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Deux lignes droites et quelques courbes

Un montage photo montre les chefs qui débattent sur le plateau de TVA.
De gauche à droite : Jean-François Lisée, Philippe Couillard, Manon Massé, François Legault Photo: TVA
Michel C. Auger

Si l'on regarde les sondages effectués depuis la mi-août, on découvrira deux tendances lourdes qui n'ont à peu près pas fluctué et quelques courbes qui sont survenues au fil de la campagne des différents chefs.

Les deux lignes droites et totalement parallèles, si on les place sur un graphique, sont celles du désir de changement de gouvernement et le vote du Parti libéral du Québec (PLQ). De plus, elles n’ont pratiquement pas bougé depuis le début de la campagne.

Si l'on prend les chiffres d’IPSOS (aux fins de cohérence, et ceux des autres maisons sont tous semblables), le nombre de Québécois qui voulaient un changement de gouvernement n’a presque pas changé depuis le printemps dernier, se situant à un ou deux points près à 60 %.

Dans la même période de temps, le vote du Parti libéral du Québec n’a à peu près pas changé lui non plus, soit entre 29 et 32 % pour finir à 31 %. Ce taux, qui pourrait lui accorder le plus grand nombre de voix lundi soir, cache une autre réalité, beaucoup plus inquiétante pour le PLQ.

Parmi les électeurs francophones, qui constituent les quatre cinquièmes des électeurs et contrôlent donc le bloc de circonscriptions le plus important, le PLQ n’obtient plus que 16 % des suffrages. Dans certains sondages, il était même au quatrième rang chez les francophones.

À moins, donc, d’une historique « prime à l’urne » – soit un écart entre les prédictions des sondeurs et le vote réel –, il serait presque impossible pour les libéraux de former un gouvernement, même minoritaire.

À aucun moment la campagne de Philippe Couillard n’aura donné de signes qu’elle était sur le point de prendre son envol. Et des performances bonnes, mais sans plus, aux débats n’auront pas fait bouger les aiguilles des sondeurs.

M. Couillard termine donc la campagne exactement avec les mêmes appuis que lorsqu’il l’a commencée. Rien de moins, mais rien de plus. Une longue ligne droite. Une ligne droite prévisible depuis le temps des mesures d’austérité, alors qu’on a accusé, non sans raison, son gouvernement de ne pas avoir de cœur.

Le premier ministre sortant aurait pu s’aider en démontrant un peu plus de compassion pour les gens qui ont vraiment souffert de ses compressions – les rapports de la protectrice du citoyen en étaient pleins –, mais il faut croire que de telles émotions ne font pas partie de son personnage public.

Une majorité évaporée?

Les autres partis ont vu des courbes dans leur appui. La plus spectaculaire a été celle de François Legault et de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui partait gagnante et qui termine en ne sachant pas trop si le gouvernement majoritaire qui était à sa portée au mois d’août ne s’est pas évaporé.

Entre les deux débats en français, M. Legault a connu une semaine d’enfer, démontrant qu’il ne connaissait pas certains des éléments de base du système d’immigration canadien et québécois.

Une mauvaise passe qui venait malheureusement confirmer les sentiments de plusieurs électeurs, à savoir que le chef de la CAQ n’est pas toujours vu comme celui qui lit ses dossiers avec le plus d’attention. Sa popularité a donc chuté jusqu’à se retrouver quelques jours en deuxième place après les libéraux.

Une performance plus solide lors du deuxième débat en français et un voyage stratégiquement payant « loin, loin, loin », comme l’ont décrit ses adversaires, lui auront permis de stabiliser la situation et d’endiguer ce qui ressemblait à une hémorragie.

Mais celle-ci a laissé des séquelles quant à la crédibilité de M. Legault, et si un gouvernement majoritaire lui échappe, lundi soir, il saura que c’est probablement à cause de cela.

Le lent déclin

Le Parti québécois (PQ) est dans un lent déclin depuis sa dernière victoire en 1998, sauf pour le bref sursaut d’énergie du gouvernement minoritaire de 2012. Et c’est pour stopper le déclin de ce que ses propres militants ont appelé « la machine à perdre », que Jean-François Lisée a proposé de retourner sur « le chemin des victoires » en ne promettant plus de référendum sur la souveraineté en cas de victoire du PQ.

Malheureusement pour lui, la courbe du déclin ne s’est pas arrêtée, elle s’est même accentuée. L’automne dernier, le PQ était juste sous la barre des 30 %. Les sondages ne lui en accordent plus que 18 %.

Le PQ a pourtant eu une courbe ascendante vers le milieu de la campagne, résultat de la bonne performance de M. Lisée en tournée. Mais cette idée d’attaquer de front Manon Massé sur les structures internes de Québec solidaire (QS) et sur certains aspects à saveur marxiste de son programme a plutôt mal tourné pour lui. Son parti a repris la courbe vers le bas et se retrouve à égalité avec QS, si l'on tient compte de la marge d’erreur.

Quant à la co-porte-parole de QS, Manon Massé, elle aura été la surprise de la campagne. Pas tant parce qu’elle a eu une « partie gratuite », comme l’a soutenu M. Lisée, mais parce que son ton authentique a réussi à susciter une sincère sympathie chez les électeurs et à marquer une brisure réelle avec les vieux partis.

La courbe de QS a été ascendante tout au long de la campagne, et le parti de gauche pourrait réussir l’exploit de doubler son nombre de députés comme son vote populaire. Quand on sait que le parti devait composer avec le départ de ses deux fondateurs, Françoise David et Amir Khadir, cela devrait constituer, lundi soir, la plus grande surprise de la campagne.

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