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La Vérif : irréaliste de nourrir une famille avec 75 $ par semaine

Le reportage de Vincent Maisonneuve
Radio-Canada

Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, pense qu'il est possible qu'un parent seul avec deux adolescents puisse nourrir sa famille pour 75 $ par semaine. Vérification faite, non seulement ces repas ne seraient pas du tout nutritifs, mais il serait même impossible de maintenir cette alimentation à long terme, selon des nutritionnistes.

Un texte de Thomas Gerbet, avec Vincent Maisonneuve et Gabrielle Proulx

Pour nourrir deux adolescents et un adulte avec 75 $ par semaine, il faudrait donc prévoir 1,19 $ par repas et par personne.

« Non, ce n'est pas réaliste », souligne Catherine Labelle, nutritionniste au Dispensaire diététique de Montréal. Son organisme estime que le coût minimal d'un régime nutritif est de 8,34 $ par membre de la famille par jour, donc autour de 181 $ par semaine, si on extrapole à trois personnes. Cela inclut seulement les produits de base et il faudrait tout cuisiner.

Selon les données du Dispensaire, un budget de 75 $ par semaine ne permet plus de nourrir une famille de trois depuis les années 1980.

On n'est plus en 1975. Ça n'a aucun sens. Ce n'est pas viable du tout.

Stéphanie Côté, nutritionniste

Selon le rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation, une famille québécoise de deux adultes et deux adolescents dépensait en moyenne 225 $ par semaine pour se nourrir en 2017, donc environ 169 $ pour trois personnes.

« À 75 $ par semaine, c'est impossible. », confirme Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, à Halifax.

Possible en mettant de côté l'équilibre alimentaire?

Philippe Couillard a précisé qu'avec 75 $, « les menus ne seront pas très variés. On est pas mal sur le végétal. »

En fait, cette famille ne pourrait pas se permettre d'acheter des fruits et des légumes frais. Il n'y aurait pas non plus de fromage, de viande ou de poisson dans son alimentation, presque uniquement des légumineuses.

La nutritionniste Stéphanie Côté estime que pour y arriver « il faudrait des aliments extrêmement répétitifs ». Elle pense à un repas constitué de pâtes alimentaires, de haricots noirs et de maïs. « Ce n'est certainement pas soutenable à long terme, selon elle. Il y a très peu d'aliments qui permettent de nourrir une famille avec environ 3 $ par repas. C'est utopique, même pas pensable. »

Une famille pourrait toutefois subvenir à ses besoins en utilisant les banques alimentaires. Plus de 400 000 personnes les fréquentent au Québec, dont 150 000 enfants.

Épreuves des faits

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