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Couillard et Legault se lancent dans une surenchère sur la protection de la gestion de l'offre

Une mêlée de presse avec, au centre, M. Couillard.

Philippe Couillard a commenté l'état des négociations de l'ALENA à son arrivée à son local électoral de Roberval, dimanche après-midi, la veille des élections générales au Québec.

Photo : Radio-Canada / Dany Pilote

Radio-Canada

À moins de 24 heures de la 42e élection générale au Québec, les leaders des quatre principaux partis politiques s'inquiètent de possibles concessions canadiennes sur la gestion de l'offre, alors qu'une entente semble à portée de main dans le cadre des renégociations de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Philippe Couillard (PLQ) et François Legault (CAQ), en particulier, haussent le ton.

Un texte de Yannick Donahue et de Jérôme Labbé (Nouvelle fenêtre)

Le Globe and Mail rapportait dimanche qu’Ottawa serait prêt à autoriser l’entrée de produits laitiers américains sur le marché canadien. Le quotidien parle de « concessions significatives » – plus élevées que ce que prévoyait le Partenariat transpacifique – qui seraient sur le point d'être faites dans le système de la gestion de l’offre, qui régit la production dans les secteurs de la volaille, des œufs et du lait.

« On ne laissera rien passer », a déclaré le chef libéral à son arrivée dans Roberval, sa circonscription, au terme d'une journée éreintante commencée aux Îles-de-la-Madeleine.

« Je vais le répéter : Je vais utiliser tous, tous les outils possibles » a-t-il poursuivi, ajoutant être en contact directeur avec Raymond Bachand, négociateur en chef du gouvernement du Québec dans le dossier de la renégociation de l'ALENA, et Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA). « Les outils, c’est de ne pas déclarer le Québec lié par une entente qui ne recevrait pas l’assentiment de nos producteurs, c’est d’explorer toutes les avenues, y compris les recours juridiques, pour bloquer l’entente, bloquer toute l’entente s’il le faut, pour protéger l’agriculture et nos régions. »

Appelé à préciser sa pensée, M. Couillard a dit savoir qu'« un recours juridique pourrait entraîner le retard ou le blocage de l'accord ». « Je le ferais, je n'hésiterais pas. Maintenant, [...] il faudra étudier les textes pour voir si on a un recours juridique possible. Au minimum, ce qu'on peut faire, c'est de ne pas déposer de textes qui déclareraient le Québec lié si c'était une entente qui ne reçoit pas l'assentiment de nos producteurs. »

Plus tôt, à son arrivée à l'aéroport de Bagotville, M. Couillard a aussi tendu la main aux agriculteurs en vue du scrutin de lundi. « Je demande à tous les agriculteurs du Québec de se rallier à moi, au Parti libéral du Québec, pour défendre leurs intérêts et protéger la gestion de l’offre pour les prochaines années et les prochaines générations », a-t-il dit.

Aucun compromis, martèle Legault

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec a déclaré « qu’aucun compromis sur la gestion de l’offre ne serait acceptable ».

Invité à commenter l’appel de M. Couillard aux agriculteurs à voter pour le PLQ, François Legault a répliqué que l’heure n’était pas à « faire de la politique partisane ».

« Je pense que ce n’est pas le temps d’essayer de profiter de cette situation, a-t-il déclaré. C’est le temps d’être unis. Que les quatre chefs soient unis. »

Les quatre partis sont unanimes : il ne faut pas faire de concession sur la gestion de l’offre.

François Legault, chef de la CAQ

Questionné sur ce qu’il ferait si des concessions étaient consenties dans ce secteur, M. Legault n’a pas voulu s’avancer.

« Je ne veux pas ouvrir la porte à aucun autre scénario que de protéger à 100 % la gestion de l’offre », a-t-il répondu.

Son équipe de transition est en contact avec le bureau du premier ministre canadien, a-t-il mentionné, et il est possible qu’une entente survienne au cours des prochaines heures.

« Mon équipe de transition s’est assuré avec Justin Trudeau que s'il y a une victoire de la CAQ demain soir, que j’aurai l’occasion, dès demain soir, d’avoir une conversation directement avec Justin Trudeau », a-t-il ajouté.

Un goût amer, dit Lisée

Pour sa part, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a affirmé que ce qui « se passe à Washington est très grave ». Il a déploré le fait que le Québec est « complètement dans le noir sur les concessions mises sur la table par Ottawa ».

« Si le Canada nous lâche, il y aura un goût amer, c’est sûr », a-t-il affirmé. « Les agriculteurs l’auront, les Québécois l’auront et le fait qu’on ne soit pas à la table de négociation, c’est une indication qu’une nation qui n’est pas indépendante ne peut pas contrôler les concessions qu’on fait en leur nom. C’est un argument de plus pour l’indépendance. »

Selon M. Lisée, il s'agit là d'un scénario classique. « Le Québec va être sacrifié pour protéger l'Ontario », a-t-il dénoncé.

Il met en garde le gouvernement Trudeau sur les conséquences éventuelles d’une telle décision.

Il y aura un prix politique à payer à l’élection fédérale de l’an prochain pour ceux qui nous auront lâchés.

Jean-François Lisée, chef du PQ

Le chef péquiste blâme le gouvernement Couillard pour sa mollesse dans ce dossier. Mais comme le chef libéral, il se pose en défenseur des intérêts du Québec. « Les Québécois ne sont pas sans voix. Ils peuvent aller demain aux urnes pour choisir le parti qui a toujours défendu les intérêts du Québec. »

Une perte de souveraineté, déplore Massé

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a déploré elle aussi que la voix du Québec n’ait pas été entendue à Ottawa. « Je pense qu’il est temps de changer ces façons de négocier, où le peuple perd sa souveraineté, les États perdent leur souveraineté », a-t-elle dit.

On le sait depuis plusieurs semaines qu’il semble que le Québec va être sacrifié encore une fois. Je pense que cela témoigne encore une fois que l’indépendance du Québec est plus que nécessaire.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

Mme Massé a servi un avertissement au premier ministre canadien. « Si M. Trudeau est en train de plier sur des questions aussi fondamentales pour les Québécois que sont l’exception culturelle et la gestion de l’offre, je pense qu’il va nous trouver sur son chemin », a-t-elle prévenu.

À propos de l’appel de M. Couillard aux agriculteurs, Mme Massé croit que ceux-ci font fausse route en voyant en lui un défenseur de leurs intérêts. « M. Couillard n’a pas été une bonne protection pour le Québec », a-t-elle affirmé.

Pour appuyer ses dires, Mme Massé a cité le cas de l’industrie du bois œuvre. Elle a souligné que sous le gouvernement libéral il y a eu deux crises du bois œuvre et chaque fois la réponse a été la même, a-t-elle constaté.

Elle reproche à l’équipe libérale de s’être contentée d’accorder des subventions aux acteurs du milieu au lieu de travailler à diversifier les débouchés, maintenant ainsi une dépendance des entreprises d’ici face aux humeurs de l’administration américaine.

Un front commun

Trois des quatre chefs des principaux partis politiques ont fait front commun, le 31 août dernier, pour réclamer le maintien de la gestion de l'offre dans le cadre de la renégociation de l’ALENA.

Le chef libéral, son homologue péquiste et la co-porte-parole de Québec solidaire ont tour à tour défendu ce système de régulation de la production, lors d'une conférence de presse tenue dans les bureaux de l'UPA, à Longueuil.

La CAQ avait dépêché sur place Sylvie D'Amours, porte-parole du parti en matière d’agriculture, de pêcheries et d’alimentation.

Alors en campagne à Saguenay, François Legault n'avait pas participé à ce front commun plutôt inusité en période électorale. Il s'est plutôt entretenu au téléphone devant les caméras de télévision avec Marcel Groleau pour l'assurer de son appui.

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