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Rôti, macaroni, pâté chinois : Couillard explique comment une famille peut se nourrir avec 75 $ par semaine

Le chef du PLQ Philippe Couillard

Philippe Couillard

Photo : Radio-Canada / Bruno Boutin

Radio-Canada

Le chef libéral Philippe Couillard le maintient : un adulte et deux enfants peuvent se nourrir pour 75 $ par semaine, même si ce n'est ni facile ni recommandable, a-t-il plaidé vendredi matin, en assurant avoir connu des gens qui doivent le faire. Il peine cependant à dire comment les propositions de son parti pourraient améliorer leur situation.

Un texte de François Messier

« Je connais du monde qui le font. Est-ce que c’est une bonne chose? Non », a répondu M. Couillard lorsqu’il s’est fait demander si cela était faisable, lors d’une entrevue menée par Paul Arcand sur les ondes du 98,5 FM.

Invité à dire comment cela était possible, M. Couillard a illico décliné une approche qui lui semble convenable pour y parvenir.

« D’abord tu regardes toutes les circulaires – c’est du témoignage direct de monde. Tu vas magasiner uniquement ce qui est vente, et il y a toujours des produits qui sont en vente de façon importante. Un morceau de viande par exemple, un morceau de porc », a-t-il expliqué.

« Tu le fais cuire le premier soir comme un rôti de porc. Ensuite tu fais du macaroni avec du porc dedans. Ensuite tu fais un pâté chinois avec du porc avec. Ensuite, tu fais des sandwichs pour les enfants. C’est ça que le monde fait », a-t-il fait valoir.

« Le pain, tu ne l’achètes jamais à 4 $, 5 $, tu l’achètes à 3 $. C’est sans arrêt, c’est comme une job à temps plein », a-t-il poursuivi.

Est-ce que c’est facile? Non. Est-ce que c’est nécessairement bon? Non. Mais de dire que ce n’est pas faisable, malheureusement, pendant qu’on se parle, il y a du monde aujourd’hui qui vont vivre avec ça.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral

Philippe Couillard ne s’est pas démonté lorsque l’animateur lui a cité les conclusions de la vérification effectuée par Radio-Canada, qui souligne que s’alimenter de la sorte ne serait pas nutritif, voire impossible à long terme.

« J’ai dit également que ce n’est pas une bonne alimentation », a-t-il convenu. « Mais à la question : est-ce que ça existe aujourd’hui, du monde qui ont des budgets de ce type-là? J’en connais, directement, actuellement, qui font ça. »

« Je connais du monde, du vrai monde, à qui je parle, avec des vrais enfants, qui malheureusement… les circonstances de la vie font en sorte qu’ils vivent avec ces budgets-là. J’aimerais bien vous dire que ça n’existe pas, mais ça existe », a-t-il ajouté ultérieurement.

Le genre de personne que je connais [et qui fait ça n’a] pas d’aide sociale, elle est obligée de prendre trois jobs, avec deux enfants à la maison, une mère monoparentale. Ça, c’est la réalité. Est-ce que c’est triste? Énormément triste. Est-ce que c’est bon? Non, ce n’est pas bon.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral

Un sujet qui occulte l'ordre du jour

Plus tard en avant-midi, la conférence de presse quotidienne de Philippe Couillard a été complètement dominée par ce sujet, reléguant au second rang l'annonce électorale du jour, portant sur une série d'engagements en matière d'environnement.

Talonné par les journalistes, le chef libéral a refusé d'identifier les gens qui lui ont dit vivre avec 75 $ d'épicerie par semaine. Il s'est contenté de dire que la situation de cette personne « s'est nettement améliorée » depuis, et que les gens qui mettent en doute le fait qu'elle a pu y parvenir font preuve d'« insensibilité ».

« Ces personnes-là ne voudraient pas être connues de personnes. Mettez-vous à leur place. Ce que je dis moi, c’est que j’ai parlé – pas à ces cas théoriques, comme certains l’ont mentionné – [mais] à du vrai monde, qui a vécu ça, et qui m’a même expliqué, pratico-pratique, qu’est-ce qu’il faut qu’ils fassent ».

M. Couillard a nié avoir manqué d'empathie, en n'utilisant pas des mots comme « malheureux » ou « regrettable » pour qualifier le sort de gens qui vivent avec un revenu si faible pour se nourrir dans son entrevue accordée jeudi à Radio Énergie. « C'est aux dépens de la bonne alimentation, je l'ai dit » dès le départ, a-t-il plaidé.

« J’ai justement agi par sensibilité, parce que moi, contrairement à beaucoup de gens qui font des commentaires, je connais personnellement des gens dans cette situation, et je sais personnellement ce qu’ils vivent », a-t-il poursuivi. « Nier que ça existe, c’est faire preuve d’une grande insensibilité à leur endroit. »

Quand j’entends dire que ça ne se peut pas, c'est des gens qui n’ont aucune sensibilité pour les gens dans le besoin aujourd’hui. Ça existe. Ce qu’il faut faire, c’est reconnaître que ça existe, le regretter et lutter encore plus fermement contre la pauvreté.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec

À court de solutions

Pressé de dire en quoi la plateforme électorale du Parti libéral pourrait venir en aide à la personne dont il parle, Philippe Couillard a peiné à énoncer des mesures concrètes, se rabattant sur son plan de lutte à la pauvreté, destiné à sortir à terme 100 000 personnes de cette situation.

« D’abord, on va augmenter son revenu disponible », a répondu le chef libéral, invité à dire « concrètement » ce qu'il avait à proposer. « Si cette personne est sur l’aide sociale, on va lui donner un emploi le plus rapidement possible, par la meilleure formation possible également. Et lorsqu’elle va atteindre l’emploi, on va s’assurer qu’il lui reste plus de son argent. »

Quand un journaliste lui a souligné que la personne dont il parle occupait trois emplois, il a ajouté : « On va s’assurer qu’elle n’a pas besoin d’en faire trois, qu’elle puisse en faire un comme tout le monde, comme vous, comme moi. »

Relancé sur le même sujet, il a ensuite dit vouloir s'assurer « de développer une société tournée vers l’emploi de qualité », puis lui offrir « la possibilité d’aller plus loin dans sa vie, d’aller au bout de son potentiel dans un Québec qui sera plus prospère, plus vert, plus équitable ».

Il a néanmoins maintenu qu'augmenter le salaire minimum à 15 $/heure, comme le proposent Québec solidaire et le Parti québécois, ne pouvait pas constituer une voie à suivre.

« Si je suivais la recommandation de certains, je pourrais lui faire perdre ces trois emplois. Parce que les emplois qui sont menacés par une hausse trop rapide du salaire minimum – les économistes nous le disent – c’est justement les emplois de la restauration, du commerce de détail, de l’hôtellerie, les emplois de bas de l’échelle. […] On n’aide pas personne dans le besoin en supprimant son emploi », a plaidé M. Couillard.

« M. Couillard est déconnecté », répète Legault

M. Couillard a par ailleurs noté que le chef péquiste Jean-François Lisée et la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé ont reconnu lors du débat organisé jeudi à TVA que des gens s'alimentaient avec aussi peu d'argent.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pour sa part maintenu vendredi qu'il ne lui paraît « pas possible » qu'un adulte et trois enfants puissent se nourrir avec 75 $ par semaine.

« Je pense que ça fait longtemps que M. Couillard n'a pas fait de commande. Pour quatre, ça me coûte à peu près 250 $ », a-t-il répété. « Je pense que M. Couillard est déconnecté. »

Moi, je pense qu’il est trop orgueilleux pour dire aux Québécois : "je m’excuse, je me suis trompé, je ne connais pas ça, ça fait longtemps que je ne suis pas allé à l’épicerie".

François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

« Il y a peut-être effectivement des gens très pauvres qui, malheureusement, ne sont pas capables d’acheter toute la nourriture dont ils ont besoin, pour leur famille, et ça c’est triste », a-t-il ajouté par la suite, avant de faire la promotion de la nouvelle allocation familiale que son parti propose.

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