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De nouvelles mesures contre les abus sexuels mettent les évêques américains sous pression

 Au Chili  après la démission de 34 évêques vendredi,14 prêtres ont été suspendus dans une affaire d'abus sexuels
Un prêtre catholique dans une église Photo: AFP/Getty Images / CLAUDIO REYES
Agence France-Presse

Ébranlée par un été de scandales, la hiérarchie catholique américaine multiplie les annonces pour redorer son blason, dont le lancement d'un numéro d'urgence pour signaler les abus sexuels perpétrés par des évêques et la désignation d'une juge pour évaluer les mesures existantes contre les abus.

Les derniers mois auront été « l'été de l'enfer pour la famille catholique américaine », a reconnu jeudi le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York. Les catholiques veulent que l'Église « rende des comptes, soit transparente et agisse », a-t-il ajouté.

Il a annoncé la nomination d'une ex-juge fédérale, la très respectée Barbara Jones, pour examiner les mesures prises par son diocèse pour répondre aux abus et les prévenir, et a promis de suivre ses recommandations.

Mercredi, la conférence des évêques américains avait annoncé le lancement d'un numéro d’urgence gérée par « une tierce partie » pour signaler les abus commis par des évêques. Et la rédaction prochaine d'un code de conduite pour ces derniers.

Le cardinal Dolan a reconnu que, même s'il avait déjà pris toute une série de mesures anti-abus, les catholiques commençaient à perdre confiance en leurs évêques après la série noire de cet été.

Un été de scandales

Cette dernière a commencé avec l'éviction en juillet du cardinal Theodore McCarrick, accusé d'abus sexuels sur un adolescent il y a plusieurs décennies. Il en est aussi ressorti qu'il avait fait l'objet d'autres plaintes d'agressions, étouffées par le versement d'importants dédommagements.

À la mi-août, un volumineux rapport a exposé des décennies d'abus sexuels perpétrés au sein d'institutions catholiques de Pennsylvanie par plus de 300 prêtres sur 1000 enfants.

Fin août, une lettre ouverte de l'archevêque conservateur Carlo Maria Vigano, accusant le pape François d'avoir ignoré des avertissements au sujet de Theodore McCarrick, a ajouté aux tensions. Cela a révélé les divisions des évêques américains face à la direction du Vatican.

Jaloux de leur indépendance, les prélats sont désormais dans le viseur de la justice. Après l'enquête en Pennsylvanie, la procureure générale de l'État de New York a annoncé une vaste enquête dans son État sur la façon dont les diocèses locaux avaient pu dissimuler les abus. Elle a convoqué les diocèses et a demandé un accès aux archives. Cinq autres États enquêtent également.

« Ils sentent clairement la pression », accentuée par la baisse du nombre de fidèles, souligne Dennis Doyle, théologien à l'Université de Dayton. Les catholiques représentaient 20,8 % de la population américaine en 2014, par rapport à 23,9 % en 2007, selon l'institut Pew.

Des mesures prises depuis 2002

La hiérarchie catholique, qui pensait avoir fait le ménage depuis 2002 et le scandale des abus sexuels dans le diocèse de Boston révélé par le Boston Globe, auquel le film Spotlight (2015) a donné un écho mondial, voit soudain « la question brûlante [des abus sexuels] ressuscitée », dit-il.

Selon lui, « beaucoup de mesures ont été prises depuis 2002 », date de l'adoption d'une charte, la Dallas Charter, qui prévoit le signalement des plaintes à la justice, l'abandon des accords de confidentialité et des sanctions pour prêtres et diacres convaincus d'agression sexuelle.

Mais l'Église américaine rechigne encore à faire gérer les plaintes par des organismes indépendants, et se bat dans certains États contre les associations de victimes qui réclament l'extension des délais de prescription pour obtenir justice.

Et les mesures adoptées ne sont pas toujours parfaitement appliquées, reconnaît le théologien Doyle.

Preuve qu'elles ne sont pas infaillibles : le diocèse de Brooklyn a accordé mardi une indemnité record de 27,5 millions de dollars à quatre hommes violés par un éducateur religieux à plusieurs reprises entre 2003 et 2009, dans une paroisse pourtant formée aux risques d'abus sexuels.

Le cardinal Dolan espère néanmoins que l'examen de la juge montrera que son diocèse « fait de [son] mieux pour tenir les promesses que nous, les évêques, avons faites à nos fidèles en 2002 ».

Outre des mesures de formation et de vérification des antécédents des prêtres, son diocèse a lancé fin 2016 un mécanisme d'indemnisation des victimes, géré par un cabinet d'avocats indépendant.

Quelque 278 victimes ont ainsi été indemnisées, pour un montant total de quelque 60 millions de dollars, selon Joseph Zwilling, porte-parole du diocèse.

Les victimes ont renoncé ce faisant à toutes poursuites contre l'Église au civil, mais ne sont tenues à aucune confidentialité.

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