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Aznavour et le Québec, une belle histoire d'amour

Charles Aznavour est assis et regarde sur le côté. Derrière lui, deux drapeaux du Québec.

Charles Aznavour, en 2009, lorsqu'il a reçu l'Ordre national du Québec.

Photo : Getty Images / FOCALFIX

La Presse canadienne

Avec le décès de Charles Aznavour, c'est tout un pan de l'histoire musicale francophone qui vient de disparaître. Le chanteur et comédien, qui est mort à l'âge de 94 ans, aura laissé une marque indélébile dans la province qu'il a visitée à de nombreuses reprises au cours de sa longue carrière.

L'histoire d'amour entre Charles Aznavour et le Québec ne date pas d'hier. En 1948, environ deux ans après avoir été remarqué par Édith Piaf, il débarque au cabaret montréalais Au Faisan Doré, où il présente avec le pianiste Pierre Roche une série de spectacles pendant environ un an et demi. Il se lie également d'amitié avec d'autres chanteurs québécois, dont Jacques Normand et Monique Leyrac.

C'est à partir de ce moment que décolle la carrière nord-américaine d'Aznavour, alors qu'elle tarde à prendre son envol de l'autre côté de l'Atlantique.

Michel Emer, Édith Piaf, Eddie Constantine et Charles AznavourAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Édith Piaf pose avec Michel Emer (à gauche) et Eddie Constantine et Charles Aznavour (à droite)

Photo : AFP / AFP

C'est aussi à cette époque, dans les années 1950, que certains tentent de le dissuader de poursuivre sa carrière dans le domaine de la chanson, car il serait trop petit, trop peu instruit, mais surtout à cause de sa voix.

« Les professeurs que j'ai consultés sont catégoriques : ils m'ont déconseillé de chanter. Je chanterai pourtant, quitte à m'en déchirer la glotte », écrit-il à cette époque.

Né en France en 1924 de parents arméniens, Charles Aznavour finit par connaître la gloire dans l'Hexagone au début des années 1960, après un passage mémorable au théâtre Alhambra à Paris en 1957, où il fait un tabac, notamment grâce à la chanson Je m'voyais déjà. Toutefois, Charles Aznavour revient toujours au Québec.

Je suis arrivé ici comme un “maudit Français”, mais très très vite je suis devenu presque un Québécois.

Charles Aznavour, en recevant l'insigne d'officier de l'Ordre national du Québec en 2009

En 2009, l'Université de Montréal lui attribue également un doctorat honorifique pour son « apport à la culture francophone ».

En six décennies de carrière, Aznavour se voit souvent en haut de l'affiche au Québec. Même s'il soutient qu'il n'a pas l'intention de faire une tournée d'adieu, c'est précisément ce qu'il fait en 2002 – en se gardant bien de fermer la porte complètement à un retour sur scène.

« On ne se retire jamais vraiment parce que, si un jour on me demande de remonter sur scène pour une œuvre de bienfaisance, je le ferai. Uniquement pour une œuvre de bienfaisance, pas pour autre chose », déclare-t-il à l'époque au quotidien La Presse.

L'infatigable chanteur, bien connu pour son implication dans la cause arménienne, ne peut résister à l'appel de la scène bien longtemps – et pas uniquement pour des œuvres de bienfaisance. En 2005, il récidive avec un autre dernier tour de piste, une tournée dont le coup d'envoi est donné au Québec. Il revient dans la province en 2008, à l'occasion du 400e anniversaire de la ville de Québec.

Quelques jours avant ce grand spectacle en plein air sur les plaines d'Abraham, il est investi à titre honorifique au sein de l'Ordre du Canada. « L'Arménie est mon âme et le Québec est plutôt mon cœur », lance-t-il, ému, à Rideau Hall.

Robert Charlebois, qui assiste à la cérémonie, fait l'éloge du chanteur français, qu'il considère comme son « parrain dans le monde du spectacle ».

Rencontrer Aznavour, c'est comme rencontrer le pape pour un jeune curé. C'est le pape de la chanson française et le plus québécois des chanteurs français depuis le plus longtemps.

Robert Charlebois, auteur-compositeur-interprète

Au cours de sa prolifique carrière, Charles Aznavour unit sa voix à celles de nombreux artistes québécois, dont Céline Dion et Gilles Vigneault, en plus de participer à de nombreux événements en compagnie d'artistes d'ici.

L'ancien protégé de « La Môme Piaf » vit d'ailleurs, en 1996, un véritable coup de foudre professionnel pour une chanteuse québécoise, Lynda Lemay, qu'il entend lors d'un concert en hommage à Charles Trenet au festival de jazz de Montreux. Il donne par la suite un sérieux coup de pouce à la chanteuse dans sa carrière européenne.

« Nous sommes des écrivains d'une chanson qui traite du quotidien. C'est important, le quotidien, parce que c'est à travers les petites choses de la vie que l'on s'adresse aux gens, qu'on leur enlève un peu du poids de leurs difficultés », dit le chanteur à Lynda Lemay en 2000 lors d'un entretien rapporté par Le Nouvel Observateur.

Charles Aznavour, qui a chanté les amours de jeunesse, les amours insatisfaites et les amours brisées, a été marié trois fois.

« Comment s'y prend-il, cet Aznavour, pour rendre l'amour malheureux sympathique aux hommes? Avant lui, le désespoir était impopulaire. Après lui, il ne l'est plus », disait Jean Cocteau du chanteur qui laisse tant la France que le Québec en deuil.

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