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« Je suis terrifiée », dit Christine Blasey Ford au Sénat

Christine Blasey Ford prête serment avec la main droite levée.

Christine Blasey Ford prête serment devant la commission judiciaire du Sénat.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Radio-Canada

« Je m'appelle Christine Blasey Ford... ». C'est par ces mots, prononcés d'une voix chargée d'émotion, que la femme de 51 ans a commencé devant la commission judiciaire du Sénat le récit de l'agression sexuelle présumée qu'aurait perpétrée contre elle Brett Kavanaugh, candidat à la Cour suprême des États-Unis, quand elle était adolescente.

« Je ne suis pas ici aujourd’hui parce que je le veux. Je suis terrifiée », a déclaré d'emblée la chercheuse en psychologie à l'Université Palo Alto, en Californie. « Je suis ici parce que je crois qu’il est de mon devoir civique de vous dire ce qui m’est arrivé lorsque Brett Kavanaugh et moi étions à l’école secondaire. »

Âgée de 51 ans, Christine Blasey Ford a raconté l'agression dont elle dit avoir été victime à 15 ans. Elle se trouvait à une fête dans une maison près de Bethesda, en banlieue de Washington, avec d'autres jeunes de son âge, en l’absence des parents.

À son arrivée à la fête, tous buvaient de la bière au salon, a-t-elle affirmé aux membres de la commission judiciaire du Sénat chargée d'évaluer la candidature du juge Kavanaugh.

Brett Kavanaugh et son ami Mark Judge, considéré comme un témoin dans cette affaire, étaient du nombre, et visiblement en état d'ébriété.

Des sanglots dans la voix, Mme Blasey Ford a expliqué être montée à l'étage dans le courant de la soirée, à la recherche d'une salle de bain, lorsqu'elle a été poussée dans une chambre.

Brett Kavanaugh et son ami seraient alors entrés, fermant la porte derrière eux.

Ils ont haussé le volume de la musique, j’ai été poussée sur un lit et Brett a embarqué sur moi.

Christine Blasey Ford

« Il a commencé à caresser mon corps et à donner des coups de hanches. J’ai crié, en espérant que quelqu’un au rez-de-chaussée m’entendrait, j’ai essayé de me sortir de là, mais il était trop lourd, a-t-elle témoigné. Brett a essayé d’enlever mes vêtements. Il avait du mal, car il était très ivre et je portais un maillot de bain sous mes vêtements. »

Selon elle, Brett Kavanaugh et Mark Judge riaient pendant l'agression. « Ils avaient l’air de bien s’amuser », a-t-elle ajouté.

Je croyais qu’il allait me violer. J’ai essayé de crier au secours, mais Brett a mis sa main sur ma bouche pour m’empêcher de crier. C’est ce qui m’a terrifiée le plus et c’est la chose qui a eu le plus grand impact dans ma vie.

Christine Blasey Ford

« J’ai eu peur que Brett me tue accidentellement », a continué Mme Blasey Ford.

À certains moments, Mark Judge, aujourd'hui devenu réalisateur de courts-métrages et écrivain, ne semblait pas d'accord avec le comportement de son ami, a souligné Christine Blasey Ford.

Christine Blasey Ford entourée d'avocats.

Christine Blasey Ford quelques instants avant le début de son témoignage devant la commission judiciaire du Sénat.

Photo : Reuters / POOL New

« Mark avait l’air d’être ambivalent. Par moments, il encourageait Brett, et par moments, il lui disait d’arrêter. J’ai établi plusieurs contacts visuels avec Mark en espérant qu’il m’aide, mais il ne l’a pas fait », a-t-elle ajouté.

Mme Blasey Ford affirme avoir finalement réussi à se défaire de son agresseur lorsque tous deux sont tombés du lit et s'être réfugiée en courant dans la salle de bain. Elle a ensuite quitté la maison lorsque les deux garçons sont redescendus au rez-de-chaussée.

Les républicains se retranchent derrière une procureure

L'audience, qui a duré environ trois heures, était hautement politisée.

Contrairement à la procédure habituelle, les 11 sénateurs républicains, tous des hommes blancs, ont choisi de confier l’interrogatoire à une procureure spécialisée dans les dossiers d’agression sexuelle, Rachel Mitchell.

L’élan de la procureure était régulièrement brisé parce qu’elle devait céder la parole à un élu démocrate toutes les cinq minutes.

Les démocrates ont pour leur part profité de leur temps de parole pour remercier Mme Ford pour son courage et décocher des flèches aux républicains. Ils leur ont notamment reproché de précipiter le processus de nomination et de ne pas confier l’enquête au FBI.

Le président de la commission, Chuck Grassley, les a interrompus à plusieurs reprises, leur reprochant notamment d'avoir tardé avant de porter le dossier de Mme Blasey Ford à leur attention.

La procureure Rachel Mitchell, avec derrière elle, de gauche à droite, les sénateurs Mike Crapo, Jeff Flake, Ben Sasse, Ted Cruz, Mike Lee et John Cornyn

La procureure Rachel Mitchell, avec derrière elle, de gauche à droite, les sénateurs Mike Crapo, Jeff Flake, Ben Sasse, Ted Cruz, Mike Lee et John Cornyn

Photo : Reuters / Tom Williams

Blasey Ford exclut toute méprise sur l'identité de son agresseur

Contrairement à ce qui avait été rapporté dans les médias américains, Christine Blasey Ford a précisé qu'elle n'était pas saoule au moment des faits. Je n'avais bu qu'une seule bière, a-t-elle soutenu.

Elle a par ailleurs exclu toute méprise sur l'identité de son agresseur. Elle s'est dite « absolument sûre », à « 100 % », qu'il s'agissait bel et bien de Brett Kavanaugh.

Les faits se seraient déroulés à l'été 1982, quand Mme Blasey Ford fréquentait le Columbia Country Club, où elle pratiquait la natation et le plongeon.

Brett Kavanaugh ira à son tour devant la commission judiciaire du Sénat, cet après-midi, afin d'y défendre sa candidature. Il a déjà nié catégoriquement l'ensemble des faits qui lui sont reprochés.

« C'était mon devoir, de le faire »

Christine Blasey Ford affirme qu'elle n'avait jusqu'à récemment raconté cet événement qu'à son mari et à sa psychologue. Lorsqu'elle a su que Brett Kavanaugh deviendrait juge au plus haut tribunal du pays, elle a jugé qu'il était de son devoir de le rendre public, en témoignant, afin qu'il soit pris en considération dans l'évaluation de la candidature à la Cour suprême du juge Kavanaugh.

Les raisons pour lesquelles je suis ici aujourd’hui, je ne les oublierai jamais. Elles sont ancrées dans mes souvenirs et me hantent jusque dans ma vie adulte.

Christine Blasey Ford

Un gros plan de Christine Blasey Ford.

Christine Blasey Ford témoigne devant la commission judiciaire du Sénat.

Photo : Getty Images / Win McNamee

La professeure et chercheuse en psychologie affirme ne pas agir pour des raisons politiques et que cet épisode de sa vie est de loin l'un des plus difficiles.

Depuis sa sortie publique, Mme Blasey Ford a expliqué avoir été l'objet d'une véritable invasion de sa vie privée par des journalistes, mais également avoir été inondée de menaces de mort et insultée, au point où elle et sa famille ont dû quitter leur résidence et que tous sont dorénavant sous protection policière.

Elle soutient par ailleurs que son compte courriel a été piraté à plusieurs reprises.

Comme si ce n'était pas assez, elle a également dû essuyer les foudres de nombreux républicains et du président Trump, qui a notamment déclaré que si ce qu’elle a avancé était vrai, elle « ou ses parents qui l’aiment » n’auraient pas attendu toutes ces années pour porter plainte.

Mark Judge rejette les allégations de Blasey Ford

Dans une lettre datée du 18 septembre à l’intention de la commission judiciaire du Sénat, les avocats de Mark Judge affirment que leur client rejette les allégations faites à son endroit, qui avaient alors déjà été relayées par les médias.

Mark Judge dit n’avoir aucun souvenir que l’incident survenu dans une chambre, en 1982, décrit par Mme Blasey-Ford n’a jamais eu lieu. Il dit n’avoir pas plus souvenir d’avoir été présent à la fête dont elle parle. M. Judge ajoute n’avoir jamais vu son ami, Brett Kavanaugh, agir de la façon décrite par Mme Blasey-Ford et conclut en disant n’avoir, en conséquence, aucune information à fournir à la commission.

Un total de cinq allégations

Restée muette pendant des années sur cette agression, Christine Blasey Ford avait adressé en juillet une lettre confidentielle à une élue démocrate pour rapporter les agissements du juge Kavanaugh, dont le nom commençait à circuler dans les médias, mais son courrier n'a été transmis au FBI qu’au début de septembre.

Brett Kavanaugh sous les projecteurs.

Le juge Brett Kavanaugh fait l'objet d'allégations d'agression sexuelle à l'endroit de Christine Blasey Ford, à l'été 1982.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

La lettre rendue publique le 12 septembre, sans son nom ni son consentement, a causé d’importants remous au sein du Sénat et à la Maison-Blanche, qui a multiplié les démentis et rejeté en bloc le récit de Mme Blasey Ford.

Le 16 septembre, Mme Blasey Ford brisait officiellement le silence en accordant une entrevue au Washington Post. Elle a accepté quelques jours plus tard de témoigner devant la commission judiciaire du Sénat chargée de valider la candidature des futurs juges de la Cour suprême.

Depuis, quatre autres allégations ont fait état d'agressions sexuelles ou de comportements déplacés de la part de Brett Kavanaugh dans le passé.

Le juge Kavanaugh a nié catégoriquement ces accusations, qu’il a qualifiées de calomnieuses lors de plusieurs déclarations faites par l'intermédiaire de la Maison-Blanche. Il a ajouté avoir toujours été respectueux des femmes.

Une manifestante brandit une affiche.

Une manifestante est expulsée de la salle d'audience du comité sénatorial sur la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Les démocrates, qui dénonçaient déjà sa candidature en raison de ses positions anti-avortement, ont demandé le report de sa nomination.

Après ces audiences, la candidature du juge Kavanaugh sera soumise au vote du Sénat, où les républicains possèdent une très courte majorité de 51 contre 49 face aux démocrates.

S'il est nommé à la Cour suprême, les conservateurs y détiendront désormais la balance du pouvoir, et ce, pour de très nombreuses années.

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