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  • S’affirmer dans l’adversité : l’identité métisse

    Dessin en noir et blanc comprenant deux hommes debout, et une famille assise dans un tipi.
    Dès le 17e siècle, des familles métisses se forment en Nouvelle-France à partir de mariages entre des Autochtones et des voyageurs européens. Photo: Radio-Canada / Reportage de l'émission L’Accent francophone du 16 novembre 1996
    Radio-Canada

    La nation métisse se considère depuis longtemps comme une entité distincte. En 2016, plus de 600 000 Canadiens s'identifiaient comme Métis. Mais qui sont-ils vraiment? Levons le voile sur certaines facettes de l'identité métisse à travers ces archives.

    Qui sont les Métis?

    Dès le 17e siècle, des familles métisses se forment en Nouvelle-France de l'union entre des Autochtones et des voyageurs européens. Ces derniers sont issus de milieux francophones et anglophones.

    Au départ, ils sont principalement installés à la Terre de Rupert, au nord de l’actuel Manitoba, où ils assurent la traite des fourrures. Mais, puisqu’il s’agit d’une population majoritairement nomade, les Métis se retrouvent rapidement dans l'ensemble du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta.

    Leur nombre grandissant leur permet de contrôler l’économie de l’Ouest canadien. Travaillant dans le commerce et la chasse, ils sont également les principaux transporteurs de matériaux à travers tout le territoire à l’ouest du Manitoba.

    Ils pouvaient transporter beaucoup de matériel entre la rivière Rouge et l’ensemble [de l’Ouest]. Ils avaient créé ainsi tout un réseau de pistes. Les premières grandes routes de l’Ouest canadien sont des pistes métisses.

    Laurier Gareau, historien

    Tout se met donc en place pour permettre à la nation de grandir en nombre et en importance, et de s’affirmer.

    L’historien Laurier Gareau remarque également que, au milieu du 19e siècle, les Métis d’origine francophone deviennent le groupe dominant, assimilant les autres groupes linguistiques. Une tendance qui s’est renversée au cours du centenaire suivant.

    Laurier Gareau, lui-même un Métis, s’entretient avec la journaliste Anne Desjardins à l’émission Le vent dans les voiles du 1er août 2003.

    Évoquant l’histoire des premiers Métis de l’Ouest, il explique les fondements historiques qui ont mené au mécontentement des Métis et aux rébellions des années 1880.

    Un statut ambigu

    À partir du début du 19e siècle, les Métis commencent à s'affirmer comme un peuple distinct. Ils ne se définissent pas entièrement par leurs origines amérindiennes ni par leurs origines eurocanadiennes.

    La Loi sur les Indiens de 1876 vient sceller cette distinction avec les nations autochtones, puisqu’elle laisse les Métis dans un vide juridique. Ils ne sont, à ce moment, pas considérés comme des « Indiens ».

    Ce vide juridique de la nation métisse et la « sourde oreille » des autorités politiques seront des éléments précurseurs à l’avènement de la rébellion menée par Louis Riel dans les années 1880.

    Ce ne sera que près de 100 ans après la bataille de Batoche que les Métis seront reconnus comme un groupe distinct. En effet, la Constitution du Canada de 1982 les définit comme l'une des trois nations autochtones au Canada.

    Mais pour Médéric McDougall, la situation des Métis demeure assez précaire. Interviewé à l’émission Le matin de la fête du 6 octobre 1985, il indique :

    Je ne dirais pas qu’on est beaucoup plus avancés. On essaie d’avoir plus de droits, mais pour dire vraiment, je ne dirais pas qu’on a gagné tant que ça. Même en 100 ans, on est pas mal au même point qu’on était en 1870.

    Médéric McDougall, Métis

    Malgré leur existence juridique, aucun droit spécifique n’est défini.

    Les animateurs André Dufresne et Sylvie Forget retracent les grandes lignes de la lutte pour le statut distinct des Métis.

    En français, en anglais ou en méchif?

    Les origines linguistiques des Métis sont diverses. Dès les débuts, les premiers Métis parlaient soit le français, soit l’anglais, soit les langues autochtones de leurs parents.

    À une certaine époque, le français prend préséance et devient la principale langue parlée par les Métis de l’Ouest canadien. Représentant une force économique et commerciale incontournable, les francophones avaient ainsi un avantage appréciable sur les Métis anglophones.

    Néanmoins, au fil des décennies, la tendance se renverse en raison de deux facteurs importants. D’abord, l’anglais devient la langue dominante de la vie courante avec l’arrivée massive d’immigrants américains et européens dans l'Ouest.

    De plus, on observe également un déclin du « méchif », le dialecte des Métis. Il s’agit d’un mélange d'anglais, de français et de langues amérindiennes.

    Cette langue ancestrale des Métis se perd au fil du temps principalement en raison de l’éducation religieuse francophone. L’historien Laurier Gareau souligne qu’à l’école, les enseignants et les figures d’autorité dénigraient le « méchif » comme étant un mauvais français.

    On disait aux Métis qu’ils ne s'exprimaient pas correctement et qu’ils devaient apprendre le « vrai français » du Québec. Cela décourage donc un bon nombre d’entre eux, qui se tournent alors vers l’anglais, une langue plus courante.

    À l’émission L’Accent francophone du 16 novembre 1996, le journaliste Maxime Poiré présente les différentes vagues linguistiques des Métis.

    De nos jours, les Métis anglophones forment la majorité linguistique. Certains Métis, parmi les plus âgés, connaissent toujours des bribes de la langue ancestrale de leur peuple et ont à cœur de faire connaître le « méchif » aux plus jeunes.

    La nation métisse a aujourd’hui fait de grands pas en vue de son autodétermination. Le 3 février 2017, un accord historique était signé entre les Métis de l’Ontario et le gouvernement fédéral.

    Mais pour plusieurs, il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour que la culture, les droits et les langues métisses ne tombent pas sous le joug de l’assimilation.

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