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Un transporteur interurbain s'oppose à la nationalisation prônée par Québec solidaire

Pierre Maheux (droite) s’est clairement opposé au projet de nationalisation des transports interurbains proposé par la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé (centre).
Pierre Maheux (à droite) s’est clairement opposé au projet de nationalisation des transports interurbains proposé par la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé (au centre). Photo: Radio-Canada / Jérôme Turmel
Radio-Canada

Si la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, s'attendait à entamer un dialogue sur la proposition de son parti de nationaliser les transports interurbains au Québec en se rendant dans les bureaux d'Autobus Maheux, mardi à Rouyn-Noranda, elle y a plutôt rencontré une solide résistance.

Un texte de Yannick Donahue

Le propriétaire de cette entreprise qui compte 300 employés et 175 véhicules, Pierre Maheux, s’est clairement opposé à la nationalisation proposée par Québec solidaire dans son programme en soutenant que ce n’était pas la solution aux problèmes dans son secteur d'activité.

« Je ne trouve pas que c’est une bonne idée. Je ne pense pas que ce soit la meilleure solution pour offrir le service. La preuve : là où il y a des sociétés publiques de transport pour offrir un service national, en Saskatchewan, ils viennent de le fermer en 2017. […] Toute société d’État coûte plus cher à opérer qu’une entreprise privée, même si elle se prend un profit », a-t-il déclaré.

Parmi les pistes de solutions, M. Maheux mentionne celles de subventions pour éponger les déficits encaissés par les entreprises privées ou encore l’octroi de contrats par des agences régionales de transport ou par une société publique provinciale à des compagnies pour offrir le service.

Ils ont avancé 2 milliards. Moi, je dis non. Mettez 50 millions, 100 millions et vous allez régler le problème du transport interurbain au Québec et améliorer le service.

Le propriétaire des Autobus Maheux, Pierre Maheux.

Manon Massé a mentionné que l’expertise du privé serait mise à contribution, sans toutefois en préciser la manière.

« Dans la mesure où ce service deviendrait public, bien sûr, on travaillerait avec l’expertise des gens qui depuis 30, 40, 50 ans font ce travail sur l’ensemble du territoire. Ce service public, dans le grand giron de Québec solidaire, se retrouverait aussi un service à moitié prix. […] On considère que tous les citoyens sont égaux et on doit pouvoir offrir ce service à l’ensemble des citoyens », a-t-elle soutenu.

Un bon service, assure Maheux

Pierre Maheux a profité de l’occasion pour s’en prendre à certaines affirmations de Québec solidaire.

« Dire que les transporteurs interurbains ne font pas la job ou ont mal fait la job, ce qu’on a entendu, c’est sûr que Québec solidaire est dans le champ. Je dirais que ça ne prend pas le pogo le plus dégelé de la boîte pour penser à une affaire de même », a-t-il déclaré.

Piqué au vif, il a insisté sur le fait qu’il est faux de croire que les transporteurs interurbains refusent de donner le service ou encore qu’ils offrent un mauvais service.

Les transporteurs interurbains donnent un excellent service. Ce sont des réseaux dans lesquels il y a le moins de plaintes. Chez nous, on a plus de lettres de bravo et de félicitations sur notre service que de lettres de plaintes.

Le propriétaire des Autobus Maheux, Pierre Maheux

Pierre Maheux dit cependant rejoindre le parti de gauche dans sa volonté de « desservir davantage et mieux la population ».

Toutefois, il explique qu’il existe des limites à offrir plus de services, quand la rentabilité n’est pas au rendez-vous.

« J’aimerais bien aller au Témiscamingue deux fois par jour pour que les gens soient desservis localement, régionalement et en lien avec Montréal. Mais déjà, de le faire une fois, c’est déficitaire pour au moins 175 000 $ par année. Qui supporte cela? », a-t-il demandé.

Iniquités

L’homme d’affaires a aussi dénoncé les iniquités qui touchent le transport interurbain.

« Il y en a, des iniquités. L’usager du transport en commun régional en Abitibi-Témiscamingue, comme dans d’autres régions du Québec actuellement, il paie trop cher le tarif. Pourquoi? Parce qu’il paie 100 % des coûts de l’opérateur, plus le profit. Quand tu vas dans les régions de Montréal, le client de Joliette ou de Lévis, il paie le tiers de ce que ça coûte pour donner le service. Pourquoi? Parce qu’il est subventionné par le municipal et le national de façon récurrente », a-t-il illustré.

Il a aussi décrié les propositions des partis de réduire les tarifs ou de rendre gratuits les services publics de transport en commun pour les personnes âgées et les étudiants.

« Je m’excuse, mais les gens qui embarquent sur les services de transport interurbain au Québec, que ce soit à Saint-Félicien ou en Gaspésie ou partout ailleurs, ce sont des usagers des transports en commun. Ils ne bénéficient pas de cette promesse, de cet engagement ou de ce support, parce que ce sont des entreprises privées qui l’opèrent. C’est une aberration. Le client, il s’en fout si c’est le public ou le privé qui l’opère. Il veut avoir le service sur le bord du chemin. Supportons de façon égale les usagers du transport en commun au Québec », a-t-il plaidé.

La co-porte-parole solidaire promet de s’attaquer à ce problème si elle est élue.

« Je suis tout à fait d’accord avec lui. Il est temps qu’on s’y mette. Vous le voyez, on n’est pas d’accord sur la solution, mais on s’entend absolument qu’actuellement il y a une iniquité terrible entre les sociétés de transport dans les grands centres et les gens qui assument l’interurbain », a-t-elle affirmé.

Désaccords en vue

Manon Massé a dit qu’elle savait bien qu’en visitant l’entreprise de M. Maheux elle allait avoir des divergences d’opinions avec son dirigeant.

« D’entrée de jeu, j’ai dit à M. Maheux que j’étais consciente qu’on n’était pas sur la même page, mais qu’on avait le même objectif, qui est d’offrir à notre population un service, peu importe où il est sur le territoire québécois », a-t-elle admis.

Elle a dit qu’elle entrevoyait cette rencontre sur un mode de dialogue. Elle reconnaît que cette entreprise possède une « expertise sur le terrain ».

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