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Qui est responsable de la concentration du phosphore dans le lac Érié?

Gros plan sur un tuyau dont l'eau se déverse dans un ruisseau avec des plantes vertes autour.
Un drain de labourage, l'une des causes de la pollution du bassin ouest du lac Érié. Photo: Commission mixte internationale

Alors que les agriculteurs font un virage vert pour réduire la quantité de phosphore et d'algues dans le lac Érié, ils croient que les villes devraient aussi prendre leurs responsabilités dans ce domaine. Les municipalités, qui disposent parfois de systèmes de drainage vieillissants, se défendent et plusieurs estiment en faire déjà assez.

Un texte de Rose St-Pierre

Maurice Chauvin, agriculteur dans le Sud-Ouest de l’Ontario, a changé ses pratiques agricoles il y a quelques années pour les rendre plus écologiques. Bien conscient du problème de concentration de phosphore dans le lac Érié, il utilise dorénavant des engrais biosolides qui proviennent du traitement des boues municipales de la ville de Détroit.

S’il considère faire sa part, il s'inquiète du peu de pression qui est mise sur les municipalités.

Les villes relâchent des milliards de litres d’eaux usées non traitées dans nos lacs. À mes yeux, ce n’est pas acceptable. Les systèmes [d’épuration des eaux] doivent être mis à jour, constate-t-il.

Source d’eau potable pour plus de 11 millions de Canadiens et d'Américains, abrite 130 espèces de poissons et l'une des plus importantes pêcheries en eau douce au monde
Eau de lac Érié - Source : Plan d’action Canada-Ontario pour le lac Érié, février 2018 Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : www.flaticon.com

Colette McLean, agricultrice de Harrow et consultante pour l’application sécuritaire des produits anti-parasitaire dans le comté d'Essex, rappelle que le déversement de phosphore dans le lac provient d’une combinaison de facteurs, notamment le rejet d’eaux usées par les villes et l’utilisation d’engrais sur les terres agricoles. Et l'on doit prendre en considération qu’une grande partie du problème provient des agriculteurs du nord des États-Unis qui cultivent beaucoup de maïs, explique-t-elle.

Pour l’agricultrice, l'effort appartient maintenant aux municipalités qui doivent rénover leurs systèmes d’épuration des eaux. Le développement des villes continue: il y a de plus en plus de maisons, des usines en développement… les systèmes n’arrivent plus à suivre la demande.

L’année dernière seulement, les municipalités du bassin versant du lac Érié ont rejeté l’équivalent de 209 piscines olympiques dans le lac. Si l'on prend en considération les cinq dernières années combinées, ce nombre est porté à 1 245 bassins olympiques.

Le problème de la trop haute concentration de phosphore dans le lac Érié provient de tout un système, explique Mme McLean. Les médias ont tendance à accuser les agriculteurs dès que le lac a des problèmes avec la concentration d’algue, lance-t-elle.

On prétend que les agriculteurs utilisent trop d’engrais chimiques, mais ce n’est pas vrai. L’engrais coûte cher. On applique selon les besoins du sol et en fonction d’une analyse.

Colette McLean, agricultrice de Harrow.

Le milieu agricole demeure le principal contributeur

Jérôme Marty, président de la Société canadienne de limnologie, qui regroupe des scientifiques qui travaillent sur l’eau douce au Canada, confirme que plusieurs facteurs contribuent à faire du lac Érié l’un des cours d’eau avec le plus de problème de nutriments et d’algues.

Les activités agricoles, la présence de grandes villes et la forme du lac qui contrairement aux autres lacs, est très peu profond sont les principales causes.

75 % : ruissellement des terres agricoles, golfs et zones résidentielles - 10 à 15 % : rejets industriels directs, traitement et débordement des eaux usées - 7 à 12 % : résidus de phosphore dans le fond du lacApports de phosphore dans le lac Érié - Source : Plan d’action Canada-Ontario pour le lac Érié, février 2018 Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : www.flaticon.com

Mais lorsqu’on s’intéresse aux apports de phosphore, on constate que le milieu agricole demeure le principal contributeur, note-t-il.

Néanmoins, les données montrent aussi une amélioration des pratiques agricoles: On commence à voir les effets de meilleures pratiques de gestion des nutriments pour les zones agricoles, mais c’est très tôt, encore, pour voir les bénéfices à long terme.

Il est clair que tout le monde a une part à faire pour réduire la concentration de phosphore. Dans le cas des activités agricoles, on va dans la bonne direction. Mais il est vrai que les agriculteurs doivent avoir l’impression d’en faire beaucoup.

Jérôme Marty, président de la Société canadienne de limnologie

Les municipalités se défendent

Dans le cas des villes, régler la question de la qualité de l’eau prendra des années, selon M. Marty. Selon lui, d'importants changements seront nécessaires pour moderniser les infrastructures. Ces changements reposent sur les municipalités. Mais est-ce que les municipalités en ont les moyens?, s’inquiète-t-il.

Les infrastructures municipales ont été conçues pour des besoins qui ont depuis évolué. Dans le passé, on a souvent utilisé des modèles qui prédisaient des inondations aux cent ans. Aujourd’hui, nous avons des évènements climatiques plus violents et plus soudains.

De leur côté, les villes se défendent de faire des efforts significatifs depuis des dizaines d’années pour satisfaire aux réglementations de contrôle du phosphore dans l’eau.

Chris Manzon, cadre supérieur pour le contrôle de la pollution de la ville de Windsor, s’en remet plutôt au milieu rural. Du côté des fermes, il n’y a aucune exigence réglementaire, tout ce qui a été fait est sur une base bénévole.

Windsor a amorcé des travaux de modernisation il y a environ vingt ans pour améliorer le processus de filtration et réduire les épisodes de déversement des eaux usées dans la rivière Détroit.

Chris Manzon confirme par ailleurs que de nouveaux travaux de modernisation ne sont pas prévus pour l’instant. Une étude est en cours au sujet des déversements d’eaux usées, précise-t-il.

La contribution des villes est relativement petite, spécialement en comparaison avec la contribution des milieux ruraux. C’est la contribution rurale qui devrait être notre principale préoccupation.

Chris Manzon, cadre supérieur pour le contrôle de la pollution de la ville de Windsor

Le directeur de l'ingénierie pour la ville de Sarnia, Mike Berkvens, soutient que sa municipalité réduit chaque année le nombre de rejets d’eaux usées. Et lorsque de fortes précipitations obligent la ville à déverser des eaux sans passer par tout le processus de filtration, un premier traitement est généralement effectué.

Nous disposons même d’un bassin supplémentaire dans ces cas précis, explique Mike Berkvens.

Un projet pilote novateur

Le maire de Chatham-Kent, Randy Hope, participe à un projet pilote régional pour réduire l’écoulement de phosphore dans le bassin versant du lac Érié. Selon lui, renvoyer la responsabilité au monde agricole ou urbain est contre-productif.

Nous devons travailler ensemble, la ville ici travaille avec la communauté agricole, explique-t-il.

Le projet de protection de la rivière Thames est vu, selon le maire, comme un modèle à suivre.

Selon lui, le problème réside dans la disponibilité des fonds provinciaux et fédéraux pour supporter les villes et les agriculteurs dans leur virage vert.

Tout le monde a une responsabilité: le monde agricole comme les villes.

Randy Hope, maire de Chatham-Kent

L’objectif du gouvernement ontarien est de réduire de 40 % d’ici 2025 les concentrations de phosphore dans les bassins ouest et centre du lac Érié.

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