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Calder ou la beauté des courbes

Maquette de « L'homme » en feuille de métal et fil de fer.
Maquette de L'homme en feuille de métal et fil de fer. Photo: Fondation Calder/MBAM
Franco Nuovo

CHRONIQUE – Je ne vais quand même pas faire semblant, encore moins jouer à celui qui s'y connaît. Je ne connais rien à l'histoire de l'art outre peut-être les grandes lignes. Il ne reste pas beaucoup de temps à un père camionneur et à une mère repliée huit heures par jour sur une machine à coudre dans une manufacture poussiéreuse pour emmener les enfants au musée.

Aussi, jeune adolescent, quand j’allais chez ce camarade de classe qui vivait dans une luxueuse demeure d’Outremont construite autour d’un ascenseur, je n’avais honnêtement aucune idée de qui étaient ce Chagall pendu au mur ou cette main de Rodin qui trônait sur la table du salon.

Aujourd’hui, je m’y retrouve à peine plus. Disons que j’ai appris timidement et que j’apprends encore en cours de route.

J’aime toutefois aller me balader dans les musées, respirer le silence, prendre rendez-vous avec le calme et la paix que nous renvoient les œuvres savamment présentées et m’incliner devant le respect qu’elles imposent.

Mettre le pied au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), par exemple, c’est déjà accepter un rendez-vous avec la lumière qui transperce et propulse vers les salles où sont accrochées les œuvres. Jeudi, avalé par une galerie souterraine me permettant de traverser la rue, je suis allé découvrir cet Alexander Calder de qui je savais si peu de choses.

Une sculpture métallique en forme de poisson, signée Alexander Calder.Fish de 1945 fait partie de l’exposition Alexander Calder : un inventeur radical au Musée des beaux-arts de Montréal du 21 septembre 2018 au 24 février 2019. Photo : Calder Foundation/Lee Stalsworth

J’ai erré et j’ai rêvé entre les mobiles rouges, les toiles jaune et bleu, l’autoportrait d’un enfant de 11ans déjà artiste, des animaux miniatures, des acrobates modelés de fils de fer, des peintures de cirque, des citations de Marcel Duchamp sur les mobiles et les stabiles de cet art en mouvement, et les mots de Sartre, qui voyait en Calder un artiste radical capable de façonner la mobilité. Et derrière ce poisson suspendu aux arêtes de tessons multicolores dansaient sur le mur l’ombre et la lumière.

Enfin, comme surgissant de nulle part, est apparu dans cette exposition l’art géant, ce Trois disques surnommé L’homme créé pour Expo 67, symbole de Montréal et témoignage des convictions humanistes de l’artiste et de sa femme.

Et en glissant sur ces parquets trop bien cirés comme un patineur improvisé, je me rappelais ce que s’étaient raconté la directrice générale et conservatrice en chef du MBAM, Nathalie Bondil, et l’architecte Roger Taillibert quelques jours plus tôt, attablés devant les micros de Dessine-moi un dimanche.

Un échange étonnant né d’une rencontre improvisée où il était question de Calder, de ses mobiles et de ses stabiles, des formes et des courbes. Et sans que j’aie vraiment à intervenir, entre Mme Bondil et M. Taillibert, qui a aussi fait les beaux-arts, a surgi le rappel de la trajectoire de cet artiste qui avait son atelier non loin d’où est né l’architecte. Il a été question de son parcours : de Paris, des années folles, du cirque et de Montréal.

Entouré de ses mobiles, Alexander Calder prend la pose dans son atelier de Roxbury dans le Connecticut, en 1941Alexander Calder, dans son atelier de Roxbury dans le Connecticut, en 1941 Photo : Fondation Calder/MBAM/Herbet Matter

Autre coïncidence : L’homme de Calder et le stade olympique de Taillibert sont devenus sans le vouloir les signatures de notre métropole. Au même rendez-vous, les arrondis et l’émotivité qui découlent des œuvres comme de l’architecture. Calder est un artiste des courbes, tout comme l’est le controversé Taillibert. Un simple coup d’œil à ses stades le confirme, que ce soit le parc des Princes à Paris ou le stade olympique de Montréal.

Ça m’a plu, cette rencontre où il était question de beauté. Ça m’a plu, cette visite chez cet inventeur radical où tout n’était que beauté. Sans ligne courbe, il n’y aurait pas d’appel à l’émotion, pas d’art nouveau ni même du beau.

Revenons un instant à cette rétrospective et à Calder. Cet homme, qui était d’Amérique et d’Europe, comme ses contemporains musiciens de jazz, écrivains ou peintres, faisait régulièrement des aller-retour en quête d’une vie sans discrimination. Là aussi, il y avait mouvement : mouvements dans l’art; mouvements d’individus, mouvements de populations.

Voilà qui me fait penser aux pénibles et stériles discussions des chefs de parti sur l’identité et l’immigration, sur le rejet et l’acceptation.

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