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Une série de morts de femmes connues inquiète en Irak

Tara Farès portant un drapeau de l'Irak.

La star d'Instagram Tara Farès a été assassinée dans sa voiture.

Photo : Compte instagram de Tara Farès

Agence France-Presse

Une entrepreneure, deux directrices de centres de beauté et, jeudi, une célèbre mannequin : quatre Irakiennes bien en vue dans un pays conservateur sont récemment mortes. Deux d'entre elles ont été assassinées sous l'œil des caméras, faisant naître un sentiment d'angoisse chez les femmes.

Dernier drame en date, l'assassinat jeudi à Bagdad de l'influenceuse et mannequin Tara Farès a suscité l'émoi dans le pays. Cette star des réseaux sociaux a été atteinte de plusieurs tirs alors qu'elle se trouvait dans sa Porsche blanche décapotable aux fauteuils rouges.

De son vivant, à chaque fois qu'elle publiait une nouvelle photo d’elle sur les réseaux, une pluie de commentaires, venant à la fois d’admirateurs et de détracteurs, tombait sur elle.

La jeune femme de 22 ans avait imposé son style détonnant dans un pays conservateur, déchiré par une quinzaine d'années de violences.

Avec 2,7 millions d’abonnés, elle venait d'être classée parmi les personnalités irakiennes les plus influentes en ligne.

Deux jours avant Tara Farès, Souad al-Ali, militante et femme d'affaires de Bassora, ville pétrolière du sud récemment secouée par des manifestations meurtrières, était abattue de plusieurs balles alors qu'elle se trouvait elle aussi dans une voiture.

La police a ouvert une enquête et accusé son ex-mari, en fuite, de l'avoir assassinée.

Plus tôt, en août, deux femmes d’affaires ont perdu la vie. Elles étaient directrices de centres d'esthétique et de chirurgie plastique bagdadis bien en vue. D'abord Rafif al-Yassiri, surnommée « Barbie » d'après le nom de son institut, puis Racha al-Hassan, qui avait fondé le Viola Beauty Center.

Toutes deux ont été retrouvées sans vie à leur domicile. Malgré les enquêtes ouvertes, le mystère reste total : crise cardiaque, meurtre, stupéfiants... Toutes les pistes persistent.

Brimer les droits des femmes?

Si un voile de mystère demeure, pour la directrice d'Amal, une ONG qui milite pour les droits des femmes, cette série de morts est inquiétante. Elle n’hésite pas à la mettre en lien avec les droits des femmes.

« Les groupes armés, les tribus, les gangs criminels... Tous ceux-là ont des postes » jusqu'au sein des autorités et des forces de sécurité, assure à l'AFP Hanae Edwar, dans les locaux de son association à Bagdad.

Ces récentes disparitions sont « un message de menace envoyé aux militantes en particulier, mais aussi à toute la société », poursuit-elle.

S'en prendre à des femmes qui sont des personnalités publiques, c'est tenter de les forcer à se cloîtrer chez elles.

Hanae Edwar

Les forces de sécurité tentent de rassurer et de dissocier les affaires. Mais, ces derniers jours, le premier ministre Haider al-Abadi a semblé lier les événements survenus à Bagdad et à Bassora et a ordonné aux unités d'élite du renseignement de se saisir des enquêtes.

Dans un communiqué, il a évoqué « des éléments laissant penser qu'il y a un plan décidé par des parties organisées pour perturber la sécurité, sous prétexte de lutter contre la dépravation ».

Loin d'être rassurée, Safaa Nasser, une styliste témoignant sous un nom d'emprunt, avoue avoir déjà changé ses habitudes.

« Ces derniers jours, mes filles et moi sortons moins et je reste loin du milieu de la mode », explique à l'AFP celle qui organisait jusqu'à récemment des défilés, entre autres événements.

Selon elle, « il y a des gens qui ne veulent pas que l'Irak se développe et que les femmes soient visibles. Ils veulent nous ramener en arrière ».

« Les forces de sécurité doivent faire la lumière sur ce qui se passe, ce sont des actions préméditées et il y a un réseau organisé », assure-t-elle. « Les femmes que je connais se disent que leur tour viendra. »

Coïncidence ou pas, trois des quatre femmes disparues sont mortes un jeudi.

« À chaque fois, ça se répète », note Hawra Walid, 29 ans, rencontrée alors qu'elle magasinait dans un centre commercial de Bagdad.

« Maintenant, chaque jeudi, le stress monte », confie-t-elle à l'AFP.

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