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Les milliards promis par les partis pour les écoles surpeuplées accueillis avec scepticisme

Classes modulaires, lors de leur installation à l'école Notre-Dame-des-Rapides, dans Lasalle
Classes modulaires lors de leur installation à l'École Notre-Dame-des-Rapides, dans l'arrondissement de LaSalle, en 2014. Photo: Radio-Canada / Thomas Gerbet
Radio-Canada

Échaudés par les ratés qui ont conduit au fiasco des écoles surpeuplées, des acteurs du milieu de l'éducation attendent avec impatience de voir comment seront dépensées les sommes promises par les partis politiques québécois.

Un texte de Vincent Resseguier

La présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel-Bourdon, résume la situation en une formule : « Je suis contente qu’on parle d’argent, mais tout est dans le ''comment'' ».

l'école Au trésor du boisé à Montréal a dû rajouter un étage à son bâtiment construit seulement 5 ans auparavantEn raison de la surpopulation scolaire, l'école Au trésor du boisé à Montréal a dû rajouter un étage à son bâtiment construit seulement 5 ans auparavant Photo : Radio-Canada / Annie Hudon-Friceau

Et Mme Harel-Bourdon sait de quoi elle parle. Des écoles qui débordent, des écoles qui tombent en ruine, il y en a des dizaines dans la grande région de Montréal. Mais le phénomène est présent dans presque toutes les régions de la province.

Au premier rang : Québec, la Montérégie et l’Outaouais. En fait, « partout où il y a une concentration de population », précise le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Alain Fortier, ce qui inclut des villes de taille moyenne comme Rivière-du-Loup.

Les partis au chevet des écoles

Dans le milieu de l'éducation, un sentiment d’urgence domine, avec la conviction qu’un grand rattrapage s'impose. Tous les partis semblent l’avoir entendu, y compris les libéraux, qui multiplient les annonces sur l’éducation, après avoir imposé l’austérité.

Après des décennies de sous-financement et d’absence de planification, les milliards suffiront-ils à regagner la confiance des acteurs du secteur de l’éducation, mais aussi celle des professionnels comme les architectes et les urbanistes? Rien n’est moins sûr.

Dans son dernier mémoire sur les règles budgétaires, la Fédération des commissions scolaires du Québec demande un investissement supplémentaire de 10 milliards de dollars sur 10 ans pour les infrastructures, soit 1 milliard par année. Son président, Alain Fortier, accueille favorablement l'intérêt des partis pour l'état des écoles et insiste pour que l'effort soit maintenu pendant plusieurs années.

Il faut remédier au déficit d’investissement datant des années 90, mais surtout il faut tout faire pour que ça ne se reproduise plus.

Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec

Malgré les promesses, M. Fortier ne saute pas au plafond pour autant. Il craint que les problèmes actuels, comme l’augmentation des coûts de construction ou la pénurie de main-d’œuvre, compliquent et retardent l’exécution des projets.

Celui qui est également président de la Commission scolaire des Découvreurs a constaté que les travaux dans une école de la région de Québec tardent à se conclure à cause d'un fournisseur qui est dans l'impossibilité de livrer les fenêtres.

La gestion des effectifs au premier rang des préoccupations

Dans le milieu de l'éducation, tout le monde ou presque s’entend pour dire que si certaines écoles sont surpeuplées, c’est d’abord parce que la planification démographique est défaillante.

Pendant la campagne électorale, les partis se sont pourtant faits discrets sur cette question.

Le trésorier de l’Ordre des urbanistes du Québec, Sylvain Gariepy, précise qu’il n’est pas toujours évident de prévoir les mouvements de population. Il affirme cependant qu’il est tout à fait possible de deviner les grandes tendances.

Alain Fortier déplore que le ministère de l’Éducation ne prenne pas suffisamment en compte les données colligées par les commissions scolaires. Selon lui, celles-ci sont dans une position privilégiée pour juger ce qui se trame sur le terrain.

Dans cet esprit, pour affiner sa connaissance du territoire et de la démographie, la Commission scolaire de Montréal a engagé dernièrement deux urbanistes.

Une cour d'école avec des lignes colorées au sol; un conteneur vert, une école modulaire en chantier et trois employés portant des casques de construction par une journée ensoleilléeChantier du bâtiment modulaire ajouté à l'École Saint-Jean-de-la-Lande de la CSDM à Montréal (juillet 2018) Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Sa présidente, Catherine Harel-Bourdon, reproche aussi au ministère de l’Éducation de mal anticiper la création de nouveaux quartiers résidentiels.

Elle regrette que le ministère calcule son financement en se basant principalement sur la population actuelle et non sur des projections.

Un exemple a marqué les esprits à Montréal. Le quartier Griffintown a poussé comme un champignon. En moins de 10 ans, des milliers de familles sont venues peupler cette ancienne friche industrielle. Le quartier a pourtant vu le jour sans que la Ville, la Commission scolaire de Montréal et le ministère de l'Éducation ne s’entendent pour la construction d'une école publique.

Oublier de construire une école dans un nouveau quartier, « c’est ahurissant », s’insurge Sylvain Gariépy, ce devrait être un « réflexe ». Il attribue ce type de défaillance à un déficit de planification dans l’aménagement du territoire qui, selon lui, dépasse largement le domaine de l’éducation.

Un manque de vision

La présidente de l’Ordre des architectes du Québec, Nathalie Dion, estime que les programmes restent « vagues » et avoue avoir de la difficulté à déterminer si les partis proposent une « vision » ou un « étalage de mesures ». Sa participation au Lab-école, lancé par le gouvernement Couillard, n’a pas dissipé ses inquiétudes.

Tout comme l'urbaniste Sylvain Gariepy, elle souhaite qu’une « vision » pour l’école soit formulée à travers une politique nationale de l'aménagement du territoire et de l’urbanisme.

Ils soulignent tous les deux que le modèle actuel, datant des années 60, a besoin d’un rafraîchissement, de même que les bâtiments, dont l’âge moyen est de 58 ans.

Des travaux sont en cours à l'école de l'Anse de Sainte-Anne-des-Monts en raison d'un problème de moisissuresDes travaux sont en cours à l'École de l'Anse de Sainte-Anne-des-Monts en raison d'un problème de moisissures l'an dernier. Photo : Radio-Canada

Sylvain Gariépy a le sentiment que les différents acteurs impliqués dans la construction et la rénovation des écoles ont leur propre vision et qu’inévitablement « certains marchent à contre-courant ».

Mme Dion souligne quant à elle que l’utilisation des espaces scolaires a considérablement évolué. L’époque où les enfants dînaient à la maison est révolue. Aujourd’hui, les écoles sont des espaces de vie et accueillent de nombreuses activités.

Elle soutient qu’il faut adapter les bâtiments en pensant au présent, mais aussi à l’avenir, ce qui inclut l'évolution de la pédagogie, les changements technologiques ou encore les variations de population.

Bref, autant de préoccupations qui ne demandent pas nécessairement de nouveaux investissements, mais « plus de cohérence », conclut Mme Dion.

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