•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Ancré dans le marxisme », « anticapitaliste » : Lisée continue de pilonner Québec solidaire

L'entrevue de Céline Galipeau avec Jean-François Lisée
Radio-Canada

Québec solidaire est un parti « anticapitaliste », contrôlé en catimini par « un courant sectaire, dogmatique, ancré dans le marxisme », a affirmé lundi matin Jean-François Lisée dans une entrevue accordée à l'émission matinale du 98,5 FM, à Montréal.

Un texte de François Messier

Le chef péquiste a ainsi entrepris la dernière semaine de la campagne électorale comme il a terminé la précédente : en accusant Québec solidaire d’avoir « caché son programme » depuis le début de la campagne électorale.

En entrevue avec l’animateur Paul Arcand, M. Lisée est revenu une fois de plus sur le fait que Québec solidaire a renié en mai 2017 une entente préliminaire conclue notamment avec le Parti québécois sur la convergence des forces souverainistes.

« On savait qu’il y avait à Québec solidaire deux courants : un courant sectaire, dogmatique, ancré dans le marxisme – on le sait, on les connaît – et il y avait un mouvement qui disait : "non, nous on est pour le bien commun, on est pour le pragmatisme, on veut faire un pacte avec le Parti québécois, malgré nos différences, qui sont nombreuses », a-t-il fait valoir.

« Et ces gens-là nous disaient : "on va gagner". Ils disaient : "vous allez voir, on va gagner sur les dogmatiques" », a-t-il poursuivi. En bout de piste, « ceux qui sont dogmatiques ont gagné, tout simplement, contre 87 % des électeurs de Québec solidaire, qui étaient favorables à faire ce compromis pour le bien commun. »

Lorsque Mme Massé et M. Nadeau-Dubois se montrent ouverts, modérés, sympathiques… ils ont l’air, mais dans les faits, le vrai pouvoir est ailleurs. Nous l’avons vécu.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Lorsqu’il s’est fait demander si Québec solidaire était composé d’« anticapitalistes », M. Lisée a répondu « c’est clair », avant de réitérer que le programme du parti de gauche, qui menace de prendre des circonscriptions actuellement péquistes, prône des nationalisations.

« Le programme, ce qu’il dit, c’est que l’objectif de Québec solidaire, c’est de nationaliser toutes les grandes compagnies au Québec, sans exception. Ils n’en ont pas parlé une seule fois en 30 jours. Ça, c’est cacher son programme », a-t-il affirmé.

Jean-François Lisée maintient que le programme de Québec solidaire n’était pas facilement accessible sur l’application mobile du parti jusqu’à ce qu’il dénonce cette situation en conférence de presse dimanche matin.

L'hypothèse de la partition

Dans une entrevue diffusée lundi soir au Téléjournal avec Céline Galipeau, le chef du PQ a souligné que la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, avait évoqué dimanche la possibilité, advenant l'indépendance du Québec, que des peuples autochtones puissent choisir eux-mêmes de s'en séparer. « On va partir avec les délimitations actuelles du Québec, puis on va discuter avec nos frères et sœurs autochtones », a affirmé Mme Massé, pendant que la candidate de Québec solidaire dans Taschereau, Catherine Dorion, se disait convaincue qu'une telle partition n'arriverait pas.

« Québec solidaire a admis hier que, si c’était eux qui étaient dans la cabine de pilotage pour faire l’indépendance, ils pourraient accepter la partition du Québec. Je n’ai jamais rencontré un indépendantiste qui était d’accord avec ça, a soulevé Jean-François Lisée. Je pense que la lumière qui est mise sur Québec solidaire montre les failles dans même leur projet indépendantiste. »

Lisée nie toute campagne de peur

En conférence de presse plus tard en matinée, le chef péquiste s'est défendu de mener une « campagne de peur » à l'endroit de Québec solidaire, et d'ainsi alimenter le cynisme des électeurs. Il a toutefois dit croire que ces derniers ont bel et bien peur des nationalisations évoquées dans le programme de QS.

M. Lisée a aussi refusé tout parallèle entre les propos qu'il tient sur le parti de gauche et ceux que l'ex-chef du Bloc québécois Gilles Duceppe tenait au sujet du Nouveau Parti démocratique de Jack Layton en 2011. Cette campagne s'était soldée par une dure défaite pour le Bloc. « Toutes les comparaisons sont boiteuses. Celle-là aussi », s'est-il borné à dire à ce sujet.

Il n'a pas non plus été en mesure d'expliquer pourquoi le Parti communiste du Québec s'est rangé derrière le PQ en août. « Faut leur demander à eux comment ils expliquent leur choix », a-t-il répondu avant d'ajouter : « sans les dissuader de voter pour nous cependant! »

Quand j'ai vu ça, je me suis dit : quelqu'un devrait leur demander pourquoi ils appuient un parti qui est pour la libre entreprise, pour l'économie sociale et solidaire, pour l'existence de certaines sociétés d'État, mais qui est en faveur d'une économie qui est mixte, forte, de propriété québécoise. Ce n'est pas ce que j'avais lu dans le Manifeste du Parti communiste de Marx dans mes jeunes années.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, au sujet de l'appui reçu du Parti communiste

Ce que dit le programme de QS

Le programme politique de Québec solidaire, soit son plan à long terme pour la province, évoque bel et bien la possibilité de procéder à de multiples nationalisations, mais pas de l'ensemble des entreprises du Québec. Il diffère toutefois de la plateforme électorale du parti, qui est le plan de la formation pour les quatre prochaines années.

Le programme de Québec solidaire préconise ainsi de placer les entreprises des secteurs de l’énergie, des mines et de la forêt « sous contrôle public par une participation majoritaire de l’État », en envisageant « au besoin, la nationalisation complète ».

« Afin de concurrencer les banques privées et ainsi fournir des services de proximité et abordables pour la population, un gouvernement solidaire instituera une banque d’État, soit par la création d’une nouvelle institution, soit par la nationalisation partielle du système bancaire », peut-on aussi y lire.

Québec solidaire vise, à long terme, la socialisation des activités économiques. Ce processus de transformation sociale reposera, notamment, sur une économie publique forte [...] et sur une économie sociale à promouvoir et à développer [...]. Une certaine place au secteur privé sera maintenue, particulièrement en ce qui a trait aux PME.

Extrait du programme de Québec solidaire

Dans sa plateforme électorale, Québec solidaire se contente de dire qu’il « nationalisera le développement de l’énergie éolienne » et « la distribution Internet pour en réduire le prix et pour assurer un accès haute vitesse à toutes les régions ».

« Je n'embarque pas dans ce "lançage" de bouette », rétorque Manon Massé

En conférence de presse lundi matin à Montréal, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a répliqué que le programme de Québec solidaire a toujours été sur son site Internet, mais a refusé de s'attaquer directement à Jean-François Lisée.

Honnêtement, j’ai l’impression que pour les trois autres partis on doit commencer à constituer une certaine menace, parce que, de concert, on commence à dire que QS est ceci ou cela. Moi, je n’ai pas envie de jouer dans ce film-là.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

« Je me promène jour après jour dans la rue, je suis à la rencontre des gens au téléphone, sur la rue et les gens me remercient des fois les larmes aux yeux parce qu’ils apprécient la façon dont on fait de la politique à QS, la façon dont je n’embarque pas dans ce lançage de bouette. »

« Je vous annonce aujourd'hui que je n’embarquerai pas dans ce jeu-là, la population haït ça, ce n’est pas ça de la politique », a-t-elle ajouté. « Les gens ont saisi que le parti qui prend soin du monde c’est QS. Moi, c’est de ça que j’ai envie de parler. »

Informé de ces propos, Jean-François Lisée a assuré qu'il voulait faire connaître la vérité. « On est en train de discuter de la qualité des propositions de QS. Moi, je trouve que c'est bon pour la démocratie », a-t-il rétorqué.

Un rôle limité dans le retour des Nordiques

Jean-François Lisée a fait savoir en conférence qu'il était hors de question qu'un gouvernement qu'il dirigerait joue un rôle majeur dans le retour d'une équipe de la Ligue nationale de hockey à Québec. « Comme je l’ai dit pour le stade de baseball à Montréal, il n’y a aucun scénario ou l’État est l’acteur principal ou même majeur dans le financement de retour d’équipes. [Si je deviens] premier ministre, s’il manque une brique à l’édifice, je vais mettre la brique; ne me demandez pas de faire le solage, les murs et les étages. Il faut que ça existe en soi », a-t-il dit. « Pour les Nordiques de Québec, l’État a déjà fait sa contribution. Sa contribution, elle est massive, [c’est] d’avoir contribué à la construction de cet amphithéâtre. [...] L'effort a été fait. »

L'entente entre Québecor Média et la Ville de Québec sur la gestion de ce qui est devenu le Centre Vidéotron, qui avait fait l'objet, en 2011, d'un projet de loi parrainé par la députée péquiste Agnès Maltais, avait divisé le caucus du Parti québécois et entraîné le départ de trois de ses membres. L'une de ces députés démissionnaires, Lisette Lapointe, a accepté en mars dernier d'agir comme conseillère du PQ sur les questions touchant aux aînés.

Politique provinciale

Politique