•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fausses nouvelles : Facebook prêt pour les élections au Canada

Des personnes regardent leur téléphone avec le logo de Facebook en arrière-plan.

De janvier à mars 2018, 583 millions de faux comptes Facebook ont été désactivés.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Radio-Canada

Les Canadiens pourraient-ils se réveiller au lendemain d'une élection et apprendre que le processus démocratique a été manipulé? Facebook affirme avoir tiré des leçons de l'élection américaine de 2016. Malgré tout, les malfaiteurs s'adaptent rapidement.

Un texte de Gino Harel et Luc Tremblay d’Enquête

À quelques jours des élections québécoises et à un an du scrutin fédéral, Kevin Chan, directeur des politiques publiques de Facebook Canada, se veut rassurant.

« En 2016, Facebook n’était pas conscient du genre de défis que posaient ces nouvelles formes de cybermenaces », explique-t-il en entrevue à Radio-Canada, ajoutant que son entreprise s’est « beaucoup améliorée ».

Depuis deux ans, on a investi beaucoup en personnel, en temps et en technologie pour attaquer ce problème de front.

Kevin Chan, Facebook Canada

En prévision des élections au Canada en 2019, Facebook dit avoir mis en place une adresse courriel d’urgence pour les candidats et les partis politiques, afin de les prévenir de risques de piratage de leur page.

Le Canada est aussi le premier pays où Facebook a activé ses nouveaux mécanismes de transparence publicitaire. La publicité achetée par des comptes russes avait été au coeur des révélations entourant les ingérences de l’étranger dans la campagne américaine.

Facebook n’attend pas des élections pour agir, assure par ailleurs Kevin Chan. « En ce moment même, au Canada comme ailleurs dans le monde, notre système trouve de faux comptes et les désactive », dit-il.

La semaine dernière, le Globe and Mail rapportait que Facebook a fermé deux comptes qui diffusaient du contenu en marge des élections municipales de Vancouver. L’un des comptes a été désactivé pour avoir enfreint la politique d’authenticité de Facebook. L’autre page a été fermée pour avoir contrevenu aux règles sur le contenu commercial indésirable, qui interdit l’utilisation de faux comptes.

Kevin Chan en entrevue avec Radio-Canada

Kevin Chan, directeur des politiques publiques de Facebook Canada

Photo : Radio-Canada

L’élection américaine sous la loupe

Des enquêtes policières, des audiences devant le Congrès américain et des mises en accusation de citoyens russes ont mis au jour l’ampleur d’importantes opérations de désinformation menées durant la campagne présidentielle de 2016.

Selon les autorités américaines, de faux comptes Facebook créaient de toute pièce des groupes d’activistes qui organisaient de vraies manifestations dans la rue.

L’exemple le plus frappant est une manifestation qui s’est déroulée à Houston, au Texas, en avril 2016. Des partisans de la liberté de religion faisaient face à des partisans de la liberté d’expression. Ils avaient été mobilisés par des publications Facebook... contrôlées à distance par des Russes.

« Au terme des élections américaines, on a vu beaucoup d’opérations de désinformation et d’abus sur notre réseau destinés à tromper les gens », constate Kevin Chan.

Des partisans de la liberté de religion font face à des partisans de la liberté d’expression avec drapeaux et affiches.

Photomontage de la manifestation d’avril 2016, à Houston au Texas

Photo : Comité du Sénat américain sur le renseignement

Pas d’attaque repérée au Canada

Il n’y a pas qu’aux États-Unis que Facebook a trouvé de faux comptes dans un contexte électoral. Le géant américain en a désactivé des dizaines de milliers d’autres en marge d’élections en France, en Allemagne et en Italie.

Kevin Chan n’ose pas s’aventurer sur une donnée précise pour le Canada. Il rappelle simplement que Facebook considère qu’à l’échelle mondiale environ 4 % des comptes toujours actifs sur son réseau seraient faux.

Le géant américain a-t-il repéré de faux comptes qui auraient tenté d’influencer, de manière coordonnée, une élection au Canada? « Nous n’en avons pas vu », dit Kevin Chan, tout en précisant qu’il demeure vigilant.

Les malfaiteurs s’adaptent

Quelque 20 000 personnes à Facebook sont aujourd’hui affectées aux enjeux de sécurité. De janvier à mars dernier, 583 millions de faux comptes ont été désactivés, souvent parce que leur authenticité ne pouvait être confirmée.

Encore récemment, Facebook a repéré de faux comptes utilisés à des fins de désinformation. L’entreprise a fermé 32 comptes et pages cet été parce qu’ils avaient ce que Facebook appelle un « comportement inauthentique coordonné ». Certains de ces comptes et leurs faux administrateurs tentaient notamment d’organiser une manifestation à Washington.

Facebook y a vu des similitudes avec les tentatives de manipulation de 2016. Mais cette fois, les malfaiteurs auraient pris des précautions additionnelles pour cacher leurs traces. « Ils utilisaient des réseaux privés virtuels (VPN) et des téléphones cellulaires pour dissimuler leur localisation », explique Kevin Chan, qui estime que ces nouvelles manières de faire sont une réponse aux remparts mis en place par sa compagnie.

C’est un peu comme une course à l’armement. Quand on rehausse notre jeu, on s’attend à ce que nos adversaires le fassent aussi.

Kevin Chan, Facebook Canada

Twitter sur un pied d’alerte

Twitter a aussi fermé de nombreux comptes de son réseau depuis 2016. Des millions de comptes suspects sont vérifiés par la compagnie chaque semaine. « Nous sommes activement engagés auprès des autorités électorales et faisons respecter rigoureusement nos politiques, afin de protéger l’intégrité du débat public en vue des élections », dit la compagnie américaine dans une déclaration envoyée à Radio-Canada. Twitter ajoute n’avoir vu « aucune preuve de campagnes malicieuses et coordonnées » au Canada sur le réseau social.

Des journalistes pour vérifier les fausses nouvelles

Pour vérifier si un article est vrai ou faux, ou encore trompeur, Facebook préfère s’en remettre à des journalistes. Il y a trois mois, la compagnie a lancé un « programme indépendant de vérification des faits » au Canada, en collaboration avec l’Agence France-Presse.

Photomontage de Justin Trudeau portant un voile et des commentaires Facebook

« Non, Justin Trudeau ne s’est pas converti à l’islam », titre cette vérification de faits de l’Agence France-Presse

Photo : Factcheck.afp.com

« Quand un article est jugé faux par un de nos partenaires de vérification des faits, on avise immédiatement les gens qui ont partagé l’article pour leur dire qu’il a été vérifié », explique Kevin Chan.

Si quelqu’un d’autre s’apprête à partager le même article, un message lui rappellera qu’il y a eu vérification des faits.

Facebook parvient à réduire en moyenne de 80 % la diffusion de ces articles qui ont été vérifiés et jugés faux.

Kevin Chan, Facebook Canada

La diffusion du contenu qui se révèle faux est aussi réduite par la suite. Il apparaîtra plus bas dans le fil de nouvelles.

Malgré les risques de désinformation, M. Chan vante les mérites de Facebook comme outil d’engagement civique qui permet aux Canadiens d’être directement en contact avec leurs leaders politiques.

« Je dois admettre qu’aux élections de 2015, j’avais comme politique d’aimer toutes les pages [Facebook]. J’ai aimé tous les partis politiques et autant de candidats que j’ai pu parce que je voulais cette diversité de perspectives », explique-t-il.

Est-ce possible que Kevin Chan ait aimé une fausse publication? « Je pense qu’on est tous à risque », concède-t-il.

Ottawa conscient des risques

Le gouvernement fédéral veut renforcer la loi interdisant aux étrangers d’influencer les électeurs canadiens. Le projet de loi C-76, déposé en avril dernier, précise qu’un État étranger ne pourra exercer d’influence indue sur un électeur. Le projet de loi vise aussi à corriger une faille en empêchant toute entité étrangère de dépenser de l’argent, de quelque façon que ce soit, pour influencer les élections.

Si le projet de loi est adopté, il sera par ailleurs interdit à toute organisation qui vend des espaces publicitaires de diffuser des annonces électorales sachant qu’elles ont été payées avec des fonds étrangers.

La loi actuelle interdit déjà la publication de fausses déclarations sur les candidats afin d’influencer une élection.

Retrouvez tous les contenus de l'émission Enquête

Fausses nouvelles

Techno