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20 terrains de football : le déboisement pour le Club Med de Charlevoix inquiète

Une partie de la forêt du Massif à Petite-Rivière-Saint-Français, où sera construit le futur Club Med Québec Charlevoix
Une partie de la forêt du Massif à Petite-Rivière-Saint-Français, où sera construit le futur Club Med Québec Charlevoix Photo: Radio-Canada / Alexandre DUVAL
Radio-Canada

Le visage de Petite-Rivière-Saint-François s'apprête à changer. Pour accueillir le Club Med Québec Charlevoix, l'équivalent d'environ 20 terrains de football sera déboisé dans la forêt du Massif. L'ampleur des coupes soulève des craintes dans ce secteur qui abrite une importante diversité floristique.

Un texte d’Alexandre Duval

Au cours des derniers jours, des piquets et des rubans sont apparus dans le secteur du Piémont au pied du Massif, pour marquer les zones qui seront déboisées. Au total, 10,25 hectares d’arbres devraient disparaître.

Lorsqu’on regardera la montagne à partir du quai municipal, la fracture sera immanquable. Comme d’autres citoyens, François Lessard s’en inquiète.

Technicien en aménagement forestier de formation, M. Lessard rappelle que cette partie de la forêt du Massif est unique dans la région de Charlevoix.

« C'est une toute petite proportion de Charlevoix où l'on retrouve des érablières anciennes comme on en a maintenant ici, au pied du Massif de Charlevoix, donc elles sont d'autant plus précieuses. »

La forêt du Massif dans le secteur du Piémont abrite des érables d'âge vénérableLa forêt du Massif dans le secteur du Piémont abrite des érables d'âge vénérable Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

D’ailleurs, la MRC de Charlevoix écrit noir sur blanc dans son plan général d’aménagement forestier 2016-2020 que ce secteur abrite une « diversité floristique importante », incluant des érablières avec un potentiel commercial.

Certains spécimens de la forêt ont vraisemblablement jusqu’à 200 ans, estime M. Lessard. « On devrait vraiment les protéger jalousement. Lorsqu'on fait des interventions, s'assurer que ça se fait dans le respect du territoire. »

Évalué à 120 millions de dollars, le projet de Club Med Québec Charlevoix est financé en partie par un prêt de 26,3 millions du gouvernement du Québec et par un autre de 9,8 millions du gouvernement fédéral.

Les contribuables canadiens et les contribuables québécois doivent savoir que leur argent va servir à dévaster un écosystème unique dans la région de Charlevoix, qui se targue d'avoir le statut de Réserve mondiale de la biosphère.

François Lessard, résident de Baie-Saint-Paul
François Lessard dénonce les coupes forestières à venir pour accueillir le projet de Club Med à Petite-Rivière-Saint-FrançoisFrançois Lessard dénonce les coupes forestières à venir pour accueillir le projet de Club Med à Petite-Rivière-Saint-François Photo : Radio-Canada

Radio-Canada révélait vendredi que des travaux déjà amorcés ont dû être suspendus dans la forêt en raison d'un manquement à la Loi sur la qualité de l'environnement.

Zonage modifié

Les érablières du secteur du Piémont bénéficient pourtant d’une certaine protection, à Petite-Rivière-Saint-François.

Jusqu’à tout récemment, le règlement municipal ne permettait qu’un maximum de 25 % de déboisement dans quatre zones identifiées comme des érablières.

Or, pour faire place au projet de Club Med, le règlement de zonage a été modifié au mois d’août.

Le pourcentage de coupe autorisé est resté le même, mais les zones d'érablières ont été agrandies, notamment à l’endroit où le complexe hôtelier verra le jour.

Plus précisément, la superficie totale d’érablières inventoriées est passée de 26,8 hectares à 43,2 hectares. Autrement dit, le nouveau règlement permet de couper plus d’arbres.

Le maire « sensible »

« On est très conscient des inquiétudes de la population, affirme le maire de la municipalité, Gérald Maltais. On y fait attention. »

M. Maltais précise toutefois que Petite-Rivière-Saint-François a fait le choix de soutenir le projet de Club Med. « On ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs », illustre-t-il.

Gérald Maltais, maire de Petite-Rivière-Saint-FrançoisGérald Maltais, maire de Petite-Rivière-Saint-François Photo : Radio-Canada

L'automne, c'est notre paysage qui ressort de ces zones d'érablières-là. Ça fait un paysage féérique. On est très sensible à ça, mais il faut être consistant avec notre décision de recevoir un Club Med.

Gérald Maltais, maire de Petite-Rivière-Saint-François

Un sentier pédestre de 2,6 km risque aussi d’être détruit en partie par les coupes forestières, reconnaît M. Maltais, tout en ajoutant qu’un nouveau lien sera « fort probablement » créé pour relier divers sentiers.

Un sentier de 2,6 km risque d'être en partie détruit par le projet de Club Med dans la forêt du MassifUn sentier de 2,6 km risque d'être en partie détruit par le projet de Club Med dans la forêt du Massif Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Un règlement conforme

Le règlement municipal de Petite-Rivière-Saint-François qui autorise les coupes est désormais en vigueur. La semaine dernière, il a été jugé conforme au schéma d’aménagement de la MRC de Charlevoix.

Questionné sur l’agrandissement soudain des zones d’érablières dans le nouveau règlement, l’aménagiste de la MRC indique qu’elles ont été définies à partir de l’inventaire forestier de 2011, alors que les anciennes zones utilisaient l’inventaire de 2001.

Les critères pour inventorier les érablières ont simplement changé, explique Stéphane Chaîné.

Stéphane Chaîné, aménagiste à la MRC de CharlevoixStéphane Chaîné, aménagiste à la MRC de Charlevoix Photo : Radio-Canada

« Le premier inventaire se concentrait plus sur le potentiel acéricole, c'est-à-dire où […] il y a des érables assez matures pour faire la production de sirop, alors que l'inventaire de 2011, c'était plus les érablières comme telles, avec ou sans potentiel acéricole. »

Malgré les craintes, M. Chaîné affirme que tout est fait pour réduire le déboisement au maximum, « mais c'est certain qu'il y a une superficie qui est nécessaire pour les équipements, les infrastructures, les bâtiments, le stationnement et tout ça. »

Faire une pause?

Quant au citoyen François Lessard, il persiste et signe : le projet de Club Med Québec Charlevoix détonne avec la vision récréotouristique défendue par les dirigeants du Groupe Le Massif, il y a une dizaine d’années.

À son avis, il faut mettre le projet en veilleuse, le temps de réfléchir adéquatement à ses impacts environnementaux et sociaux.

Il est encore temps d'agir, de faire une pause.

François Lessard, résident de Baie-Saint-Paul

Groupe Le Massif n’a pas voulu répondre aux questions de Radio-Canada, car une conférence de presse aura lieu à l’automne pour parler du développement de la montagne.

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