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La fin du « mystère Québec »

Le château, vu du fleuve.
Le Château Frontenac, à Québec Photo: Radio-Canada / Janic Tremblay

Loin de démontrer que les électeurs de Québec votent plus à droite que le reste de la province, la présente campagne illustre plutôt un pluralisme politique dans la capitale. Visite de trois circonscriptions.

Un texte de Frank Desoer, à Désautels le dimanche 

Ce midi-là, les quelques personnes âgées réunies pour la messe hebdomadaire à la résidence Les jardins Katerina, dans le quartier de Loretteville, dans la circonscription de Chauveau, vivent un petit émoi.

Ils ont la visite inopinée de deux candidats caquistes aux élections provinciales, soit François Paradis, député sortant de Lévis, et Sylvain Lévesque, représentant dans Chauveau.

Les deux visiteurs qui saluent avec bienveillance les pensionnaires affichent une belle confiance. Et pour cause. Chauveau, dans le nord de Québec, est un terreau plus que fertile pour la Coalition avenir Québec (CAQ).

Dans cette circonscription peu pourvue en transports collectifs et qui compte beaucoup de jeunes familles de classe moyenne, la députée libérale sortante, Véronyque Tremblay, serait, d’après les projections électorales, devancée par le caquiste Sylvain Lévesque par plus de 20 points.

Là comme ailleurs dans la banlieue de Québec, le parti de François Legault semble promis à une victoire.

Le reportage de Frank Desoer a été diffusé le 23 septembre à Désautels le dimanche sur ICI Première.

Des immigrants, oui, mais pas à n’importe quel prix

Dans Chauveau, comme ailleurs dans la région de Québec où règne le plein emploi, on vit une grave pénurie de main-d’œuvre dans tous les secteurs.

Pour résoudre ce problème, le candidat de la CAQ, Sylvain Lévesque, évoque la revalorisation des métiers de base et la rétention des travailleurs âgés sur le marché du travail. Il propose aussi le recours à la main-d’œuvre issue de l’immigration, sous réserve qu’elle soit en mesure de passer après trois ans l’épreuve de français et le test de valeurs, proposés par sa formation politique.

Car, même si la région de Québec est presque entièrement francophone, l’insécurité demeure.

Sylvain Lévesque discute avec un homme âgé.Le candidat caquiste dans Chauveau, Sylvain Lévesque, en compagnie d’un électeur à la résidence Les jardins Katerina, à Loretteville Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

Un gouvernement responsable doit proposer de façon importante l’apprentissage du français pour que ces personnes-là puissent s’intégrer à notre collectivité. Et croyez-moi, nous les voulons avec nous!

Sylvain Lévesque, candidat de la CAQ dans Chauveau

Cet enjeu de l’intégration des immigrants est aussi présent dans d’autres circonscriptions de la périphérie de Québec, a priori très favorables à la CAQ dans cette campagne.

C’est le cas par exemple de Montmorency, à l’est de la capitale, une circonscription libérale qui, au cours des 20 dernières années, a élu tour à tour des députés du Parti québécois (PQ), du Parti libéral du Québec (PLQ), de l’Action démocratique du Québec (ADQ) et de la CAQ.

C’est là, à Beauport, que l’on croise Francine Gingras, ex-péquiste, aujourd’hui partisane de la CAQ. « Comme tous les Québécois qui se respectent, on a besoin de changement. […] Ça fait 15 ans qu’on stagne avec les vieux partis. »

Francine Gingras.Francine Gingras, citoyenne de Beauport Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

On est fiers d’être Québécois. On est une terre d’accueil, mais il faut qu’on reste chez nous d’abord. C’est une question de survie.

Francine Gingras, citoyenne de Beauport

Jean-François Simard, ex-député et ministre péquiste sous Lucien Bouchard, tente de reconquérir Montmorency, cette fois sous les couleurs de la CAQ.

À l’instar de François Legault lors du dernier débat des chefs, il évite de se prononcer précisément sur le sort des immigrants qui échoueraient au test linguistique après trois ans et préfère parler d’intégration. Il salue au passage le courage politique de son chef.

Jean-François Simard.Jean-François Simard, candidat de la CAQ dans Montmorency Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

François Legault a lancé le débat sur l’immigration dont personne ne voulait parler […]. On en a fait un enjeu politique. On en discute, on en débat. Il faut reconnaître que la CAQ a amené cet enjeu-là sur la place publique.

Jean-François Simard, candidat de la CAQ dans Montmorency

Un troisième lien qui divise

Alors que maints observateurs déplorent l’absence de véritable débat sur l’environnement, la question de la mobilité urbaine est l’enjeu politique qui soulève le plus de passions dans la présente campagne électorale à Québec.

Le troisième lien, un projet routier de plusieurs milliards de dollars visant à relier les rives du fleuve entre Québec et Lévis, divise la population de la capitale nationale.

Alors que Québec solidaire (QS) le rejette d’emblée, les libéraux et les péquistes préfèrent attendre les résultats des travaux du bureau d’études avant de se prononcer définitivement. La CAQ est le parti qui soutient le plus activement ce projet. Le troisième lien revêt même, à ses yeux, des vertus environnementales.

Si on veut avoir un impact sur l’environnement, on doit s’assurer que les automobilistes soient le moins longtemps possible coincés dans le trafic.

Sylvain Lévesque, candidat de la CAQ dans Chauveau

« Si on veut éviter la congestion et l’afflux de transport lourd dans le centre-ville de Québec, on doit construire ce troisième lien », poursuit Sylvain Lévesque.

Dès qu’on quitte la banlieue et qu’on se promène dans le centre-ville de Québec, on se rend compte que la perception de l’urgence du troisième lien change beaucoup. De nombreux citoyens y privilégient plutôt la marche, le vélo et des investissements massifs dans le transport collectif, comme le projet de tramway promu par le maire, Régis Labeaume.

Ainsi, la plupart des candidats qui se présentent dans la circonscription de Taschereau, qui comprend le Vieux-Québec, le faubourg Saint-Jean-Baptiste et les quartiers de la Basse-Ville, favorisent cette option.

On dirait même qu’il existe une surenchère pour déterminer qui, parmi les candidats, sera le plus vert et le plus progressiste.

Florent Tanlet discute avec trois dames.Florent Tanlet, candidat du PLQ dans Taschereau, en compagnie d'électrices Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

Le candidat du PLQ, Florent Tanlet, jeune trentenaire d’origine française issu du milieu communautaire, est hostile au troisième lien, qui favoriserait, à son sens, l’étalement urbain. Il privilégie plutôt les transports actifs et les mesures visant la sécurité des piétons.

Le Parti québécois émet également de sérieuses réserves à l’endroit du projet de troisième lien.

Pour rassembler les progressistes de Taschereau qui, pendant 20 ans, ont fait confiance à la députée péquiste sortante, Agnès Maltais, on mise sur Diane Lavallée. Elle possède une longue feuille de route à titre notamment d’ex-présidente du Conseil du statut de la femme et de présidente fondatrice de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec dans les années 80.

Diane Lavallée,entourée de trois jeunes hommes.Diane Lavallée, candidate du PQ dans Taschereau Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

Partout où j’ai œuvré, j’ai été reconnue comme une visionnaire, une femme d’action qui dit ce qu’elle va faire et qui fait ce qu’elle a dit.

Diane Lavallée, candidate du PQ dans Taschereau

Depuis le début de cette campagne, la circonscription de Taschereau, qui compte de nombreux groupes communautaires de même qu’une importante population de jeunes et d’artistes, semble ressentir un coup de cœur pour la candidate de Québec solidaire, Catherine Dorion.

Cette comédienne et activiste mènerait de quelques points la course devant son plus proche rival, le libéral Florent Tanlet.

Une victoire représenterait une percée pour Québec solidaire à l’extérieur de la région de Montréal.

De nombreuses personnes sont rassemblées.Rassemblement national de Québec solidaire le 14 septembre dernier dans le port de Québec, où se sont réunis plus de 1000 partisans. Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

La ferveur des membres était d’ailleurs très tangible le 14 septembre dernier, lors du grand rassemblement national de Québec solidaire au port de Québec.

Catherine Dorion.Catherine Dorion, candidate de Québec solidaire dans Taschereau Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

On nous traite d’irréalistes, de fous, d’hurluberlus. On a dit la même chose, il y a quelques décennies, aux acteurs de la Révolution tranquille. J’espère qu’ils s’en rappelleront.

Catherine Dorion, candidate de QS dans Taschereau

« Je milite beaucoup pour que le milieu artistique soit mobilisé comme à une autre époque et rembarque dans le mouvement politique », explique-t-elle.

La montée apparente de Québec solidaire dans la capitale nationale est aussi attribuable, en partie, à la fusion avec Option nationale (ON). Outre Catherine Dorion, qui a déjà été deux fois candidate d’ON dans le passé, l’ex-chef Sol Zanetti mène une course à trois avec la CAQ et le PLQ, cette fois dans la circonscription voisine de Jean-Lesage.

Un mystère sans fondement

Le pluralisme politique qui s’exprime dans la région de Québec tend à remettre en cause les fondements du fameux « mystère Québec », selon lequel la capitale nationale serait beaucoup plus conservatrice que le reste de la province.

Il est vrai qu’au cours des dernières années, les électeurs de Québec ont appuyé plus fortement la CAQ au provincial et le Parti conservateur au fédéral. Encore une fois cette année, la CAQ y jouit d’un appui particulièrement substantiel.

C’est le cas aussi du Parti conservateur du Québec, dirigé par Adrien Pouliot. Ce dernier se présente dans Chauveau où il se situerait au quatrième rang des intentions de vote, devant Québec solidaire.

Nous sommes le seul véritable parti de droite dans cette élection.

Adrien Pouliot, candidat conservateur dans Chauveau

« La région de Québec est un terreau fertile pour nous. Ça peut sembler paradoxal, parce que beaucoup de gens y travaillent pour le gouvernement et que nous prônons moins d’État, mais en fait, ces citoyens sont mieux placés que les autres pour mesurer le gaspillage des fonds publics », observe Adrien Pouliot.

Il existe une tendance conservatrice réelle dans la région de Québec, surtout en périphérie. Toutefois, quand on regarde les sondages et les projections du vote dans cette campagne, on s’aperçoit que le comportement électoral de ses citoyens ne s’annonce pas très différent de celui des autres régions francophones de la province, y compris la couronne de Montréal.

Les intentions de vote pour le PLQ, le PQ et QS se maintiennent dans des proportions assez similaires.

Simon Langlois.Simon Langlois, sociologue Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

Selon le sociologue Simon Langlois de l’Université Laval, l’évacuation de la question nationale du débat politique a pour effet de laisser la place à un véritable clivage gauche-droite et à une forme de clientélisme politique. Chaque parti tente à sa façon de séduire les différents groupes sociodémographiques (jeunes, familles de classe moyenne, personnes âgées, etc.).

Pour le caquiste Sylvain Lévesque, il est plus que temps de détruire un mythe qui, selon lui, a duré trop longtemps. « Il n’y a pas de "mystère Québec"! Durant les 20 dernières années, la ville de Québec a été tour à tour majoritairement péquiste, libérale, adéquiste et caquiste. […] Au fédéral, la région de Québec a été successivement bloquiste, libérale, néo-démocrate et conservatrice. »

Le réel mystère, c’est Montréal qui, peu importe la conjoncture, semble politiquement figée.

Sylvain Lévesque, candidat de la CAQ dans Chauveau et ex-commentateur politique

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