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Air Canada interdira le cannabis à certains de ses employés

Un Airbus A330 d'Air Canada décolle de l'aéroport de Zurich.

Air Canada interdira à des milliers d'employés de fumer du cannabis.

Photo : Reuters / Arnd Wiegmann

Radio-Canada

Des milliers d'employés d'Air Canada devront s'abstenir en tout temps de fumer du cannabis, malgré sa légalisation le 17 octobre, a appris Radio-Canada.

Un texte de Davide Gentile

« Des employés qui travaillent dans des secteurs cruciaux en matière de sécurité ne seront jamais autorisés à consommer du cannabis, que ce soit de service ou en période de repos », a confirmé l’entreprise dans un courriel jeudi.

Dans un courriel envoyé aux employés et obtenu par Radio-Canada, l’entreprise précisait quelles catégories d’employés devaient se plier à l'interdiction. Elle vise le personnel chargé de l'entretien des avions, de l'enregistrement des bagages, les agents de bords ainsi que les pilotes.

Air Canada affirme agir « par surcroît de prudence, en fonction de la compréhension actuelle des effets de ces drogues, y compris leurs effets résiduels et leur incidence potentielle sur le corps humain », indique Isabelle Arthur, chef des relations avec les médias.

Air Canada, comme toutes les entreprises, ne dispose d'aucune norme précise quant à l'effet du cannabis sur le comportement. Plusieurs personnes dans le monde des affaires y voient un gros problème pour les employeurs.

« Il n'y a pas de consensus à savoir quel est le bon outil de détection et quel est le seuil acceptable pour savoir si, au moment de travailler, la personne est sous influence ou pas », souligne Me Marianne Plamondon, associée pour Langlois avocats.

Et les tests aléatoires ne sont pas permis, sauf pour les emplois qui sont à risque. Même pour cette catégorie, l'employeur doit avoir des motifs sérieux pour demander un test de dépistage. On pense par exemple à une personne qui titube ou qui aurait les yeux rouges.

« On peut aussi exiger des tests à la suite d'un accident ou si un employé sort d'un programme de désintoxication », précise Me Plamondon.

Une atteinte à la vie privée

Une interdiction totale de consommer du cannabis est une intrusion dans la vie privée, selon Me Plamondon.

« Les employeurs qui vont décider de bannir totalement vont devoir justifier pourquoi c'est nécessaire d'instaurer une interdiction complète », affirme-t-elle, ajoutant qu'elle s'attend à ce que ce genre de mesures soient contestées devant les tribunaux.

Comme plusieurs, elle souhaite qu'Ottawa trouve des tests de détection du cannabis fiables et précis.

Le geste d'Air Canada n'étonne pas John McKenna, PDG de l'Association du transport aérien du Canada (ATAC). « En l'absence de directives claires de la part du ministère, on doit improviser. Rt personne n'aime cela », dit-il.

L'ATAC affirme demander des directives claires pour le cannabis comme c'est le cas pour l'alcool. Les Forces armées canadiennes, par exemple, ont déterminé qu'un pilote qui consommera du cannabis devra attendre 28 jours avant de pouvoir revenir aux commandes d'un avion.

L'ATAC exige que le gouvernement énonce rapidement une norme claire pour l'ensemble de l'industrie aérienne. « Sinon, les compagnies devront établir leurs propres règlements et les défendre devant les tribunaux », argue M. McKenna.

La clarté est importante, puisque le Canada est le premier pays du G7 à légaliser la consommation de cannabis. « Si le Canada donne l'impression d'avoir des lois floues, ce n'est jamais bon pour notre secteur », estime-t-il.

Un besoin d'uniformité

Des pilotes d'avionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pilotes d'avion

Photo : iStock

Un autre problème se pose : les pilotes de diverses compagnies pourraient se retrouver avec des normes différentes quant à la consommation d'un produit légal.

On ne peut pas avoir autant de règlements qu'on a de compagnies au Canada.

John McKenna, PDG de l'ATAC

Transports Canada rappelle que le règlement de l'aviation canadien prévoit déjà des balises. « C’est une infraction pour un membre d’équipage d’aéronef que de travailler dans les huit heures suivant la consommation d’alcool ou en étant sous l’effet de l’alcool ou de toute drogue », a-t-on précisé par courriel.

Le ministère a refusé de se prononcer sur les mesures mises de l'avant par Air Canada, mais précise qu’« une entreprise pourrait choisir d’établir des politiques internes plus strictes que la réglementation en vigueur ».

Transports Canada affirme surveiller le secteur aérien pour voir quels autres outils seraient nécessaires.

Radio-Canada a contacté plusieurs syndicats et aucun n'a voulu commenter la situation à la caméra, mais une porte-parole du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les agents de bord, indique que le syndicat étudie ces mesures pour s'assurer qu'elles sont conformes à la convention collective.

La police de Calgary annonçait jeudi que ses membres qui portent une arme à feu ne pourraient pas consommer de cannabis, même lors de leurs jours de congé.

Le syndicat représentant les policiers voudrait plutôt que l'on s'inspire des Forces armées canadiennes, qui permettent à leurs soldats de consommer du cannabis jusqu'à huit heures avant le début de leur quart de travail.

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