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Donner de l’ecstasy à des pieuvres les rend affectueuses

Une pieuvre dans l'eau
Une pieuvre Photo: iStock / TheSP4N1SH
Radio-Canada

Même les êtres les plus asociaux peuvent devenir affectueux s'ils prennent des drogues psychédéliques. Cet effet est vrai autant chez les humains que chez les pieuvres. Une nouvelle étude montre que, malgré les différences entre les espèces, le fonctionnement de nos systèmes nerveux est plus similaire qu'on le croit.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Une pieuvre ayant consommé de l’ecstasy se comportera-t-elle de la même manière qu’un humain au milieu d’un « rave »? La question peut paraître inusitée, mais cela n’a pas empêché des chercheurs de l’Université Johns-Hopkins ainsi que du laboratoire de biologie marine de l’Université de Chicago de vérifier cet effet (Nouvelle fenêtre), afin de mieux comprendre l’origine des interactions sociales.

L’humain et la pieuvre sont deux espèces séparées par 500 millions d’années d’évolution. À première vue, ils ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre, tant sur le plan physique que sur le plan comportemental.

Et pourtant, au cœur de notre système nerveux, on peut retrouver des composantes similaires, provenant d’un lointain ancêtre commun. Et ces composantes peuvent quelquefois nous faire nous comporter de façons assez comparables.

Des cousins très, très éloignés

En général, les pieuvres sont des animaux solitaires et, sauf pendant la saison de reproduction, ont plutôt tendance à réagir avec hostilité à la présence d’un de leurs congénères.

Elles sont aussi considérées comme des animaux remarquablement intelligents, capables de résoudre des casse-têtes complexes et démontrant une grande curiosité face à leur environnement.

Les chercheurs ont longtemps étudié leur système nerveux et, bien que leur « cerveau » soit très différent de celui des humains (il n’est pas centralisé comme celui d'un humain et chaque tentacule possède un grand nombre de neurones pouvant agir indépendamment les uns des autres), certains mécanismes demeurent étonnamment similaires.

C’est le cas d’une protéine à la surface des neurones qui est encodée par le gène SLC6A4. Les chercheurs ayant travaillé à cette étude ont montré qu’humains et pieuvres possèdent une version semblable de ce gène, mais ils n’ont pu déterminer s’il remplit une tâche semblable chez les deux espèces.

Chez des mammifères comme l’humain et la souris, cette protéine joue un rôle dans la production de certains neurotransmetteurs et est aussi la cible principale de la MDMA (méthylènedioxyméthamphétamine), la molécule active dans certaines drogues comme l’ecstasy.

Transformer un animal grincheux en bête câline

La MDMA empêche l’élimination dans le cerveau d’un neurotransmetteur nommé sérotonine. La sérotonine exerce un rôle dans l’humeur, l’appétit et la fatigue, et son accumulation est responsable du sentiment d’euphorie qui accompagne la prise de cette drogue.

Curieux de voir si une protéine présente tant chez la pieuvre que chez l’humain entraîne les mêmes effets, les chercheurs ont donné de la MDMA à quatre de ces animaux.

Après avoir été exposés à la drogue, les animaux ont été placés tour à tour dans un enclos contenant trois chambres : l’une vide, l’une contenant des jouets et une troisième abritant une autre pieuvre en cage, cette dernière n’ayant pas été exposée à la MDMA.

Lorsque les chercheurs plaçaient un animal « normal » dans ces enclos, ce dernier restait le plus loin possible de la pièce dans laquelle se trouvait l’autre animal en cage, mais les pieuvres droguées passaient beaucoup plus de temps en présence de leur congénère.

Leurs interactions étaient aussi étonnamment différentes : elles se comportaient comme si elles faisaient des câlins à la cage, des gestes normalement observés uniquement lors de la saison de reproduction.

Elles étaient aussi beaucoup plus joueuses. Parmi les comportements observés, les chercheurs ont rapporté que les pieuvres faisaient des acrobaties, s’accrochaient à la machine produisant des bulles pour oxygéner l’eau ou se laissaient flotter avec les huit tentacules déployés dans une posture qualifiée de ballet aquatique.

Bien que les chercheurs eux-mêmes proposent de ne pas faire d’anthropomorphisme, ils rapportent que ces comportements sont similaires à ce qui se produit lorsque des humains prennent cette drogue.

De plus, ces résultats suggèrent aussi que certains comportements sociaux pourraient avoir une origine biologique, à travers des neurotransmetteurs comme la sérotonine, qui remonte à plusieurs centaines de millions d’années.

Bien qu’elle doive être répétée sur un plus grand nombre d’animaux, l’étude montre aussi que, même avec des centaines de millions d’années d’écart entre nos deux espèces, nos cerveaux possèdent une chimie beaucoup plus semblable que ce qu’on pourrait croire.

Les chercheurs n’ont toutefois pas indiqué si les animaux avaient développé un intérêt pour les soirées dans les « clubs after-hours ».

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Science