jeff Flake, membre de la commission judiciaire du Sénat qui a forcé le déclenchement d’une brève enquête du FBI sur les allégations, a qualifié la réaction du président de « manifestement insensible et épouvantable » sur les ondes de CNN.

Il n'y a pas de moment ou d’endroit [où de telles remarques sont justifiées], mais discuter de quelque chose d'aussi délicat lors d'un rassemblement politique est tout simplement inacceptable.

Jeff Flake, sénateur de l'Arizona

Sous les applaudissements et les rires de la foule réunie à Southaven, au Mississippi, le président Trump a caricaturé, mardi, les oublis de Catherine Blasey Ford.

« Comment êtes-vous rentrée chez vous? » « Je ne m'en souviens pas. » « Comment êtes-vous arrivée là? » « Je ne m'en souviens pas. » « Où cela s’est-il passé? » « Je ne m'en souviens pas. » « Il y a combien d'années que cela s’est passé? » « Je ne sais pas. Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas. » « Dans quel quartier cela s’est-il passé? » « Je ne sais pas. » « Où est la maison? » « Je ne sais pas. En haut de l'escalier. En bas. Je ne sais pas, je ne sais pas. Mais j'ai bu une bière, c'est la seule chose dont je me souvienne », a ironisé le président.

« Et la vie d'un homme est en lambeaux. La vie d'un homme est brisée », a-t-il lancé à ses partisans.

Un ton qui tranchait avec sa réaction plus posée à l’issue du témoignage de Mme Blasey Ford, après laquelle il avait pourtant reconnu qu’elle était « crédible » et « convaincante ».

Tollé chez les sénateurs

Deux sénatrices réputées pour être modérées, elles, n'ont pas ri.

« Les commentaires du président se moquant de la Dre Ford, hier, étaient totalement inappropriés et, à mon avis, inacceptables », a déclaré la sénatrice de l’Alaska Lisa Murkowski. Interrogée sur l’impact de ces déclarations sur sa décision, elle a répondu qu’elle prenait « tout en considération ».

Sa collègue du Maine Susan Collins, une autre républicaine réputée pour être modérée, a déploré des commentaires « tout simplement inacceptables ».

Elle n’a cependant pas indiqué si cela influencerait son vote final sur la confirmation du juge Kavanaugh, qui pourrait se tenir au Sénat dès cette semaine.

Les trois républicains ont précédemment indiqué qu'ils attendaient le résultat de l'enquête du FBI avant de prendre leur décision.

Même les alliés du président n'ont pas apprécié son ton.

Sur Twitter, le président républicain de la commission judiciaire du Sénat, Chuck Grassley, qui a déjà voté en faveur de la nomination de Brett Kavanaugh et entend voter de façon similaire, a plaidé pour le retour de la civilité dans les échanges.

Les gens peuvent décider qui croire. Mais j'en appelle à tous : arrêtez les attaques personnelles et la destruction de la Dre Ford et de sa famille ou du juge Kavanaugh et de sa famille.

Chuck Grassley, président de la commission judiciaire du Sénat

Lindsay Graham, sénateur républicain de la Caroline du Sud, dont la défense du juge Kavanaugh a été la plus virulente, a aussi demandé au président de faire preuve de retenue. « Je lui dirais de ne pas en remettre. Ça n'aide pas », a-t-il soutenu.

Sans surprise, plusieurs élus démocrates ont pour leur part condamné les propos du président et exigé des excuses.

« Dire que c’est inapproprié n’est pas suffisant. C’est cruel et dénué de toute empathie, s'est insurgée la sénatrice Kamala Harris, de Californie. Je suis embarrassée que le président des États-Unis traite ainsi cette femme. »

« Cette attaque ignoble qui tourne en dérision une victime d'agression sexuelle crédible et extrêmement éloquente est une marque d'irrespect et de mépris non seulement pour la Dre Blasey Ford, mais aussi pour toute la communauté des victimes », a ajouté le sénateur du Connecticut Richard Bluementhal.

Le président a seulement été factuel, selon sa porte-parole

Christine Blasey Ford prête serment avec la main droite levée.Christine Blasey Ford prête serment devant la commission judiciaire du Sénat. Photo : Associated Press / Andrew Harnik

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a nié que le président se soit moqué de Christine Blasey Ford.

Il n’a fait qu’« affirmer des faits que la Dre Ford a elle-même exposés dans son témoignage », a-t-elle soutenu.

« Chaque mot prononcé par le juge Kavanaugh a été décortiqué, chaque mot pendant chaque seconde de son témoignage a été décortiqué. Mais si quelqu'un dit quoi que ce soit au sujet des accusations portées contre lui, ça devient totalement interdit et scandaleux », a-t-elle déploré, ajoutant que les faits démontrés corroboraient la version du juge.

Elle a présenté le juge et son accusatrice comme les victimes d'un complot démocrate visant à faire dérailler le processus de nomination.

Le président Trump est lui-même passé à l'attaque. Les électeurs républicains sont « très en colère » à cause du traitement « méchant et méprisable » réservé par les démocrates au juge Kavanaugh, a-t-il tweeté en lettres majuscules.

Sa conseillère Kellyane Conway a pour sa part affirmé que Mme Blasey Ford avait jusqu'ici été « traitée comme un oeuf de Fabergé ». Le président a « juste montré des incohérences factuelles », a-t-elle jugé.

Une lecture que n'a pas partagée l'avocat de la Dre Ford, Michael Bromwich, qui a dénoncé une attaque « vicieuse, vile et sans âme ».

Des démocrates pourraient aider Kavanaugh

Brett Kavanaugh lors de son témoignage devant le comité du Sénat le 27 septembre. Brett Kavanaugh lors de son témoignage devant le comité du Sénat le 27 septembre. Photo : Reuters / Jim Bourg

Les médias américains indiquent que le FBI pourrait rendre son rapport à la Maison-Blanche d'une minute à l'autre.

S'ils ont interrogé Mark Judge, un ami de Brett Kavanaugh également incriminé par la Dre Blasey Ford, les enquêteurs n'ont pas jugé nécessaire de rencontrer les deux protagonistes.

Ils ont en revanche auditionné Deborah Ramirez, qui accuse Brett Kavanaugh d'avoir exhibé son sexe lors d'une soirée bien arrosée à l'Université Yale. Une troisième femme, Julie Swetnick, qui a accusé le jeune Kavanaugh de s'être montré agressif envers les femmes sous l'effet de l'alcool, n'a pas non plus été interrogée, selon son avocat Michael Avenatti.

Majoritaires au Sénat, les républicains entendent confirmer la nomination du juge Kavanaugh le plus rapidement possible, au terme d'un processus marqué par des tensions exacerbées et une partisanerie étroite.

« Il est temps de mettre un terme à ce spectacle embarrassant », a soutenu le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, assurant qu'il y aurait un vote « cette semaine ».

Même si les sénateurs Flake, Murkowski et Collins rejetaient la nomination du juge Kavanaugh, celui-ci pourrait ironiquement être nommé à vie à la Cour suprême grâce à deux démocrates, qui n'ont toujours pas indiqué comment ils voteront.

Les sénateurs démocrates Heidi Heitkamp, du Dakota du Nord, et Joe Manchin, de la Virginie-Occidentale, pourraient faire pencher la balance en sa faveur. Représentant des États conservateurs, ils sont au coeur de luttes serrées pour les élections de mi-mandat.

Les républicains détiennent actuellement une courte majorité au Sénat, avec 51 sièges sur 100. Le juge Kavanaugh n'a besoin que de 50 appuis, puisque le vice-président, Mike Pence, aurait le vote prépondérant advenant l'égalité.

Le leader de la majorité républicaine au sénat, Mitch McConnell, tente d'organiser un vote aussi tôt que vendredi matin pour mettre fin au débat sur la nomination du juge Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis. Les républicains ont besoin d'obtenir une majorité simple.

Si le sénat met fin au débat, un vote final sur la nomination du juge Kavanaugh pourrait avoir lieu samedi.

Avec New York Times, CNN et AFP

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