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Exploitation des tourbières en Abitibi : des groupes invitent à la prudence

Une tourbière.
Une tourbière Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Alors que certains projets de récolte de la tourbe pourraient voir le jour sous peu dans la région, des groupes voués à la protection de l'environnement lancent un appel à la réflexion et à la prudence. Les tourbières jouent un rôle crucial pour limiter l'émission du carbone dans l'atmosphère.

Un texte de Thomas Deshaies

L'exploitation des tourbières était jusqu'à présent relativement marginale en Abitibi, mais tout semble indiquer que ce secteur d'activité économique pourrait se développer de manière importante dans les prochaines années.

La directrice générale de l'Association des producteurs de tourbe horticole du Québec (APTHQ), Geneviève Potvin, estime qu'il y a un « fort potentiel » en Abitibi. Il va y avoir quelques beaux projets sur du moyen et long terme [en préparation], mais pas nécessairement d'immenses projets pour débuter, explique-t-elle.

Tourbière Lambert a d'ailleurs franchi une première étape en obtenant son certificat d'autorisation en juin dernier pour l'exploitation d'une tourbière située dans la municipalité de paroisse de Senneterre, près de trois ans après avoir déposé sa demande. Le promoteur pourrait recevoir sous peu ses autorisations pour des sites situés à Champneuf et à Rochebaucourt.

Tourbière LambertTourbière Lambert Photo : Radio-Canada / Thomas Deshais

Le porte-parole du Regroupement vigilance mine de l'Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT), Marc Nantel, aimerait qu'une discussion ouverte ait lieu avant l'implantation de plusieurs exploitants de tourbière dans la région. C'est toujours pareil. C'est d'abord un petit projet, puis si on a dit oui à ce petit projet, il y en a un deuxième, puis un troisième, et quand est-ce qu'on arrête? se questionne M. Nantel. Il aimerait que la région puisse avoir une réflexion de fond avant d'être mise devant le fait accompli.

Quelle utilisation commerciale pour la tourbe?

Au Québec, la tourbe récoltée sert presque entièrement comme composante pour des substrats de culture. Une portion plus marginale des récoltes sert à d'autres utilisations comme la filtration des eaux usées ou comme litière pour animaux.

Les tourbières emmagasinent plus de 50 % du carbone terrestre du Québec

La directrice générale du Conseil régional de l'environnement en Abitibi-Témiscamingue (CREAT), Clémentine Cornille, aimerait être rassurée quant au processus d'évaluation des projets par le ministère de l'Environnement. Elle rappelle que certaines tourbières mettent plusieurs centaines, voire milliers d'années pour se former. Quels sont les contrôles et les suivis réalisés par le ministère? se questionne Mme Cornille.

Pourquoi? Les tourbières ont plusieurs fonctions écologiques, et jouent un rôle majeur quant à la captation du carbone. Selon une étude réalisée par la professeure au Département de géographie de l'Université du Québec à Montréal Michelle Garneau pour le compte du ministère de l'Environnement en 2015, environ 50 % du carbone terrestre du Québec serait emmagasiné dans les tourbières.

Il s'agit donc selon elle de milieux humides essentiels, notamment dans un contexte de changements climatiques

Une augmentation des investissements dans la conservation, la réhabilitation et la gestion des tourbières, des forêts, des milieux humides pourrait limiter les émissions de gaz à effet de serre et éviter qu'ils ne s'échappent dans l'atmosphère.

Extrait du rapport de synthèse de la valeur et la répartition du stock de carbone terrestre au Québec (avril 2016)

Toujours selon cette étude, la province naturelle des Basses-terres de l'Abitibi contiendrait à elle seule près de 25 % du carbone emmagasiné dans l'ensemble des tourbières du Québec.

Questionné à propos du processus d'acceptation des projets, le ministère de l'Environnement a décliné notre demande d'entrevue. Par courriel, la représentante du ministère précise toutefois que l'évaluation se fait dans une perspective de développement durable et en considération de la capacité de support de ces milieux et de leur bassin versant.

Des avancées importantes quant à la restauration, selon l'APTHQ

Selon Geneviève Potvin, directrice de l'Association des producteurs de tourbe horticole du Québec (APTHQ), d'importantes avancées ont eu lieu au cours des 20 dernières années quant aux méthodes de réhabilitation des sites. Elle souligne notamment les travaux du Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET).

Les nombreuses années de recherche ont servi à peaufiner les techniques de restauration puis aussi à s'assurer du succès des travaux, à voir comment on peut encore améliorer les retours de ces fonctions écologiques, affirme-t-elle.

Mme Potvin explique que son organisme accompagne les industriels afin d'assurer une amélioration constante de leurs pratiques liées aux plus récentes avancées scientifiques.

L'APTHQ estime que les plus récentes études permettent de constater qu'il faut entre 3 et 5 ans après le début des travaux de restauration d'une tourbière pour constater le retour d'un couvert végétal typique. Ce qui est une super bonne nouvelle et plusieurs sites ont été mesurés, précise-t-elle. Pour le flux de carbone, on parle d'un horizon de 10 à 15 ans.

Abitibi–Témiscamingue

Environnement