•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Affaire Skripal : Moscou et l'entêtement géopolitique

Le président russe Vladimir Poutine gesticule assis dans un fauteuil.

Le gouvernement de Vladimir Poutine nie toute implication de la Russie dans l'affaire Skripal.

Photo : Associated Press

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

C'est une histoire qui sent mauvais depuis le tout début; et plus les semaines s'écoulent, plus les révélations dans l'affaire Skripal font mal au Kremlin et enveniment ses relations avec Londres.

On en vient à se demander pourquoi le gouvernement de Vladimir Poutine persiste et signe. Encore cette semaine, la porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Maria Zakharova, niait toute implication de la Russie dans cette affaire.

Elle répondait à l’enquête explosive du site d’analyse de renseignements Bellingcat, qui a conclu après des semaines de recherche que l’un des deux suspects identifiés par la justice britannique dans l'affaire de l'empoisonnement de l'ex-agent double Sergueï Skripal est bel et bien un colonel du service de renseignement militaire russe, le GRU.

Dans un tweet envoyé par l’ambassade russe à Londres, on accuse le gouvernement britannique de se rabattre sur des fuites de tabloïds pour garder l’histoire de Skripal en vie.

Les résultats de l’enquête sont pourtant éloquents : Ruslan Bashirov, celui qui s’est présenté à la télévision russe pour affirmer qu’il s'est rendu à Salisbury comme touriste au mois de mars, s’appelle en fait Anatoliy Chapiga.

Selon les informations de Bellingcat et photo de passeport à l’appui, il est non seulement un colonel des forces spéciales, mais il a aussi été nommé héros de la Fédération russe, une distinction offerte par nul autre que le président Poutine.

Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne soit démasqué.

Photos de deux suspects.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alexander Petrov et Ruslan Boshirov sont les deux hommes identifiés par la police britannique dans le dossier de la tentative d'assassinat contre l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.

Photo : Reuters / Handout .

La risée du web

Des dizaines de journalistes enquêtent sur son cas et celui d’Alexandre Petrov depuis que les deux ont accordé une entrevue à la chaîne de télévision pro-Kremlin Russia Today pour clamer leur innocence.

Dans ce long entretien, les deux suspects affirment s'être rendus à Salisbury pendant deux jours pour visiter la cathédrale, et que c’est par pur hasard qu’ils se sont retrouvés tout près de la résidence de la famille Skripal, la veille et le jour de l’attaque au gaz innervant Novichok.

Cette entrevue est rapidement devenue la risée du web, même en Russie.

« C’était une production signée par la machine à propagande du Kremlin et jouée par de très mauvais comédiens », explique Gennady Gudkov, ancien agent des services secrets et ex-député de la Douma, le Parlement russe.

Rappelons que le président Poutine a publiquement pris la défense des deux suspects et que c’est lui qui les a invités à sortir de l’ombre.

Un ancien homme politique russe en entrevue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pour l'ex-agent des services secrets et ex-député Gennady Gudkov, la Russie gaspille son maigre capital de sympathie dans l'affaire Skripal.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Je ne comprends pas cette stratégie du Kremlin. Les accusations d’attaque chimique sont extrêmement sérieuses, et avec cette mise en scène, la Russie est en train de perdre ce qui lui reste de sa réputation.

Gennady Gudkov, ex-agent des services secrets et ex-député russe

Des sanctions

Dans la rue, toutefois, le Russe moyen ne semble aucunement tracassé par l’affaire Skripal, malgré les sanctions qui en découlent. Et c’est sans compter qu’aujourd’hui, les relations entre Londres et Moscou sont à leur plus bas.

Cette semaine, la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, a profité de la tribune du Conseil de sécurité à l'ONU pour condamner ce qu’elle a qualifié de « fabrication russe désespérée ».

Il est cependant difficile de prédire si Mme May et ses alliés pourront, ou même voudront, donner suite à ces informations qui incriminent la Russie dans l’empoisonnement de Sergueï Skripal.

Des dizaines de diplomates russes ont déjà été expulsés du Canada, de l’Europe et des États-Unis, qui ont aussi durci leurs sanctions économiques. La plus récente série de sanctions devrait d'ailleurs entrer en vigueur avant Noël.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !