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Libre-échange : soupir de soulagement en Alberta

Un bétail bovin en pâture près d'une usine de transformation alimentaire à Brooks en Alberta.
La valeur des exportations de boeuf canadien vers les États-Unis dépasse plus de 3 milliards de dollars par année. Photo: La Presse canadienne / Larry MacDougal
Radio-Canada

Alors que l'ouverture du marché canadien aux importations de lait américain sème la consternation au Québec et en Ontario, le nouvel Accord États-Unis–Mexique-Canada (AEUMC) apaise plutôt les craintes des agriculteurs de l'ouest du pays.

Un texte de François Joly

Tant chez les producteurs de boeuf que chez les producteurs de blé, on se réjouit de voir que l’accord ne contient pas de nouvelles restrictions aux exportations vers les États-Unis.

La moitié des producteurs de boeuf canadien sont situés en Alberta. Le vice-président de l’Association des producteurs de boeufs du Canada craignait comme plusieurs qu’un échec des négociations ne mène à l’imposition de tarifs douaniers punitifs par les États-Unis.

« On dit toujours que la règle numéro un, c’est de ne pas causer de dommages, explique Dennis Laycraft. Nous aimions beaucoup l’ancienne version de l’Accord de libre-échange nord-américain. »

Le directeur général de la Commission albertaine du blé et de l’orge, Tom Steve, croit lui aussi que la nouvelle entente protège les acquis des agriculteurs de l’ouest : « Ça préserve notre accès à notre premier marché d’exportation, les États-Unis. »

Tom Steve en entrevue.Tom Steve rappelle que l'industrie agricole de l'Ouest dépend largement des exportations vers les États-Unis. Photo : Radio-Canada

En vertu du nouvel accord, les producteurs américains de blé auront accès à une plus grande part du marché canadien. Tom Steve ne s’attend toutefois pas à ce que les importations de blé américain augmentent de façon importante.

La valeur des exportations de boeuf canadien vers les États-Unis dépasse plus de 3 milliards de dollars par année. Le Canada exporte également pour 550 millions de dollars de blé vers le reste de la planète chaque année. Au total, l’industrie agroalimentaire albertaine exporte plus de 11 milliards de dollars de denrée annuellement.

Le ministre albertain du Commerce et du Développement économique, Deron Bilous, a salué le maintien du Chapitre 19 sur la résolution des disputes commerciales. Il a également souligné que le nouvel accord facilite l’exportation du pétrole albertain vers les États-Unis. Certains tarifs sur les exportations pétrolières seront abolis une fois l’accord entré en vigueur. « Selon ce que nous a dit le gouvernement fédéral, ça représente des économies d’environ 60 millions de dollars par année [pour les entreprises pétrolières] », a-t-il précisé.

Les producteurs de lait, les oubliés de l’ouest

L’ouverture de 3,59 % du marché canadien des produits laitiers aux importations américaines ne fait toutefois pas l’affaire des producteurs de lait albertains. Mike Southwood, le directeur général de l’Association des producteurs de lait de l’Alberta, s’inquiète de voir entrer au Canada du lait diafiltré américain, qui sert dans la fabrication de produits transformés comme le yogourt et le fromage.

« Les États-Unis ont un énorme surplus de production, et l’entrée de ces surplus au Canada ne va pas aider nos producteurs ni créer des emplois dans les usines de transformation », déplore-t-il.

Dennis Laycraft en entrevue dans son bureau.Dennis Laycraft craignait qu’un échec des négociations ne mène à l’imposition de tarifs punitifs par les États-Unis. Photo : Radio-Canada

Chez les producteurs de boeuf tout comme chez les producteurs de blé, on croit toutefois que les besoins de l’industrie agricole dans son ensemble doivent passer avant ceux des producteurs de lait, d’oeufs et de volaille. « Tant que la gestion de l’offre ne met pas en danger notre capacité d’accéder à d’autres marchés internationaux, nous n’avons pas de problème », précise toutefois Dennis Laycraft, de l'Association des producteurs de boeufs du Canada.

Certains croient toutefois que le Canada aurait pu aller encore plus loin et se débarrasser complètement de la gestion de l’offre, qui encadre la production des produits laitiers, de la volaille et des oeufs.

L’ancienne députée libérale Martha Hall Findlay, qui dirige aujourd’hui la Canada West Foundation, croit que le compromis obtenu par le Canada place les producteurs dans une mauvaise position. Ils doivent céder une partie du marché canadien, sans pourtant être en mesure d’exporter davantage. « Pour les Américains, c’est gagnant-gagnant, mais pour le Canada, c’est un peu perdant-perdant. Nous avons le pire des deux mondes », ajoute-t-elle.

Avec les informations de Charlotte Dumoulin

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