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Le président américain, Donald Trump, s'adresse à l'Assemblée générale des Nations unies à New York.

Malgré la solitude de Donald Trump devant l’Assemblée générale de l’ONU, sa conception du monde fait de plus en plus d’adeptes en Amérique du Nord, en Europe et ailleurs.

Photo : Reuters / Carlo Allegri

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Donald Trump s'est retrouvé seul et un peu ridicule face à la communauté internationale lorsque ses homologues du monde entier, mardi matin, ont ricané à ses dépens.

L’occupant de la Maison-Blanche s'est laissé aller, candidement, à l'une de ses vantardises caractéristiques : « Mon administration a réalisé, en moins de deux ans, davantage que toutes les autres [ou presque] dans toute l’histoire de mon pays. »

Mais sa solitude devant l’Assemblée générale de l’ONU, où ont défilé toute la semaine les chefs d’État et de gouvernement, et le fait que ce président soit largement détesté, déconsidéré, ridiculisé à l’étranger… tout cela ne doit pas faire oublier un fait capital.

À savoir que sa conception du monde, qu’il désigne comme « une constellation de nations [qui] refusent que des organisations internationales décident par-dessus leurs têtes », fait de plus en plus d’adeptes en Amérique du Nord, en Europe et ailleurs.

Iran méchant, Corée du Nord gentille

Devant l’Assemblée générale – et plus encore le lendemain, mercredi, au Conseil de sécurité – le président Trump a été prompt à blâmer l’Iran pour tous les maux du monde.

L’Iran, « marchand de mort et de destruction », « État corrompu », synonyme « d’agression et d’expansion »… L’Iran, un État qui s’est pourtant plié, depuis plus de trois ans, aux contrôles et aux limitations extrêmement sévères prévus dans l’accord sur le nucléaire signé à Vienne, en juillet 2015.

Du même souffle, Trump a donné le bon Dieu sans confession à Kim Jong-un, le dictateur de Pyongyang, son nouvel ami, « un homme courageux […] avec qui on peut travailler », selon ses dires. Il a ainsi laissé faussement entendre que lui, le grand Donald Trump, avait déjà virtuellement réglé le problème nord-coréen.

Pourtant, contrairement aux ayatollahs iraniens, Kim Jong-un détient bel et bien des dizaines de bombes atomiques en état de marche, et refuse toujours de rendre public ne serait-ce qu’un bilan de son programme nucléaire.

Donald Trump, président des États-Unis

Idéologique, mais éloquent

Mardi, à l’Assemblée générale, M. Trump a parlé en des termes assez posés, à l'opposé de son discours de mercredi au Conseil de sécurité, puis en conférence de presse, où l’on a vite retrouvé l’improvisateur plus ou moins cohérent, crachant les invectives.

Il a exposé sa vision d’un monde de « nations souveraines » opposées à « l’idéologie du globalisme » et partageant « la doctrine du patriotisme ». Un discours très idéologique, mais bien construit, non dépourvu d’éloquence, que Donald Trump – une fois n’est pas coutume – a lu scrupuleusement.

Mais il y avait dans ce discours un grand absent, un angle mort : la Russie de Vladimir Poutine. La Russie qui a justement attaqué cette précieuse souveraineté nationale lorsqu’elle a tenté d’influencer l’élection de 2016 aux États-Unis, ce qui a lancé le feuilleton sans fin de l’enquête Mueller. La Russie qui, selon des rumeurs persistantes, « tiendrait » toujours Donald Trump par des informations compromettantes, ce qui expliquerait son silence sur le sujet.

Mercredi, par contre, après le déclenchement d’une guerre commerciale en bonne et due forme, le président Trump a attisé la confrontation avec la Chine, l’élargissant au domaine de la sécurité. Sans preuve, il a accusé Pékin d’interférences dans la campagne électorale de mi-mandat, en novembre prochain, alors que des preuves, il en existe bel et bien sur le piratage informatique de Moscou en 2016.

Trump-Macron, contraste éclatant

Avec raison, les médias ont insisté sur le contraste éclatant entre les discours de l’Américain, chantre de la nation et de la souveraineté, et du Français Emmanuel Macron, défenseur passionné du multilatéralisme, de l’interdépendance et des institutions supranationales, voire d’une sorte de fédéralisme mondial.

Trump est peut-être – sur le plan personnel – un être incohérent, vulgaire, sans convictions profondes, un homme qui improvise continuellement et de façon aléatoire sur une foule de sujets… Mais sur ces questions de souveraineté et de la place de la nation face au monde, on peut dire qu’il a une ligne et qu’il la tient.

On l’a bien vu dans toute une série de choix diplomatiques au cours des 18 derniers mois : dénonciation de l’accord de Paris sur le climat, des traités commerciaux (Amérique du Nord, Europe, Asie-Pacifique), retrait des fonds pour les Palestiniens… et, surtout, l’affaire iranienne, véritable obsession de cette administration, qui veut détruire l’accord de juillet 2015, pourtant l’une des grandes réussites du multilatéralisme au XXIe siècle.

Si on fait l’addition de ces décisions, en parallèle avec ce discours à l’Assemblée générale, on trouve chez Donald Trump une cohérence, un fil conducteur assez clair, quoique surprenant!

Montant à la tribune une demi-heure après lui, son homologue français – qui avait tenté en vain, il y a cinq mois, de faire « ami-ami » avec Trump pour infléchir ses choix – a dit, sur un ton à la fois passionné et angoissé, qu’il fallait, au contraire, défendre le concept de communauté internationale, assiégé comme jamais au XXIe siècle.

Mais cette envolée passionnée et idéaliste cachait mal une pointe de pessimisme, perceptible dans les intonations et les mots de M. Macron : « Le moment que nous vivons n’est pas une parenthèse, et il est très dangereux! […] Nous sommes en train de voir aujourd'hui se déliter le droit international, toutes les formes de coopération comme si de rien n'était, par peur, par complicité. Moi, je ne m'y résous pas! »

Mais qui gagne sur le terrain?

Même si c’est – et de loin – Macron qui a gagné la joute à l’Assemblée générale, où son discours a été chaleureusement applaudi, dans le monde réel, devant le tribunal des nations et des opinions publiques en 2018, il n’est pas évident du tout qu’il en ira de même.

Que ce soit en Italie, en Autriche ou même en Allemagne, sans oublier la Grande-Bretagne du Brexit, les tenants de la souveraineté nationale, en révolte contre les bureaucraties supranationales, ont le vent dans les voiles. Et aujourd’hui, le président Macron se sent un peu seul.

Le personnage de Trump n’est pas apprécié, mais les conceptions « trumpistes » progressent un peu partout, sans oublier les pays où l’opinion publique compte pour bien peu – Chine ou Russie –, et qui eux aussi retournent à une conception stricte de la souveraineté nationale, doublée d’une vision néo-impériale des relations internationales.

Cet affrontement Trump-Macron, cette juxtaposition de discours, illustre magnifiquement bien la croisée des chemins devant laquelle se trouve le monde en 2018.

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