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Ibrahim Toure libéré après 5 ans de détention en Ontario

Une trentaine de personnes étaient venues appuyer Ibrahim Toure au tribunal.
Une trentaine de personnes étaient venues appuyer Ibrahim Toure au tribunal en octobre 2017. Photo: CBC/Martin Trainor

L'emprisonnement prolongé du Gambien Ibrahim Toure a pris fin vendredi après avoir été détenu en Ontario sans qu'il ne soit accusé de quoi que ce soit. Le sans-papier de 47 ans, qui n'a jamais pu prouver son identité avec certitude, a finalement été libéré sous caution après qu'un tribunal de l'immigration a statué que son incarcération indéfinie était inappropriée.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Ibrahim Toure a été arrêté en arrivant au Canada en février 2013 avec un faux passeport guinéen. Il disait qu'il était né en Gambie, mais qu'il avait passé la majeure partie de sa vie avec sa mère en Guinée voisine.

Au fil des années, les audiences devant les tribunaux n'avaient pas permis de prouver son lieu de naissance, son identité et sa citoyenneté. La Cour d'appel de l'Ontario avait refusé de le libérer il y a un mois, en statuant que sa détention était légale et qu'il y avait un risque qu'il s'enfuie s'il était libéré.

La défense d'Ibrahim Toure n'avait réussi qu'à obtenir son transfert récent dans une prison à sécurité minimale, parce que la Cour supérieure de l'Ontario avait reconnu que ses conditions de détention à la prison de Lindsay violaient ses droits en vertu de la Charte.

Un tribunal administratif a finalement ordonné vendredi sa libération à condition qu'il collabore avec l'Agence des services frontaliers du Canada.

Le juriste Macdonald Scott, qui a milité en sa faveur dès le début, affirme que l'homme compte respecter l'ordonnance du tribunal. Il souligne en outre que son protégé souffre d'un profond traumatisme.

Il était néanmoins très heureux d'apprendre sa libération, mais sa santé mentale s'est détériorée à cause de ses conditions de détention.

Macdonald Scott, juriste
L’avocat du groupe No One Is Illegal, MacDonald ScottL’avocat du groupe No One Is Illegal, MacDonald Scott Photo : CBC/Martin Trainor

C'est la petite communauté gambienne de Toronto qui a payé la caution de 15 000 dollars d'Ibrahim Toure. Ce dernier ira vivre chez un ami, puisqu'il n'a aucune famille au pays.

M. Scott ajoute que l'homme espère éventuellement trouver un travail.

Tout ce qu'il voulait, c'est être libéré que ce soit ici au Canada ou en Gambie.

Macdonald Scott, juriste

Ibrahim Toure ne pourra toutefois pas être expulsé du Canada tant que la Gambie ou la Guinée n'enverront pas aux autorités canadiennes des documents de voyage appropriés. Or, la Gambie et la Guinée refusent de le reprendre, parce qu'elles ne le reconnaissent pas comme un de leur ressortissant.

Sa cause n'est pas terminée pour autant, parce que le groupe No One is Illegal a déposé un recours devant les tribunaux contre le gouvernement fédéral pour contester les détentions illimitées de sans-papiers au pays.

Le Canada est l'un des rares pays en occident à détenir de façon prolongée des sans-papiers avant que leur situation ne se soit éclaircie ou régularisée. Ailleurs, la période d'incarcération ne doit pas dépasser 90 jours lorsqu'ils ne font face à aucune accusation comme c'était le cas d'Ibrahim Toure.

Toronto

Société