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Immigration : tests de français conçus et corrigés en France

En levant la main droite, 150 personnes sont devenues citoyens canadiens le 1er juillet à Trois-Rivières.
En levant la main droite, 150 immigrants sont devenus citoyens canadiens le 1er juillet à Trois-Rivières. Photo: Radio-Canada / Aziz Hajeri
Radio-Canada

Alors que l'intégration des immigrants québécois s'est invitée dans la campagne électorale, une question se pose : pourquoi les tests de français auxquels sont soumis les immigrants québécois sont-ils encore conçus et corrigés en France?

Un texte d’Ulysse Bergeron

« Dans leur état actuel, les tests de français ne vérifient que très peu la connaissance du français proprement québécois », estime Elizabeth Allyn Smith, professeure de linguistique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

D’origine américaine, elle a dû passer le test d’évaluation de français pour l’accès au Québec (TEFAQ), l'un des examens autorisant les immigrants à travailler et à résider au Québec. La professeure se rappelle avoir dû simuler un appel téléphonique au Musée du Louvre pour obtenir des informations sur le menu du café-bistro.

« Pour parler du repas du midi, est-ce que je devais utiliser le terme dîner ou déjeuner? Et comme je suis anglophone, est-ce que l’utilisation du terme lunch serait perçue comme une mauvaise maîtrise du français? », raconte-t-elle.

La réussite des examens de français est obligatoire pour l’obtention du Certificat de sélection du Québec, première étape dans le processus d’immigration permanente. Sept tests de français sont actuellement reconnus par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI). Aucun n’est toutefois conçu et corrigé au Québec.

Tout est fait dans l’Hexagone, par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France ou par le Centre international d'études pédagogiques, établissement sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale en France. Même les ouvrages de référence et tutoriels en ligne qui permettent de se préparer aux tests sont publiés par des éditeurs français et signés par des linguistes français.

« Même ici à Montréal, on embauche de nombreux Français pour former les immigrants en vue de ces tests, ce qui n’aide pas forcément à l’intégration », constate Elizabeth Allyn Smith.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le MIDI explique ce choix par la force des réseaux de ces deux organismes français. Ils ont « plus de 1000 points de service répartis dans plus de 160 pays. La force de ce réseau permet donc à tous les candidats à l’immigration d’être en mesure de démontrer leurs compétences linguistiques au moment de déposer une demande d’immigration. »

Elizabeth Allyn Smith estime néanmoins que le Québec ne devrait pas rester en marge du processus. « Un comité scientifique composé de 14 membres chapeaute les tests d’évaluation de français (TEF et TEFAQ). Aucun Québécois, aucun Canadien n’en fait partie », note-t-elle.

Français, langue d’intégration

Des phrases écrites en français sur un tableau dans une école.Selon la sociologue Marie-Odile Magnan, obliger des élèves à parler le français en tout temps à l’école peut rendre leur intégration encore plus difficile. Photo : Radio-Canada

Catherine Duranleau enseigne le français langue seconde au collège Vanier, un cégep anglophone montréalais. Elle a travaillé en francisation au Brésil auprès de futurs immigrants.

L’élaboration de tests de français utilisés au Québec par des organismes français surprend et « peut déranger », note-t-elle. Mais au-delà de cet aspect, le fait que les futurs immigrants québécois suivent des cours de français qui n’enseignent que très rarement les spécificités québécoises l’est tout autant, selon elle. « Une connaissance de la langue parlée au Québec permet aux immigrants de mieux comprendre la culture de leur société d’accueil et ce qui les attend ici, dit-elle. Pour un processus d’intégration réussi, c’est certainement la première étape. »

Catherine Duranleau admet que la question linguistique est délicate et complexe au Québec. N’empêche, elle reste la pierre angulaire d’un « vivre-ensemble réussi ». Elle note le fait que nombre d’étudiants à qui elle enseigne au cégep sortent de 11 années de scolarité sans maîtriser adéquatement la langue de Miron.

« On demande aux immigrants de maîtriser un certain niveau, parce qu’on le juge nécessaire pour travailler, s’émanciper et s’épanouir au Québec. Pourtant, ceux qui étudient dans le réseau collégial anglophone n’ont pas besoin de rendre compte d'une telle maîtrise pour obtenir leur diplôme », indique-t-elle.

Offrir les formations nécessaires à la maîtrise du français assurerait une meilleure rétention dans la province des citoyens dont le français n’est pas la langue première, selon elle. « Le but, ce n’est pas d’assimiler, ajoute-t-elle. Le but ultime, c’est d’avoir une langue commune, une langue de partage, que le français soit une langue de cohésion sociale. Après, nous avons tous nos langues à nous, maternelles, ancestrales et autres. »

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