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  • Il y a 30 ans, des excuses pour la communauté canado-japonaise

    Scène en noir et blanc des familles de Canadiens d'origine japonaise entassées dans des camions.

    Le 22 septembre 1988, le Canada présentait officiellement des excuses aux Canado-Japonais en raison des abus commis contre eux durant la Deuxième Guerre mondiale.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Il y a 30 ans, le gouvernement fédéral canadien présentait des excuses officielles aux Canadiens d'origine japonaise. Ceux-ci ont été internés en réponse à l'entrée du Japon dans la Deuxième Guerre mondiale. Nos journalistes racontent cet événement un peu oublié et pas très glorieux de l'histoire canadienne.

    Un premier ministre désolé

    Non seulement le traitement infligé aux Canadiens d’origine japonaise pendant la guerre était-il injustifié au sens moral et juridique; mais il allait à l’encontre de la nature même de notre pays, le Canada.

    Brian Mulroney dans allocution prononcée à la Chambre des communes du Canada

    Le 22 septembre 1988, le premier ministre canadien Brian Mulroney présente officiellement des excuses à la communauté canado-japonaise, au nom du gouvernement canadien, en raison des abus commis contre elle durant la Deuxième Guerre mondiale.

    Téléjournal, 22 septembre 1988

    On remarque le ton repentant du premier ministre. On comprend que celui-ci était de mise lorsqu’on regarde le reportage du journaliste Normand Lester présenté au Téléjournal qu’anime Bernard Derome ce soir-là.

    Désignés sans motif ennemis intérieurs

    En décembre 1941, le Japon rejoint l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste dans la guerre contre les Alliés. Au Canada, et particulièrement en Colombie-Britannique, l’opinion publique s’enflamme.

    Les Canadiens d’origine japonaise sont accusés d’être des « ennemis internes ». Pourtant, l’Armée et la Gendarmerie royale du Canada considèrent qu’ils ne représentent aucun danger pour la sécurité du Canada.

    Qu’importe. Les politiciens et la population de la province du Pacifique convainquent le gouvernement fédéral d’utiliser la Loi sur les mesures de guerre contre les Canadiens d’origine japonaise.

    Presque 22 000 personnes sont alors privées de tous leurs droits. Plusieurs de ces dernières sont pourtant nées au Canada.

    Les mesures imposées aux personnes d’origine japonaise dépassent en sévérité celles que subirent les Canadiens d’origine allemande ou italienne à l’époque.

    Une décision odieuse et mesquine

    Avec le recul, on comprend que les représailles contre les Canadiens d’origine japonaise pendant la Deuxième Guerre sont principalement motivées par le racisme et l’envie.

    Le Point, 22 septembre 1988

    Le côté sombre de cette histoire est bien précisé dans un reportage de la journaliste Madeleine Poulin, qu'elle présente le 22 septembre 1988 à l’émission Le Point qu’elle coanime avec Anne-Marie Dussault.

    Dès 1907, la communauté canado-japonaise subit des discriminations, voire des violences, en Colombie-Britannique.

    Les membres de cette communauté ne peuvent voter aux élections provinciales et fédérales. Plusieurs sont des pêcheurs prospères et suscitent la jalousie de pêcheurs blancs. Leurs permis de pêche sont donc graduellement révoqués.

    L’application de la Loi des mesures de guerre en 1941-1942 complète cette dépossession.

    Madeleine Poulin nous fait rencontrer Yoshio Ishii. Sa famille, et d’autres familles canado-japonaises, sont déportées de la côte du Pacifique vers le village de Greenwood.

    Cette communauté minière pratiquement fantôme de l’intérieur de la Colombie-Britannique accueille avec hostilité les exilés. C’est une communauté de sœurs franciscaines qui les prend sous son aile.

    Les abus contre la famille Ishii ne se terminent pas à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Jamais ils ne peuvent retourner à leur maison de Vancouver-Nord.

    Les autorités dispersent les Canado-Japonais aux quatre coins du Canada. Environ 2 000 sont même expulsés au Japon.

    Ce n’est qu’en 1949 que la communauté canado-japonaise retrouve son droit de circuler librement. Yoshio Ishii et sa famille perdent définitivement le petit chantier naval qu’ils possédaient tout près du parc Stanley, à Vancouver.

    Réparer le passé

    Les victimes ne doivent jamais avoir honte. Ça, c’est une grande leçon de l’histoire.

    Pia Massie

    C'est ça la vie, 19 mars 2012

    Le 19 mars 2012, la journaliste Alexandra Guité présente un reportage sur Pia Massie et son film Just Beyond Hope.

    Le titre du film s'inspire du nom d'un des 14 camps d'internement qui ont existé pour les Canado-Japonais en Colombie-Britannique.

    Pia Massie est née d’une mère d’origine japonaise. Celle-ci est morte alors qu'elle n’avait que quatre ans.

    La cinéaste et professeure de cinéma de Vancouver croit que si elle avait vécu plus longtemps, sa mère lui aurait raconté ce qui lui était arrivé pendant la Deuxième Guerre mondiale.

    Comme plusieurs victimes d'autres actes d'abus, plusieurs membres de la communauté canado-japonaise éprouvaient de la honte de ce qu’ils avaient subi.

    C'est ce que vivent ses tantes. Elles refusent de revenir sur ce passé douloureux.

    C’est la honte, croit Pia Massie, qui provoque ce silence. La cinéaste entreprend donc d'extirper ce sentiment en reconstituant et en racontant les histoires de Canadiennes d’origine japonaise enfermées dans des camps d’internement.

    Le résultat de cette démarche, c'est le film Just Beyond Hope.

    Après avoir visionné le film, plusieurs femmes ont avoué leur joie que Pia Massie ait sorti leurs histoires des oubliettes. Elles n’auraient jamais osé franchir le pas.

    En 1988, les excuses officielles du gouvernement canadien ont permis à plusieurs victimes de surmonter leur honte.

    Le repentir fédéral s’est accompagné d’un dédommagement de 240 millions de dollars pour compenser les pertes matérielles des victimes encore vivantes.

    Un geste qui arrive cependant un peu tard. En 1988, 10 000 des 22 000 victimes étaient déjà décédées.

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