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L’aménagement du territoire, autre parent pauvre de la politique québécoise

Congestion routière

La circulation est souvent dense dans l'échangeur Turcot, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Radio-Canada
Mis à jour le 

Congestion routière, transports collectifs défaillants, hôpitaux et écoles vétustes, étalement urbain, pollution; l'aménagement du territoire nous touche tous quotidiennement. Pourtant, cette question fait partie des grands oubliés de la campagne électorale.

Un texte de Vincent Rességuier

Radio-Canada fait le point avec Jeanne Robin et Karel Mayrand, les porte-parole de l'Alliance Ariane, coalition qui demande au prochain gouvernement de mettre sur pied une politique nationale de l'aménagement du territoire. Mme Robin est aussi secrétaire de l’Alliance Ariane et M. Mayrand est directeur pour le Québec de la Fondation David-Suzuki.


Radio-Canada : Pourquoi les questions d’aménagement du territoire sont encore peu débattues sur la place publique?

Jeanne Robin : La prise de conscience est assez récente. Désormais, si on dit que l’endroit où sont installés nos habitations et nos lieux de travail va influencer la durée du déplacement et donc les émissions de gaz à effet de serre, ça paraît évident. On avait l’impression que le territoire se construisait sans l’intervention de la main humaine. On mesure maintenant que ce n’est plus vrai.

Karel Mayrand : On s’y intéresse un peu plus parce que notre laisser-faire a créé une grande tempête. Il y a des problèmes de congestion, causés par l’étalement urbain. Il y a des problèmes de sédentarité et d'obésité parce que nos quartiers sont construits pour l’automobile. Il y a des problèmes environnementaux.

Une statistique me frappe beaucoup : il y a 40 ans, 70 % des enfants allaient à l’école à pied. Aujourd’hui, c’est 30 %.

Karel Mayrand

Quand on construit un quartier, on ne planifie plus comme auparavant. On laisse les promoteurs développer n'importe comment. Les enfants sont obligés d’aller à l’école en voiture. Il n’y a plus cette proximité et la vie de quartier qui allait avec. Quand je parle d’aménagement, je dis aux gens : « Est-ce que vous aimeriez aller manger à la maison avec vos enfants le midi? » J’ai vu des gens en pleurer.


Radio-Canada : Pourquoi une politique nationale d'aménagement du territoire pourrait fournir une réponse à ces problèmes?

Jeanne Robin : L’Alliance Ariane propose surtout une approche pour que le territoire soit considéré comme quelque chose d’important. Nous voulons que le gouvernement établisse une « clause cohérence » pour qu’à chaque décision, on se demande quel impact elle va avoir sur le territoire, les déplacements ou la protection des milieux. Il faut faire en sorte de maximiser les effets positifs et de limiter les effets négatifs. Il faudra peut-être abandonner une décision qu’on s'apprêtait à prendre parce que les conséquences sont trop graves pour le territoire, même si par ailleurs elle peut avoir des effets positifs, par exemple, de réduction des coûts.


Radio-Canada : N’y a-t-il pas un risque que cette politique soit un fourre-tout?

Jeanne Robin : On ne peut pas faire pire. Actuellement, on est certains de ne pas arriver à une décision cohérente au niveau du territoire. Il y a trop d’acteurs, pas assez de cohérence ni de collaboration. Les décisions sont réparties entre un millier de municipalités, 180 municipalités régionales de comté (MRC), une quinzaine de ministères, une trentaine de lois. Il n’y a pas de fil directeur.


Radio-Canada : Ce sont des questions complexes. Comment fait-on pour s’y retrouver?

Karel Mayrand : L’idée, c’est de se donner une grille, une cohérence. Le territoire au Québec devrait être considéré comme une richesse. Sauf qu’actuellement, c'est toujours simple d’aller empiéter sur des milieux naturels, des milieux humides ou des territoires agricoles parce qu’il y a la volonté d’aller chercher des revenus de taxes ou parce que c’est moins cher que de développer des friches industrielles.

Par exemple, Molson va aller s’installer dans un milieu humide à Longueuil, alors qu’il y a des millions de pieds carrés dans l’est de Montréal qui sont inoccupés parce que les sols sont contaminés. Il y a un problème environnemental et on va détruire des milieux naturels au lieu de décontaminer.

Est-ce qu’on va reprocher à Molson de faire ça? Non, mais des élus municipaux ont un examen de conscience à faire, le gouvernement du Québec aussi.

Karel Mayrand

Pendant que les municipalités se font concurrence, on ne règle pas les problèmes à long terme, alors qu’on pourrait dire : « dorénavant, partout au Québec, on va travailler pour créer des milieux de vie qui sont plus intéressants et plus durables ».


Radio-Canada : Est-ce qu’il y a des exemples à suivre à l’étranger ou au pays ?

Jeanne Robin : On peut citer la Suisse, le Chili ou l’Ontario. Les résultats sont probants. Les gens sont fiers de leurs milieux de vie de grande qualité. C’est important pour l'identité, le sentiment d’appartenance, et donc cela attire des investisseurs, des emplois et des familles.

L’aménagement du territoire sert à rendre la vie plus facile et plus prospère.

Jeanne Robin

Radio-Canada : L’ajout de règles peut cependant freiner le développement économique.

Karel Mayrand : Il y a toujours eu des règles. De tout temps, les promoteurs immobiliers ou les industriels ont demandé d’en avoir le moins possible. Il y a 100 ans, ils se battaient contre les règlements pour prévenir les incendies. Aujourd’hui, ils se battent contre des règles fixées pour imposer des seuils minimaux de densité [de population] ou de verdissement. Si on change les règles, ils vont trouver une autre façon de faire du profit. Les gens ne vont pas arrêter d'acheter des maisons, même si elles sont un peu différentes.


Radio-Canada : Comment a été accueillie votre proposition de politique nationale de l’aménagement du territoire?

Jeanne Robin : Le PQ, la CAQ et QS ont mis dans leur programme une politique nationale d'architecture et d’aménagement du territoire. Le PLQ n’a pas pris d’engagement formel, mais a signalé à plusieurs reprises une ouverture pour discuter de ces enjeux. Il n’y a pas d’opposition.

Karel Mayrand : On a néanmoins une inquiétude parce que les chefs de parti ont flatté le milieu municipal dans le sens du poil. François Legault a dit qu’on peut assouplir la loi qui protège les milieux humides. Philippe Couillard a dit qu’il faudrait ouvrir la loi sur la protection du territoire agricole parce que les villes en région ont besoin de plus de flexibilité.

On est d’accord pour dire qu’il y a besoin de plus de flexibilité, mais si on donne un millimètre de fil aux spéculateurs immobiliers, ils sont prêts à prendre 1 kilomètre.

Karel Mayrand

Il y a un double discours et ça nous inquiète, car le rôle du gouvernement, ce n’est pas dire oui à l’un et l’autre, c’est de prendre des décisions éclairées sur le long terme. Il faut une ligne rouge.


Radio-Canada : Selon vous, que devrait faire le prochain gouvernement dans ses premières semaines de mandat?

Jeanne Robin : Il doit nommer un ministre de l'Aménagement du territoire qui soit chargé d’élaborer une politique nationale. Pour s’assurer que cette politique reflète les préoccupations de l'ensemble de la société québécoise et de toutes les régions, l’Alliance Ariane propose des consultations assez larges et un sommet de l’aménagement du territoire dans les 100 premiers jours du gouvernement.


Écoutez l'entrevue de Vincent Rességuier avec Jeanne Robin et Karel Mayrand, les porte-parole de l'Alliance Ariane :

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