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Le vrai visage de Brett Kavanaugh

Brett Kavanaugh lors de son témoignage devant les membres du comité judiciaire du Sénat.

Brett Kavanaugh n’a pas caché ses allégeances politiques républicaines devant les membres du comité judiciaire du Sénat.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Christian Latreille

L'explosion partisane du juge Brett Kavanaugh, jeudi, devant les membres du comité judiciaire du Sénat, en a fait sursauter plusieurs. Rarement avait-on vu un juge perdre la maîtrise de ses émotions en public.

Il a accusé, avec une rare intensité, les démocrates et la gauche américaine d’avoir « calculé et orchestré » le dérapage de sa nomination à la Cour suprême des États-Unis. Une vengeance politique, a-t-il dit, au nom des Clinton.

Une attaque partisane jamais observée de la part d’un juge choisi à la plus haute cour du pays, selon la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, qui siège au comité judiciaire depuis plus de 25 ans.

Brett Kavanaugh n’a pas caché ses allégeances politiques républicaines. Il a travaillé à la Maison-Blanche pour le président George W. Bush. Il a également assisté le procureur Kenneth Starr lors des enquêtes sur l’affaire Whitewater et Monica Lewinski impliquant Bill Clinton.

D’ailleurs, l’affiliation politique disqualifie rarement un candidat à la Cour suprême. Le plus haut tribunal des États-Unis est divisé entre juges conservateurs et libéraux. L’éventuelle arrivée du juge Kavanaugh le fera pencher plus à droite.

Neutralité des juges

Cependant, les juges qui tentent de faire confirmer leur nomination par le Sénat laissent en général au vestiaire la politique, et encore plus les attaques partisanes.

Stephen Gillers, professeur de droit à l’Université de New York et expert en éthique, affirme au Washington Post que Brett Kavanaugh a démontré le même manque de maîtrise et l’agressivité que certains lui reprochent lorsqu’il consomme de l’alcool. Le professeur remet également en question sa neutralité.

Le juge Kavanaugh s’est présenté comme un arbitre impartial durant ces 30 heures de témoignage devant le comité du Sénat au début de septembre. Après sa charge émotive d’hier contre les démocrates, peut-il encore prétendre être un juge neutre?

La question se pose : lorsqu’un avocat démocrate plaidera devant lui à la Cour suprême, pourra-t-il être entendu selon les mérites de sa cause ou sera-t-il discriminé en raison de son affiliation politique? En bref, M. Kavanaugh pourra-t-il oublier, dans l’exercice de ses fonctions, la hargne qu’il voue en ce moment aux démocrates?

Par ailleurs, la Cour suprême peut-elle se permettre d’accueillir en son sein un juge sur qui pèsent non seulement de sérieuses allégations d’agressions sexuelles, mais qui vient aussi de dévoiler de façon sans équivoque son vrai visage politique?

La crédibilité de la Cour

Les Américains ont compris que Brett Kavanaugh est un homme qui traverse un cauchemar. Les allégations d’agressions sexuelles dont il fait l’objet sont graves et ont entaché sa réputation et celle de sa famille. Il nie avec énergie la version crédible présentée par la Dre Christine Blasey Ford. Il a droit à la présomption d’innocence.

En éditorial, le New York Times affirme tout de même que les sénateurs doivent rejeter sa nomination pour préserver la crédibilité de la Cour suprême. Le Times remet également en question son honnêteté lorsqu’il affirme que les trois personnes citées par la Dre Ford croient qu’il ne s’est rien passé. Dans les faits, écrit le journal, deux d’entre elles déclarent ne pas se rappeler et une autre dit croire Christine Blasey Ford.

L’affaire est maintenant entre les mains du FBI. Les policiers vont chercher à interroger Mark Judge, qui aurait été dans la chambre avec Brett Kavanaugh au moment de la présumée agression sur la Dre Ford, en 1982. Ce dernier s’est dit prêt à collaborer avec les autorités.

Mais outre le sexe et l’alcool, qui ont pris, avec raison, toute la place dans cette affaire au cours des deux dernières semaines, l’actuel débat met aussi en cause l’intégrité de la Cour suprême des États-Unis. Une institution que certains considèrent de plus en plus comme partisane, mais dont les juges doivent néanmoins faire preuve d’une certaine retenue pour maintenir la fragile confiance du public.

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