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Détails inédits sur la fusillade de l'avenue Danforth à Toronto

Un policier en uniforme soulève un ruban, qui sert à fermer un secteur lorsque les policiers érigent un périmètre de sécurité. La photographie a été prise le soir, car il fait sombre et seuls les néons et lampadaires illuminent la scène.
Une fusillade mortelle est survenue le 22 juillet 2018. Un tireur a ouvert le feu dans une avenue achalandée du quartier grec. Photo: La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Radio-Canada

Des documents de la cour jettent un nouvel éclairage sur la fusillade qui a fait 2 morts et 13 blessés en juillet sur l'avenue Danforth dans le quartier grec de Toronto. On y confirme que le tireur, Faisal Hussain, s'est bien enlevé la vie, qu'il était atteint de problèmes de santé mentale et qu'il avait été arrêté deux jours avant la tragédie.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Les documents retracent le fil des événements, à partir du moment où Faisal Hussain a ouvert le feu, vers 22 h le 22 juillet, sur l'avenue Danforth, après avoir quitté le domicile de ses parents à 20 h 30.

Les témoins oculaires que la police a interrogés décrivent la scène : les 30 premiers coups de feu, les premiers appels au 911, les 10 premières victimes au sol et les premières descriptions du suspect. Les témoignages relatent en détail la panique qui s'est ensuivie sur l'avenue Danforth, avant l'arrivée de la police.

L'un des témoins a raconté aux policiers que le tireur souriait lorsqu'il dégainait son arme. D'autres ont qualifié d'héroïque l'action de certains passants qui se sont occupés des blessés pendant le carnage. Dans sa fuite, le suspect s'est retourné pour tirer deux coups de feu en direction des policiers.

Les documents révèlent par ailleurs que le cellulaire de Faisal Hussain sonnait à côté de son corps inanimé lorsque les policiers l'ont rattrapé. Un agent l'a ramassé pour répondre à l'appel. C'était les parents de Hussain qui lui demandaient où il se trouvait.

Un monument improvisé à la mémoire des victimes de la fusillade. Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Connu des policiers

Le rapport montre par ailleurs que Faisal Hussain était connu des milieux policiers depuis 2010 comme étant un homme perturbé émotionnellement (entre guillemets dans les documents). Faisal Hussain a eu en fait trois interactions avec la police en huit ans.

En 2010, son frère jumeau, dont le nom est biffé dans le texte, l'a dénoncé à la police parce qu'il voulait se suicider. Il raconte d'ailleurs aux policiers une conversation qu'il a eue un jour à ce sujet avec Faisal Hussain et au cours de laquelle celui-ci lui a confié qu'il était un attardé.

Faisal Hussain a révélé ce jour-là à son frère qu'il avait réalisé un vol dans un magasin sous la menace d'une arme à feu, alors qu'il prenait des antidépresseurs. Après la fusillade, leur mère confirmera aux enquêteurs que Faisal était suivi par une psychiatre. Aux enquêteurs, les parents de Faisal ont décrit leur fils comme un homme reclus.

En 2016, Faisal Hussain est mentionné à titre de plaignant dans une enquête pour un méfait. La police le soupçonne de s'adonner au trafic de la marijuana. Son permis de conduire sera suspendu en 2014 pour une raison qui n'est pas précisée.

En 2018, soit deux jours avant la fusillade du 22 juillet, Faisal Hussain est arrêté pour vol à l'étalage, mais il est relâché sans conditions.

Rien n'indique dans les documents que le suspect appartenait à un groupe terroriste ou à un gang de rue, mais la police soutient qu'il lui aurait été facile de se procurer des armes à feu. Il y est écrit en revanche que Faisal Hussain était dépressif et qu'il affichait une fascination pour la violence, les explosions et la mort.

Des gens lisent des messages laissés sur la façade placardée d’un immeuble en rénovation à la mémoire des victimes de la fusillade survenue dimanche soir, sur l’avenue Danforth, à Toronto.Des gens lisent des messages laissés sur la façade placardée d’un immeuble en rénovation à la mémoire des victimes de la fusillade. Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Témoignage de la famille

Le père de Faisal, dont le nom est aussi caviardé, raconte que son fils allait à la prière du vendredi toutes les semaines, mais qu'il n'était pas un dévot. Le tireur occupait en outre deux emplois dans des pharmacies à grande surface.

M. Hussain savait que son fils consommait des somnifères, mais il affirme qu'il ne touchait pas à l'alcool ni aux drogues. Il reconnaît que son fils ne souriait jamais et qu'il passait la plupart de son temps dans sa chambre, à jouer avec des jeux vidéo. Les enquêteurs disent néanmoins qu'ils n'ont trouvé aucune console de jeu dans sa chambre.

Mme Hussain explique pour sa part qu'elle encourageait son fils à trouver une épouse. Le frère jumeau de Faisal confirme quant à lui que celui-ci était bien solitaire et qu'il n'avait aucun ami.

Trois jours après le drame, la famille Hussain avait envoyé aux médias un communiqué qui est reproduit dans les documents de la cour. Elle y mentionnait notamment que le suspect était atteint de psychose et qu'aucune thérapie n'avait réussi à le soigner. Elle avait offert ses condoléances aux familles des victimes.

Les policiers enquêtent sur les lieux de la fusillade.Des policiers de Toronto Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Des mandats de perquisition ont permis à la police de saisir des sachets contenant une substance qui ressemble à de la cocaïne chez Faisal Hussain, qui vivait toujours chez ses parents. Les documents révèlent en outre que les policiers ont utilisé un chien spécialement dressé pour la détection d'explosifs.

La partie des documents qui porte sur les saisies est la seule qui soit restée lourdement censurée, à la demande de la Couronne. On ignore donc l'ampleur de ce qui a été découvert à la suite de ces perquisitions. Les documents soulignent enfin qu'aucun autre suspect n'a été arrêté relativement à la fusillade du 22 juillet.

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