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Blaise Ndala, lecteur compulsif et sans frontières

Portrait du juriste et écrivain d'origine congolaise Blaise Ndala, debout en veston et chemise blanche devant un mur de briques gris pâle.

Le juriste et écrivain Blaise Ndala fait partie du jury du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2019.

Photo : Pascale Castonguay

Radio-Canada

Même s'il ne croit absolument pas aux « recettes magiques », le romancier d'origine congolaise Blaise Ndala nous livre six conseils pour écrire une bonne nouvelle.

Juriste de jour (il est enquêteur au bureau de l’ombudsman des détenus), l'auteur Blaise Ndala avoue nager en plein « cafouillage littéraire » depuis quelques mois, entre l'adaptation de son premier roman pour le cinéma, l'écriture de son troisième roman et ses allers-retours entre le Canada, le Congo, la Belgique, Haïti et les États-Unis.

Poussé par la curiosité, ce lecteur compulsif a tout de même accepté d'être membre du jury du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2019, aux côtés de Marie-Claire Blais et de Stéfanie Clermont, y voyant « la chance d’assouvir sa soif littéraire. »

Selon lui, l’écriture d’une nouvelle se compare à un exercice de « speed dating littéraire » : un texte court où chaque phrase a pour but de surprendre, puis de conquérir en un temps record.

Avec la nouvelle, tout est dans l'ellipse, le rythme, puis la chute. J’aime la magie qui émane de cette esquisse dont on livre au lecteur une vision à la fois fugitive et poignante.

Blaise Ndala, membre du jury du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2019

Comment se démarquer?

Quand on lui demande ce qu'il cherche dans une nouvelle, Blaise Ndala répond que chercher ne lui semble pas être le verbe qui convienne. Il nourrit plutôt « l’attente d’un élément qui tout de suite détonne, déstabilise, fait naître un doute ou une interrogation, bref, met les sens sur le qui-vive ».

Voici, à notre demande, sa liste de choses à faire et à ne pas faire pour écrire une bonne nouvelle :

À faire :

  • D’entrée de jeu, faire en sorte que le personnage principal soit dans une scène qui suscite l’émotion, qu’il se retrouve devant une décision dont on entrevoit tout de suite les conséquences prévisibles ou inéluctables, ou alors qu’il soit aux prises avec un événement qui met l’esprit du lecteur dans un certain émoi : un drame, un accident, une découverte, une rencontre insolite, peu importe. Le but est de produire un choc et d’annoncer ainsi la couleur, sans qu’il soit nécessaire de donner trop de place à la description du décor.
  • Présenter le héros ou l’héroïne d’une façon très ordinaire en apparence, tout en suggérant de manière subtile que la banalité mise en avant n’est que trompe-l’œil. L’astuce consiste ici à nourrir l’intuition du lecteur, lui donner le sentiment d’avoir débusqué un non-dit qui ne peut être que le fil conducteur menant vers le dénouement. Le but est à la fois de mettre ses sens en alerte et de convoquer ses émotions.
  • Créer une rupture dans l’ordre établi, une anormalité, afin d’intriguer le lecteur, de le faire basculer dans une interrogation tout en le tenant en haleine. Face au dépouillement qui caractérise la nouvelle, on y parviendra en immergeant le lecteur dans une situation sans lui offrir toutes les clés pour la cerner. Les indices lui seront alors livrés parcimonieusement au fil des pages (ou pas), ce qui ne devrait pas empêcher de sortir au besoin la carte de la fulgurance sous forme de rebondissement, idéalement au moment ultime de la chute.

À éviter :

  • Installer une pléthore de personnages qui ne fera que rallonger le texte et lui faire perdre en densité.
  • Tout miser sur la chute et ne pas donner au corps de l’histoire le rythme et la tension qui caractérisent ce genre. Selon moi, il n’y a pas pire ennemi de la nouvelle que sa chute, quand elle n’a été écrite que pour sa chute.
  • Cela devrait tomber sous le sens, mais je vais le rappeler : si vous avez choisi d’écrire en français, c’est parce que vous estimez avoir la maîtrise de cette langue. Ne laissez pas votre lecteur en douter : les écrivains qui ont du métier continuent à recourir au dictionnaire.

Blaise Ndala est né dans l’ex-Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). Il a quitté son pays en 2003 pour poursuivre des études de droit international en Belgique avant d'émigrer au Canada en 2007. Son premier roman J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’Interligne, 2014), a remporté le Prix du livre d’Ottawa, après avoir été sélectionné pour 4 autres distinctions, dont le Prix Trillium 2015. Classé parmi les 15 titres incontournables de la littérature franco-ontarienne, le livre est en cours d’adaptation cinématographique. Son deuxième roman, Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d’encrier, 2017), a pour sa part été répertorié parmi les « Incontournables 2017 » de Radio-Canada. Il a également été sélectionné, entre autres, pour le Grand Prix littéraire d’Afrique noire et le Prix Trillium 2018, ainsi que pour le Prix du livre d’Ottawa. Après avoir travaillé en Haïti comme Représentant d’Avocats sans frontières Canada, Blaise Ndala a réintégré la fonction publique fédérale à titre d’Enquêteur principal auprès du Bureau de l’Enquêteur correctionnel du Canada. Il vit à Ottawa.

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