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Les fées ont soif : 40 ans et assoiffées plus que jamais de liberté

Trois comédiennes sur scène, deux sont assises et la troisième, au centre, se tient debout les bras écartés.
Pascale Montreuil incarne l'archétype de la mère, tandis que Caroline Lavigne et Bénédicte Décary interprètent respectivement la Vierge et la prostituée. Photo: Théâtre du Rideau vert/Jean-Francois Hamelin

La pièce Les fées ont soif renaît de ses cendres au Théâtre du Rideau Vert. Quatre décennies après une première représentation houleuse, elle illustre encore les carcans dont sont prisonnières les femmes. Trois journalistes qui ont assisté à la première nous font part de leurs impressions.

Dans cette pièce de Denise Boucher présentée au Théâtre du Nouveau Monde en 1978, trois archétypes féminins – la mère, la prostituée et la Vierge Marie – font la lumière sur la violence conjugale, l’incrédulité face à la parole des femmes, les procès pour viol où les agresseurs sont blanchis, le leurre de l’épanouissement maternel ainsi que le plaisir sexuel.

« Je suis sortie de là indignée, fâchée, abasourdie parce qu’en 40 ans, il y a les mêmes enjeux qui se perpétuent autour des femmes », a lancé la chroniqueuse Evelyne Charuest sur les ondes de Gravel le matin, toujours sonnée par le spectacle.

C’était la réalité de nos aînées qui étaient là dans la salle du Rideau Vert, hier soir, mais ce sont encore des enjeux qui concernent ma génération et celle qui suit.

Evelyne Charuest, chroniqueuse culturelle à « Gravel le matin »

Le texte, visionnaire, a su happer la chroniqueuse par ses quelques répliques empreintes de colère. « À quel moment les hommes deviennent des violeurs? », dit-elle en citant la pièce.

Sur scène, trois comédiennes regardent droit devant elles d'un air déterminé.Pascale Montreuil, Bénédicte Décary et Caroline Lavigne dans la pièce Les fées ont soif, présentée cet automne au Théâtre du Rideau Vert Photo : Théâtre du Rideau Vert / Jean-Francois Hamelin

Moins puissante qu’il y a 40 ans

Pour sa part, la journaliste Ariane Émond garde le souvenir estompé que la première de 1978 était plus puissante que ce à quoi elle a assisté jeudi soir.

Jeune mère de 28 ans à l’époque, elle se souvient de l’audace qu’il fallait pour entrer au théâtre. « Il y avait tout un cirque autour de la sortie », a-t-elle indiqué à l’émission Médium large.

Il y avait aussi le « choc de recevoir la crudité de certaines expressions, du fait qu’on parlait de la violence faite aux femmes et de certaines images impérissables ».

Lorsque le Rideau Vert a annoncé que Les fées ont soif ferait partie de sa programmation, Ariane Émond a relu la pièce, redoutant que ces lignes si provocantes aient mal vieilli, notamment à cause le pouvoir amoindri de l’Église catholique.

Certes, la désacralisation de la Vierge n’a plus le même effet. Cependant, la journaliste salue la prise de parole des femmes sous l'effet de la colère, empreinte d’humour et parsemée de jurons.

C’est saisissant parce que la parole des femmes, encore très formatée, n’a pas le même laisser-aller que celle des hommes [dans la sphère publique].

Ariane Émond, journaliste

La chroniqueuse au quotidien Le Devoir Aurélie Lanctôt, interrogée dans Médium large, s’étonne que la théologie du patriarcat persiste encore de nos jours.

« Bien sûr, l'Église n’a plus de prolongement institutionnel, elle n’a pas l’influence qu’elle avait. L’État n’a pas un discours paternaliste à ce point-là non plus, reconnaît-elle. Toutefois, dans notre façon de concevoir la féminité et de jouer la féminité, il y a quelque chose qui a traversé le temps et c’est très très évident. C’est ce qui m’a frappée le plus. »

Caroline Lavigne, Pascale Montreuil et Bénédicte Décary sur scène dans une nouvelle mouture de la pièce Les fées ont soif, de Denise Boucher.Caroline Lavigne, Pascale Montreuil et Bénédicte Décary dans Les fées ont soif, de Denise Boucher Photo : rideauvert.qc.ca

De belles voix sur scène

Sur le plan théâtral, le jeu de Bénédicte Décary, de Pascale Montreuil et de Caroline Lavigne a fait redécouvrir à Ariane Émond la force des textes en chansons, ce qui ne pouvait transparaître à la lecture.

« C’est une pièce qui a du souffle, du rythme, de la poigne, observe Evelyne Charuest. C’est une charge à la fois poétique et directe avec des chansons interprétées par de très très belles voix, entre autres celle de Pascale Montreuil. Ça va droit au cœur. »

Après avoir lu plusieurs fois la pièce, Aurélie Lanctôt espérait sur scène un « souffle beaucoup plus furieux, plus agité », bien que le jeu des actrices soit « formidable ».

La pièce était somme toute très lisse, comme si cette indignation-là avait été assez bridée et mise en forme pour qu’on se dise : “Ah oui, c’est formidable, l’indignation!” Je ne sais pas jusqu’à quel point la pièce a gardé de sa subversion.

Aurélie Lanctôt, chroniqueuse au journal « Le Devoir »

« Les fées ont soif de liberté, d’autodétermination, d’équité, précise Evelyne Charuest. C’est déjà un immense succès que cette pièce de théâtre. » Quatorze spectacles supplémentaires ont en effet été ajoutés aux 26 représentations, avant même la première. « C’est le spectacle de l’automne. »


Les fées ont soif au Théatre du Rideau vert jusqu'au 10 novembre

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