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La souveraineté dans un premier mandat solidaire

Manon Massé est en point de presse avec des candidats devant une fontaine.

Manon Massé a expliqué le projet d'indépendance de Québec solidaire dimanche matin.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé, a réitéré sa promesse d'enclencher le processus pour mener à l'indépendance du Québec au cours du premier mandat d'un gouvernement solidaire.

Un texte de Yannick Donahue

Manon Massé a expliqué les grandes lignes de son projet de sécession, dimanche, lors d'une conférence de presse tenue devant l'Assemblée nationale à Québec.

D’abord, elle prévoit lancer des études pour élaborer le cadre budgétaire d’un Québec souverain. Ensuite, elle veut former une assemblée constituante qui aura pour mission d’écrire la Constitution d’un Québec indépendant. Finalement, elle veut tenir un référendum sur cette constitution qui, si elle était adoptée par la population, mènerait à l’indépendance.

« Ce qui est bon pour le reste du Canada n'est pas nécessairement bon pour le Québec. On l'a vu avec le rachat de l'oléoduc Trans Mountain. On l'a vu avec ce qui se passe au chantier Davie. On l'a vu plus récemment avec la gestion de l'offre. Seul un Québec indépendant pourra déterminer lui-même son avenir au lieu de payer le gros prix pour les mauvaises décisions d’Ottawa », a déclaré Manon Massé.

Le budget d’un Québec souverain

Un gouvernement solidaire donnerait au ministère des Finances le mandat d’établir le cadre budgétaire des premières années d’un Québec indépendant.

Ce budget évaluerait entre autres le service de la dette, les transferts aux particuliers, les dépenses de programmes, les revenus, les déficits et les économies réalisées avec la fin des dédoublements de programmes. Le parti veut ainsi éviter de se faire reprocher toute partisanerie.

Il n’y a pas de portrait plus crédible pour permettre aux Québécois de se prononcer en toute connaissance de cause.

Manon Massé, co-porte-parole de QS

« Évidemment, on n’a aucun doute qu’il prouvera que le Québec peut voler de ses propres ailes, a-t-elle ajouté. D’ailleurs, toutes les études qui ont été faites au sujet d’un cadre financier d’un Québec indépendant l’ont démontré. »

La co-porte-parole de QS estime que le Québec ne sort pas gagnant de sa relation actuelle avec le Canada.

« Chaque dollar investi à Ottawa est investi par un Parlement qui jongle avec des intérêts irréconciliables au sein d’un fédéralisme irréformable. Ce qui est bon pour le reste du Canada ne l’est pas nécessairement pour le Québec », a-t-elle opiné.

Manon Massé presse les Québécois de tourner le dos au Canada pour prendre un virage vert.

« La question qu’il faut se poser, c’est la viabilité financière de rester complice de cet État pétrolier, l’État canadien, alors qu’il n’a jamais été aussi urgent de faire la transition énergétique et environnementale de notre économie », a-t-elle affirmé.

Les choix d’un Québec souverain

Sol Zanetti, candidat solidaire dans la circonscription de Jean-Lesage, soutient que la souveraineté permettrait également d’accroître les revenus disponibles de l’État par les économies réalisées en raison de la fin de dépenses jugées non pertinentes. Il affirme du coup que le Québec pourrait ainsi prendre ses propres décisions et contrôler son argent.

« Rester dans le Canada, cela coûte cher », a-t-il lancé. Pour étayer son affirmation, il a pris l’exemple des dépenses militaires qui ont doublé de 1998 à 2014. Aujourd’hui, le budget de la défense s’élève à 20 milliards de dollars, a-t-il dit, et le gouvernement Trudeau souhaite l’augmenter à 32,7 milliards de dollars.

Un Québec indépendant serait certainement moins enclin à dépenser dans des interventions hostiles à l’étranger et pourrait décider d’avoir un budget militaire plus modeste et d’investir son argent ailleurs.

Sol Zanetti, candidat de QS

Il a rappelé les subventions allouées à l’exploitation des sables bitumineux au lieu d’investir dans l’électrification des transports, le soutien à l’énergie nucléaire, les dizaines de millions de dollars versés pour entretenir la monarchie et faire fonctionner un Sénat non élu.

« Un gouvernement solidaire va donc faire la démonstration concrète que l’indépendance du Québec est non seulement possible, mais nécessaire si on veut changer de cap et construire un avenir meilleur », a-t-il dit.

La Constitution d'un Québec souverain

En partenariat avec les peuples des Premières Nations, Québec solidaire veut mettre sur pied « une assemblée constituante élue au suffrage universel qui va refléter toute la diversité du Québec ». QS parle d’un « projet inclusif ».

« Cette assemblée va rédiger une Constitution du Québec souverain qui va être présentée à l’ensemble des Québécois lors d’un référendum. Le jour du référendum, les Québécois auront en main, en plus, un portrait financier du Québec indépendant », explique Catherine Dorion, candidate solidaire dans Taschereau.

Mme Massé a précisé : « Le dialogue est la pierre angulaire de notre assemblée constituante. Pour que ce dialogue ait lieu, il faut qu’il se fasse sur la base d’une compréhension commune de la viabilité financière d’un Québec indépendant. »

Afin de remplir leur mandat, les membres de l’assemblée constituante iront à la rencontre des gens. Ainsi, ils tiendront des consultations publiques où la population pourra exprimer ses inquiétudes qui seront prises en compte. Elles constitueraient l’occasion, par exemple pour la communauté anglophone, de faire part de ses demandes en vue d’un Québec souverain.

La partition d'un Québec souverain

Interrogée sur une future partition de la province, la co-porte-parole a dit reconnaître le droit des peuples à leur autodétermination.

Pour Québec solidaire, le droit à notre propre autodétermination, c’est aussi le droit à l’autodétermination des peuples autochtones.

Manon Massé, co-porte-parole de QS

Est-ce que des régions ou des peuples pourraient être exclus du processus menant à l’indépendance?

« Le travail de consultation va inclure largement. Le projet d’indépendance du Québec, dans la perspective de Québec solidaire, c’est un projet extrêmement inclusif. On veut regarder en avant ensemble avec les gens qui sont là. […] On va partir avec les délimitations actuelles du Québec, puis on va discuter avec nos frères et sœurs autochtones », a-t-elle répliqué.

Catherine Dorion se dit convaincue que la partition du Québec n’arrivera pas.

« Ce n’est pas difficile de faire mieux que la loi fédérale sur les Indiens. Quand il y a une réelle écoute des politiciens, quand il y a un réel souci de comprendre ce que les Premières Nations désirent, il y a un retour de leur part et il y a un désir qui vient de leur part aussi », a-t-elle dit.

Mme Massé considère que sa proposition est inspirante. « On a confiance que de parler d’un projet de société libérateur pour le Québec, qui va le mettre au centre du leadership mondial en matière de transition énergétique, on pense que c’est un projet emballant », a déclaré Manon Massé.

Elle explique le désintérêt de certaines personnes face à l’indépendance par un discours trop centré sur les détails de l’accession à la souveraineté.

On ne cesse de parler de la mécanique. Nous, on vous parle du projet. Il y a une urgence d’agir. On est capables de le faire. Dans un premier mandat, QS va enclencher le processus.

Manon Massé, co-porte-parole de QS

Nationaliser les CELI?

Par ailleurs, Québec solidaire a précisé dimanche matin une mesure contenue dans sa plateforme électorale concernant l’épargne verte, en réponse à l'attaque du chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, qui soutient que la formation de gauche cherche à nationaliser les comptes d'épargne libre d'impôt (CELI).

QS prévoit créer un nouvel outil d’épargne : le Compte d'épargne libre d'impôt Habitation durable (CELI HD), qui vise à encourager les investissements verts.

« C'est drôle, parce que c'est notre mesure probablement la plus capitaliste », a dit Manon Massé en mêlée de presse en réaction aux accusations péquistes.

Par communiqué, QS a spécifié que le CELI HD viendrait remplacer à terme l’actuel programme de CELI fédéral, mais que les investissements seraient protégés.

« Les 77,4 milliards $ en investissements déjà détenus par les épargnants du Québec dans des CELI ne seraient pas touchés par cette mesure et seraient bien sûr maintenus, de même que les exemptions fiscales rattachées », est-il écrit.

Une fois le CELI HD instauré, il remplacerait l’actuel programme fédéral. L’implantation du nouveau CELI devra cependant être négociée avec le gouvernement fédéral, précise-t-on.

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