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Émotif, le juge Kavanaugh crie à l'injustice

Le juge Kavanaugh a nié vigoureusement avoir commis quelque agression sexuelle que ce soit.

Photo : Associated Press / MICHAEL REYNOLDS

Radio-Canada

Jouant son va-tout, le juge Brett Kavanaugh a rejeté « sans équivoque » les allégations d'agression sexuelle qui pèsent contre lui, lors des audiences – très partisanes – de la commission judiciaire du Sénat évaluant sa nomination à la Cour suprême des États-Unis.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Je jure aujourd’hui, sous serment, devant le Sénat et la nation, devant ma famille et devant Dieu, que je suis innocent », a déclaré Brett Kavanaugh au cours d’un témoignage émotif de 45 minutes, présenté une heure après celui de son accusatrice, la chercheuse en psychologie Christine Blasey Ford. « Je n’ai jamais agressé quiconque », a affirmé le magistrat de 53 ans, qui était accompagné par sa femme.

Parfois visiblement en colère, parfois peinant à retenir ses larmes, il s’est dit victime d’une campagne de salissage alimentée par la colère envers le président Trump.

« Cirque », « disgrâce nationale » : le juge Kavanaugh n’a pas mâché ses mots, accusant les démocrates d'être prêts à tout pour saborder sa nomination à la Cour suprême.

Cet effort des deux dernières semaines est une attaque politique calculée et orchestrée, alimentée par une colère refoulée envers le président Trump et les élections de 2016, par une peur injustement alimentée par mes décisions judiciaires, par une vengeance menée au nom des Clinton et par des millions de dollars de groupes de gauche.

Brett Kavanaugh, candidat à la Cour suprême

Brett Kavanaugh était membre de l'équipe du procureur Kenneth Starr, qui enquêtait sur le président démocrate Bill Clinton à la fin des années 1990 et dont le rapport aurait pu mener à la destitution.

« Au cours de mes 53 ans et sept mois sur cette terre jusqu'à la semaine dernière, personne ne m'a jamais accusé d'inconduite sexuelle. Personne, jamais », a-t-il plaidé.

Il a accusé les démocrates d'avoir attendu la fin du processus de confirmation pour rendre publiques les allégations de Christine Blasey Ford. Celle-ci avait envoyé une lettre à la sénatrice démocrate Dianne Feinstein à la fin juillet, lui demandant alors de préserver son anonymat.

« Un salissage de réputation aussi grotesque et évident – s'il réussit – dissuadera les individus compétents et bons, de toute allégeance politique, de servir notre pays », a-t-il déploré.

Kavanaugh se pose en victime

Père de deux fillettes, Brett Kavanaugh a déploré que sa famille et sa réputation aient été « détruites totalement et de façon permanente ».

Disant avoir réclamé lui-même une audience « pour rétablir sa réputation », il a déploré qu'elle n'ait eu lieu que 10 jours après que la première allégation eut été rendue publique.

Pendant cette période, a-t-il dit, toutes sortes d'« allégations farfelues » ont été formulées publiquement.

On ne réussira pas à m’intimider pour me faire retirer ma candidature.

Brett Kavanaugh, candidat à la Cour suprême

Dès la fin de l'audition, le président Trump a réitéré, sur Twitter, son soutien au candidat qu'il a nommé à la Cour suprême en juillet dernier. « Son témoignage était puissant, honnête et prenant », a-t-il écrit. La « stratégie de destruction » des démocrates est « honteuse », a-t-il ajouté, appelant le Sénat à voter.

Certains analystes avaient évoqué la possibilité que la controverse entourant la nomination du juge Kavanaugh pousse le président à nommer un autre juge. Mercredi, Donald Trump lui-même n'avait pas exclu de « changer d'avis ».

Démenti catégorique

Évitant de blâmer son accusatrice, Brett Kavanaugh n'a pas nié qu'elle ait pu être victime d'une agression, mais a assuré que ce n'était pas lui qui l'avait commise.

En pleurs, le juge, qui est de confession catholique, a soutenu que ses filles avaient prié pour son accusatrice la veille.

Il a « catégoriquement nié » chacun des gestes qu'elle lui a reprochés. « Je n'ai jamais eu de contacts sexuels ou physiques » avec elle, a-t-il précisé.

Il a aussi affirmé ne pas avoir été présent à la fête lors de laquelle les événements se seraient produits. Présumant que Mme Blasey Ford faisait référence à un événement survenu pendant un week-end, il a affirmé, calendrier à l'appui, qu'il avait été occupé toutes les fins de semaine de 1982.

Les allégations de son accusatrice « ne sont pas corroborées et sont même réfutées par les personnes dont elle dit qu'elles étaient présentes », a-t-il ajouté. Même l'amie de Christine Blasey Ford qui était selon elle à la fête, Leland Ingham Keyser, a dit ne pas s'en souvenir, a-t-il souligné.

Mme Blasey Ford ne se souvient pas à qui appartenait la maison ni comment elle s'y est rendue, a-t-il poursuivi.

Elle ne fréquentait pas les écoles catholiques de filles où allaient ses amies à lui, et tous deux ne gravitaient pas dans les mêmes cercles sociaux, a-t-il affirmé. « C'est possible que nous nous soyons rencontrés à un moment donné, mais je ne m'en souviens pas », a-t-il soutenu.

Il a admis qu'il lui était arrivé de boire trop de bière, mais « pas au point de perdre la tête ».

Comme il l'avait dit au réseau Fox News il y a quelques jours, il a indiqué avoir perdu sa virginité bien après le secondaire.

Un processus partisan et tendu

Le sénateur Patrick Leahy montre deux affiches reproduisant la page de Brett Kavanaugh dans son album de finissants.

Le sénateur Patrick Leahy montre deux affiches reproduisant la page de Brett Kavanaugh dans son album de finissants.

Photo : Reuters / POOL New

L'interrogatoire de Brett Kavanaugh a marqué un net changement de ton avec celui de son accusatrice. Les sénateurs des deux camps ont profité de leur temps de parole pour attaquer leurs adversaires.

Les républicains ont confié l’interrogatoire de Christine Blasey Ford à une procureure spécialisée dans les dossiers d’agression sexuelle, mais ont préféré poser eux-mêmes leurs questions pour la deuxième partie de l'audience.

« Ce n'est pas un entretien d'embauche, c'est l'enfer », a tonné le sénateur Lindsay Graham, qui a reproché aux sénateurs démocrates de « manquer d'éthique ». Son collègue John Cornyn a ajouté que ces audiences étaient dignes du maccarthysme traquant les communistes.

Les républicains se sont portés avec virulence à la défense du juge Kavanaugh, s'excusant pour ce que lui et sa famille ont dû traverser au cours des dernières semaines.

Ils ont reproché aux démocrates d'être à l'origine des fuites qui ont mené à la révélation de l'identité de Mme Blasey Ford, alors que cette dernière avait demandé à la sénatrice Feinstein de préserver son anonymat. Mme Blasey Ford a finalement décidé d'accorder une entrevue au Washington Post.

Les démocrates de la commission ont pour leur part pressé Brett Kavanaugh de réclamer une enquête du FBI.

Ils l'ont aussi interrogé sur son album de finissants, dans lequel des commentaires semblaient évoquer sa consommation d'alcool pendant son adolescence et la façon dont il traitait les femmes.

Un total de cinq allégations d'agressions sexuelles

Deux autres femmes, Deborah Ramirez et Julie Swetnick, ont accusé Brett Kavanaugh de gestes allant de l’inconduite à l'agression sexuelle, qui auraient été commis dans les années 1980.

La commission judiciaire du Sénat a également enquêté sur deux allégations supplémentaires, qui ont été formulées par d'autres personnes que les présumées victimes.

Les autres allégations ne feront pas l'objet d'audiences sénatoriales.

Le président de la commission judiciaire du Sénat, qui compte 11 républicains et 10 démocrates, a prévu de voter sur la nomination du juge Kavanaugh à la Cour suprême vendredi matin. Il reviendra ensuite au Sénat, formé de 51 républicains et de 49 démocrates, d’entériner ou de rejeter sa nomination la semaine prochaine.

Son sort sera entre les mains d’une poignée de sénateurs qui n’ont pas indiqué comment ils voteraient. À l'issue de l'audition, quatre d'entre eux, les trois sénateurs républicains Jeff Flake, de l'Arizona, Lisa Murkowski, de l'Alaska, Susan Collins, du Maine, ainsi que le démocrate Joe Manchin, de la Virginie-Occidentale, se sont rencontrés en privé, selon CNN.

Les audiences rappellent celles pour la confirmation du juge Clarence Thomas à la Cour suprême, que sa collaboratrice Anita Hill avait accusé de harcèlement sexuel, en 1991. Les sénateurs avaient approuvé la nomination du juge nommé par le républicain George H. Bush. M. Thomas siège toujours à la Cour suprême.

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