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analyse

Allégations d’abus sexuels : une audience à haut risque pour Kavanaugh et les républicains

Brett Kavanaugh, candidat républicain à la Cour suprême des États-Unis

De nouvelles informations viennent compliquer davantage le processus de confirmation de Brett Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis.

Photo : Reuters / Alex Wroblewski

Raphaël Bouvier-Auclair

Le moment est très attendu. Christine Blasey Ford et Brett Kavanaugh, qu'elle accuse d'agression sexuelle, comparaîtront tous deux devant une commission du Sénat et, surtout, devant les caméras de télévision. Une audience importante pour le candidat à la Cour suprême, mais aussi pour les élus qui doivent se prononcer sur son avenir.

En début de semaine, des manifestants sont entrés dans un édifice du Sénat américain avec un message à livrer. « Nous croyons Christine Ford », ont-ils clamé. Une manière d’appuyer cette femme qui a accusé Brett Kavanaugh d’agression sexuelle lorsqu’ils étaient à l’école secondaire.

Pendant l’événement, les manifestants se sont aussi porté à la défense d’une autre femme, qui n’a pourtant aucun lien avec le juge Kavanaugh : Anita Hill.

Ces jours-ci, plusieurs observateurs font le parallèle entre les accusations portées contre Brett Kavanaugh et celles qui ont été formulées dans les années 1990 à l’endroit de Clarence Thomas, actuel juge à la Cour suprême.

Anita Hill, une ancienne collègue de M. Thomas, avait affirmé avoir été victime de harcèlement sexuel de sa part. La commission judiciaire du Sénat l’avait donc invité à témoigner pendant le processus de confirmation du juge.

Devant un groupe formé d’hommes seulement, Anita Hill a dû faire face à des questions agressives et sa crédibilité avait été remise en doute.

Une attitude qui, à l’époque, avait soulevé la colère de nombreuses électrices américaines.

« J’aurais aimé en faire plus pour Anita Hill. Je lui dois des excuses », a admis des années plus tard Joe Biden, l’ancien vice-président, qui présidait à l’époque les audiences de confirmation de Clarence Thomas.

Vingt-sept ans plus tard, les sénateurs républicains (la délégation républicaine à la Commission judiciaire du Sénat est formée de 11 hommes) souhaitent visiblement éviter de répéter l’expérience. Une procureure spécialisée dans les crimes sexuels, Rachel Mitchell, a donc été mandatée pour poser les questions à la place des élus.

Des manifestant tiennent des pancartes devant la Cour suprême des États-Unis sur laquelle on peut lire qu'ils croient les affirmations de Christine Blasey Ford, qui accuse le juge Brett Kavanaugh d'agression sexuelle.

Des manifestants se sont rassemblés devant la Cour suprême des États-Unis, à Washington D.C., le 24 septembre 2018, afin de protester contre la nomination du juge Brett Kavanaugh.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

À quelques semaines des élections de mi-mandat, au cours desquelles on prévoit une mobilisation importante de l’électorat féminin, s’en prendre à l’accusatrice pourrait évidemment avoir un impact politique important. Particulièrement pendant une audience télévisée qui sera très regardée.

« La moindre petite phrase sera reprise sur les médias sociaux. On va rapporter les propos des uns et des autres », a expliqué le directeur de l’observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Frédérick Gagnon.

Le président de la Commission judiciaire du Sénat, le républicain Chuck Grassley, offre une autre raison pour expliquer le recours à la procureure Mitchell.

Le but est de dépolitiser le processus et de trouver la vérité, plutôt que de donner l’occasion à des sénateurs de lancer leur campagne présidentielle.

Chuck Grassley, président de la Commission judiciaire du Sénat

Des élus républicains reprochent aux démocrates d’utiliser à des fins politiques les allégations qui ont été formulées à l’endroit de Brett Kavanaugh et se posent de sérieuses questions sur le moment auquel ces informations ont été divulguées.

Un avis que partage le président Donald Trump. Au cours des derniers jours, il a également remis en doute le fondement de ces accusations, dont les faits reprochés remontent à plusieurs dizaines d’années.

Brett Kavanaugh, de son côté, nie toutes les allégations.

La page ne se tournera pas aujourd’hui

À peine l’audience terminée, les membres de la Commission judiciaire du Sénat devront se prononcer sur la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême. Un vote est prévu dès vendredi.

Peu importe le résultat de ce vote, le dossier ne sera pas clos.

Surtout que ces derniers jours, d’autres femmes ont rendu publiques des allégations de nature sexuelle à l’endroit de M. Kavanaugh. Des contacts ont été établis avec le Sénat, mais aucun autre témoignage devant le Sénat n’est prévu pour l’instant.

Pour de nombreux républicains, cette nomination est majeure. Son arrivée sur le banc assurerait une dominance conservatrice à la Cour suprême américaine pour de nombreuses années. Une idée qui plaît à la base du parti.

Mais sa présence au plus haut tribunal du pays doit-elle être confirmée le plus rapidement possible, comme d’importants doutes planent toujours sur le passé du candidat? Quel message cela peut-il envoyer aux électeurs et aux électrices?

Ce sont des questions que se posent certainement des sénateurs républicains, comme Susan Collins du Maine, Lisa Murkowski de l’Alaska et Jeff Flake de l’Arizona.

Dans un Sénat où les républicains disposent d’une très faible majorité (51-49), le fruit de leur réflexion sera crucial.

Donald Trump, président des États-Unis

Raphaël Bouvier-Auclair est correspondant à Washington

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