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Le juge Kavanaugh visé par un total de cinq allégations d'inconduite sexuelle

Les explications de notre correspondant Christian Latreille
Radio-Canada

À la veille de l'audition sous serment de la première accusatrice du juge Brett Kavanaugh, des documents rendus publics mercredi soir par la commission du Sénat, qui étudie sa candidature, font état de deux nouvelles allégations d'agressions sexuelles visant le candidat de Donald Trump à la Cour suprême.

En matinée, une troisième femme est sortie de l'anonymat pour accuser Brett Kavanaugh d'avoir, dans sa jeunesse, eu des comportements sexuels agressifs, portant une lourde attaque à la veille de l'audition sous serment du juge et de la première accusatrice, Christine Blasey Ford.

Dans une déclaration sur l'honneur rendue publique par son avocat, Julie Swetnick accuse Brett Kavanaugh, 53 ans, d'avoir fait partie au début des années 80 d'un groupe de garçons qui tentaient de faire boire ou de droguer des filles en vue d'abuser d'elles.

La fonctionnaire affirme également avoir été elle-même victime d'un viol collectif lors d'une fête où Brett Kavanaugh était « présent » vers 1982.

Elle devient ainsi la troisième femme à porter de graves accusations à caractère sexuel contre le magistrat conservateur, qui a immédiatement dénoncé une attaque venue de « la quatrième dimension ».

« Je ne la connais pas et cela n'a jamais eu lieu », a-t-il assuré dans un communiqué. Le juge a affirmé à plusieurs reprises avoir toujours traité les femmes avec respect.

« Ces derniers jours [...], il y a eu une frénésie à sortir des choses, n'importe quoi, peu importe qu'elles soient tirées par les cheveux ou odieuses pour bloquer ma confirmation », a-t-il prévu de dire lors de cette audition. Ce sont « des accusations calomnieuses de dernière minute ».

Pas convaincus, les démocrates ont immédiatement demandé la suspension du processus de confirmation du juge, exigeant une enquête du FBI sur l'ensemble des accusations. Le chef des sénateurs démocrates, Chuck Schumer, a même demandé que le magistrat retire sa candidature.

Des soirées bien arrosées

Julie Swetnick explique dans sa déclaration avoir participé à une dizaine de fêtes dans la région de Washington entre 1981 et 1983 où se trouvaient aussi Brett Kavanaugh et un de ses camarades, Mark Judge, déjà cité par la première accusatrice.

Photo non datée de Julie Swetnick.Cette photo non datée de Julie Swetnick a été publiée par son avocat Michael Avenatti au moyen de Twitter le mercredi 26 septembre 2018. Photo : Associated Press

« À plusieurs reprises lors de ces fêtes, j'ai vu Mark Judge et Brett Kavanaugh boire de manière excessive et avoir un comportement totalement inapproprié, notamment en devenant très agressifs avec les filles et en n'acceptant pas qu'elles puissent dire "non" », écrit-elle, en les accusant aussi d'avoir « caressé et peloté des filles sans leur consentement ».

« Brett Kavanaugh et d'autres tentaient de soûler et de désorienter les filles à un point qu'elles pouvaient être violées à répétition », assure-t-elle encore. « J'ai un souvenir vivace de garçons alignés à l'extérieur des chambres lors de ces soirées, attendant de prendre leur tour avec la fille à l'intérieur. »

« En 1982, j'ai été victime d'un de ces viols collectifs », confie-t-elle, en expliquant avoir été incapable de se défendre, probablement sous l'effet d'une drogue. « Mark Judge et Brett Kavanaugh étaient présents » à la fête, affirme-t-elle sans donner plus de détails.

Sa déclaration a été transmise à la commission judiciaire du Sénat, chargée d'évaluer les candidats à la Cour suprême, par son avocat Michael Avenatti, qui défend déjà l'actrice de films pornographiques Stormy Daniels, engagée dans une bataille judiciaire avec Donald Trump.

Les avocats de la commission ont commencé à l'examiner, selon un porte-parole.

Une quatrième et une cinquième victime?

Les quatrième et cinquième allégations ont été portées à l'attention de la commission judiciaire du Sénat par des sénateurs à qui elles ont été signalées. Elles n'ont pas été formulées par d'éventuelles victimes, mais plutôt par un témoin dans un cas et par un proche d'un témoin dans l'autre cas.

La commission sénatoriale a rendu publique mercredi soir la transcription d'un entretien téléphonique avec le juge Kavanaugh au cours duquel des représentants de la commission font état de ces accusations.

Dans une lettre anonyme envoyée au sénateur républicain Cory Gardner, du Colorado, samedi dernier, quelqu'un affirme que sa fille, qui socialisait à l'époque avec le juge Kavanaugh, a été témoin d'un geste d'inconduite sexuelle qu'il aurait commis en 1998, alors qu'il était en état d'ébriété.

Brett Kavanaugh, soutient cette personne, « a plaqué son amie contre le mur très agressivement et sexuellement ». L'incident serait survenu à Washington devant au moins quatre témoins.

On lit dans la transcription de l'entretien téléphonique que Brett Kavanaugh a nié les faits. « Il s'agit d'une lettre anonyme concernant une personne anonyme et un ami anonyme. C'est ridicule. C'est tout droit sorti de la quatrième dimension. Et non, je n'ai jamais rien fait de tel. »

Brett Kavanaugh a aussi été interrogé sur un appel fait lundi au sénateur démocrate Sheldon Whitehouse, qui siège à la commission judiciaire.

L'individu rapporte qu'une de ses amies aurait été agressée sexuellement en 1985 par deux hommes en état d'ébriété, qu'elle appelait « Brett et Mark », qui pourrait être Mark Judge, l'ami de Brett Kavanaugh.

L'agression aurait été commise sur un bateau dans le port de Newport, au Rhode Island, après que la femme en question les eut rencontrés dans un bar. L'homme qui a rapporté l'agression affirme avoir blessé, à l'époque, les deux agresseurs.

Il dit avoir reconnu Brett Kavanaugh en voyant ses photos de jeunesse diffusées récemment dans les médias.

Le juge Kavanaugh a nié que ce soit produit.

La veille de l'audition de Christine Blasey Ford

Ces nouveaux développements surviennent à la veille de l'audition publique au Sénat d'une professeure d'université de 51 ans, Christine Blasey Ford, qui affirme avoir été agressée sexuellement par le jeune Kavanaugh lors de leurs années de lycée.

Elle affirme qu'avec Mark Judge, il l'a isolée dans une chambre, avant de la plaquer sur un lit et de tenter de la déshabiller. Profitant de leur ébriété, elle serait parvenue à fuir.

Également accusé d'avoir exhibé son sexe au nez d'une camarade d'université lors d'une soirée arrosée à Yale, le magistrat nie en bloc.

Donald Trump n'en croit rien

Jusqu'à présent, il bénéficie du soutien inconditionnel du chef de l'État et de la majorité républicaine.

Invité à commenter les trois premières allégations visant le juge Kavanaugh au cours d'un point de presse, le président Trump a regretté que de « fausses accusations [...] « détruisent la réputation d’un homme ».

Plus tôt, il avait attaqué, dans un message sur Twitter, l'avocat qui les a rendues publiques.

Le locataire de la Maison-Blanche a promis à son électorat de nommer un juge conservateur à la Cour suprême, institution chargée de trancher les questions de société les plus épineuses, comme la régulation des armes à feu, le droit à l'avortement ou le mariage homosexuel.

L'entrée du juge Kavanaugh placerait en effet les juges progressistes en minorité au sein de la plus haute juridiction des États-Unis.

Donald Trump souhaitait pouvoir le faire avant les élections de mi-mandat du 6 novembre.

Donald Trump, président des États-Unis

Avec les informations de Agence France Presse

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