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  • Archives
  • Des fées dont la soif crée la controverse

    Les actrices Michèle Magny et Sophie Clément sont assises face à face dans une scène de la pièce Les fées ont soif

    Il y a 40 ans, le Théâtre du Nouveau Monde présentait la pièce très controversée « Les fées ont soif ».

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Il y a 40 ans, la pièce Les fées ont soif provoque une énorme controverse au Québec. Cette pièce, qui sera reprise à partir du 25 septembre 2018 au Théâtre du Rideau Vert, secouait les convictions des uns et des autres. Revisitons cette controverse grâce à nos archives.

    Une pièce qui choque les milieux d’extrême droite

    Nous sommes ici pour un acte public de réparation à Notre Dame pour tous les blasphèmes et tous les sacrilèges qui furent commis dans la pièce Les fées ont soif.

    Un porte-parole du groupe Les jeunes Canadiens pour une civilisation chrétienne

    Ce soir, 27 novembre 1978

    Le 27 novembre 1978, comme le constate le journaliste Paul Toutant, on manifeste devant le Théâtre du Nouveau Monde de Montréal (TNM). Son reportage est présenté à l’émission Ce soir qu’anime Gaby Drouin.

    Les quelques dizaines de manifestants appartiennent au mouvement d’extrême droite Les jeunes Canadiens pour une civilisation chrétienne. Ils sont là pour dénoncer la pièce de théâtre Les fées ont soif, présentée au TNM. Ils affirment que la pièce est inspirée par le Diable.

    Pour l’exorciser, les participants récitent le rosaire et chantent des cantiques.

    Affirmant ne pas être critique de théâtre, l’archevêché de Montréal refuse d’appuyer cette démarche. Il n’empêche que la pièce de la dramaturge Denise Boucher scandalise plus d’un presbytère, sans parler des couvents.

    Un texte porté au paroxysme et cru

    Je suis un trou, je suis un grand trou où ils engouffrent leurs argents.

    Madeleine, la prostituée, extrait de la pièce Les fées ont soif.

    Depuis le 10 novembre 1978, le TNM met à l'affiche la pièce de Denise Boucher.

    Trois femmes occupent la scène. Il y a Marie, la femme au foyer enfermée dans sa cuisine. Il y a Madeleine la prostituée. Il y a finalement la Statue qui représente la Vierge Marie.

    Ces trois personnages discutent de leurs vies au quotidien et dénoncent les inégalités dont sont victimes les femmes. Denise Boucher propose une destruction des stéréotypes féminins et, par extension, celui du patriarcat.

    Les personnages sont assoiffés de changement. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la pièce soit toujours portée au paroxysme et très crue.

    Certains opposants en dénoncent la vulgarité. D’autres déplorent la charge faite contre le dogme de la Vierge Marie qui est vue comme une attaque frontale contre l’Église catholique.

    La tentation de la censure

    Les tentatives de censure montrent rapidement le bout du nez. En juin 1978, durant les répétitions précédant la présentation de la pièce, le Conseil des Arts de Montréal exige du TNM la modification du texte jugé « sale, d’un langage ordurier, trop vulgaire ».

    Devant le refus net d'obtempérer du directeur artistique du TNM Jean-Louis Roux, le Conseil des Arts de Montréal lui supprime une subvention de 15 000 $.

    Ce soir, 15 juin 1978

    Le 15 juin 1978, la journaliste Danièle Bombardier présente à l’animateur de l’émission Ce soir Bernard Derome, un compte-rendu de cette décision.

    Selon la journaliste, les critères de distribution des subventions sont déterminés par « la vision des membres du Conseil de ce qui doit être joué ou pas sur les scènes du Québec ».

    Les textes d’autres théâtres sont également menacés de censure financière.

    La pièce de Denise Boucher est aussi soumise à un bâillonnement juridique.

    En décembre 1978, une injonction provisoire est maintenue contre la publication et la mise en vente du texte. Le jugement vise également à interdire sa production sur les planches du Québec.

    Les artistes et les défenseurs de la liberté d’expression montent alors aux barricades. Un reportage de Paul Toutant, présenté à l’émission Ce soir du 14 décembre 1978, qu’anime Gaby Drouin, montre leur détermination.

    Ce soir, 14 décembre 1978

    Les propos du directeur artistique du TNM Jean-Louis Roux portent à la réflexion.

    Je crois quand même important de répéter qu’il est inconcevable que de nos jours on puisse prendre de telles procédures à l’encontre de la liberté d’expression. […] le pire excès commis au nom de la liberté d’expression est préférable à la plus petite répression.

    Jean-Louis Roux

    Le 25 janvier 1979, le juge Gabriel Vallée, de la Cour supérieure du Québec, casse l'injonction. Les plaignants — notamment Les jeunes Canadiens pour une société chrétienne et les Chevaliers de Colomb — n’ont pu prouver que la diffusion de la pièce leur causait des préjudices.

    L’affaire était entendue. On ne pouvait désormais plus censurer légalement une pièce de théâtre au Québec.

    40 ans après cette controverse, le Théâtre du Rideau Vert propose de retourner rencontrer les fées.

    Dans la mouvance des dénonciations du genre #Moiaussi, comment le public de la saison 2018-2019 recevra-t-il cette interprétation? On aura la réponse dans quelques jours.

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