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analyse

Le Canada toujours en quête d'appuis pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l'ONU

Le premier ministre Justin Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont annoncé l'imposition de surtaxes ou d'autres mesures similaires sur des produits de l'acier et de l'aluminium d'origine américaine. Photo: La Presse canadienne / PATRICK DOYLE
Madeleine Blais-Morin

Accompagné d'une importante délégation de ministres, le premier ministre Justin Trudeau prendra part à l'Assemblée générale annuelle des Nations unies, à New York. Il faut dire que le Canada est au beau milieu de sa course pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l'ONU. Une course qui est encore loin d'être gagnée.

Cette assemblée générale est la grand-messe de la diplomatie mondiale pour les 193 pays membres. Il s'agit donc, pour le Canada, d'une occasion de se faire voir, à moins de deux ans du vote en vue de l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité pour la période de 2021-2022.

Même si Justin Trudeau sera à New York pour l’événement, il ne prononcera pas le traditionnel discours devant l’assemblée. En raison d'un conflit d’horaire, il quittera New York mercredi. La tâche sera confiée à sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui donnera cette allocution samedi prochain.

« J’ai entièrement confiance que Chrystia Freeland va offrir un très bon discours », a soutenu le premier ministre.

Le représentant permanent du Canada à l'ONU, Marc-André Blanchard, affirme que Justin Trudeau ne fait pas d’accroc à la norme.

Le premier ministre a déjà présenté deux fois l’allocution du Canada à l’Assemblée générale des Nations unies en trois ans. Si on regarde M. Harper, je pense que c’est trois ou quatre fois en neuf ans.

Marc-André Blanchard, représentant permanent du Canada à l'ONU

Il ajoute que Justin Trudeau prononcera un autre discours devant l’Assemblée générale, au Sommet sur la paix, qui célèbre le 100e anniversaire de naissance de Nelson Mandela. Le premier ministre a aussi été invité par le secrétaire général à s’adresser aux États membres sur le financement des objectifs de développement durable de l’ONU.

Pour Jocelyn Coulon, ancien conseiller de l'ex-ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, Justin Trudeau rate une belle occasion de montrer l'importance du Canada à l'international. À son avis, les deux discours précédents du premier ministre devant les membres de l'ONU traitaient principalement de politique interne.

« Mme Freeland va parler tard dans la séquence des discours. Il n’y aura pas grand monde pour l’écouter. Mais surtout, il faudra qu’elle offre une vision du Canada sur la scène internationale », indique-t-il.

Selon lui, le Canada n’a pas encore dévoilé suffisamment ses cartes. Il constate qu’à mi-chemin de la campagne canadienne pour obtenir un siège au Conseil de sécurité, les appuis ne sont pas encore assurés.

Regardez bien ce que nous avons fait ou ce que nous ne faisons pas dans cette campagne pour un siège au Conseil de sécurité. La stratégie du gouvernement n'est pas lisible. Qu'est-ce que le gouvernement fait pour convaincre 192 pays de voter en sa faveur lors du vote de juin 2020? Eh bien, on n'a pas d'information là-dessus.

Jocelyn Coulon, ancien conseiller de l'ex-ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion

La stratégie de campagne canadienne

L’ambassadeur Blanchard reconnaît que la course sera serrée jusqu'au vote. Il mise entre autres sur les atouts propres au Canada. « Son bilinguisme, le français, l'anglais, son appartenance au Commonwealth, à la Francophonie, son appartenance au G7, au G20... », énumère-t-il.

En soi, ça n'a pas toujours été suffisant, comme en témoigne l'échec de 2010. Le Canada avait alors concédé la victoire au Portugal.

L'ambassadeur Marc-André Blanchard assis au pupitre du Canada à l'ONU.L'ambassadeur du Canada à l'ONU Marc-André Blanchard Photo : Radio-Canada

L'ambassadeur Blanchard affirme que le pays sait aussi faire preuve de leadership, notamment en s’engageant à aider l’ONU à doubler le nombre de femmes dans les opérations de maintien de la paix ou en incitant le secteur privé à contribuer aux objectifs de développement durable des Nations unies.

L'ancien représentant permanent adjoint du Canada auprès des Nations unies, Gilles Rivard, conseille au pays de penser aussi à des objectifs mesurables à plus court terme.

Le développement durable, c’est à très long terme et c’est très difficile de définir les résultats. C’est comme essayer de renforcer le système de justice dans un pays, versus construire une route de 50 kilomètres. Quand on voit la route, elle est construite, on voit les résultats.

Gilles Rivard, ancien représentant permanent adjoint du Canada auprès des Nations unies

Jocelyn Coulon, lui, croit que le Canada doit être plus visible et plus présent là où ça compte, en Afrique d’abord.

« L'Afrique, c'est le plus gros bloc politique à l’Assemblée générale : 54 pays, et tous ceux qui veulent gagner au Conseil de sécurité ne doivent pas négliger l'Afrique. Or, le premier ministre a fait un seul séjour en Afrique en trois ans et nous n’avons pas ouvert de nouvelles ambassades. »

Il note que l’Irlande et la Norvège, contre qui le Canada se mesurera, sont extrêmement actives en Afrique.

Des concurrents féroces

L'Irlande et la Norvège sont entrées dans la course avant le Canada, et Gilles Rivard affirme que ces deux pays jouissent d'une forte crédibilité à l'international.

« La Norvège a un budget d’aide au développement qui représente 0,7 % de son produit national brut [environ 1 % selon le ministère norvégien des Affaires étrangères], ce qui est presque trois fois celui du Canada. L’Irlande a beaucoup plus de Casques bleus que le Canada. Par contre, le Canada met énormément d’argent dans les missions de maintien de la paix, sans avoir envoyé beaucoup de Casques bleus. »

L’ambassadeur Marc-André Blanchard affirme que le Canada est dans cette course avec l’objectif de la remporter. Mais il indique qu’il est déjà gagnant en menant cette campagne.

« La course au Conseil de sécurité, c’est une occasion pour le Canada de réfléchir à ses 192 relations bilatérales avec le monde et à son rôle dans chacune des organisations multilatérales, dit-il. Ça nous permet de revoir et de rafraîchir le tout. C’est un exercice qui est extrêmement valable et qui va apporter des bénéfices pour les Canadiens et les Canadiennes à court, à moyen et à long terme. »

« Le Canada est de retour », a déjà clamé le premier ministre Justin Trudeau.

Il dispose de près de deux ans pour convaincre qu'il mérite de l'être au Conseil de sécurité.

Madeleine Blais-Morin est correspondante parlementaire à Ottawa.

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