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Insite célèbre ses 15 ans sur fond de crise des opioïdes

Un homme se repose après s'être injecté de l'héroïne dans les locaux d'Insite.

À Insite, les toxicomanes peuvent apporter la drogue qu’ils se sont procurée de manière illicite et la consommer sur place.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le premier centre d'injection supervisée d'Amérique du Nord accueillait ses premiers utilisateurs, le 21 septembre 2003, à Vancouver. Insite fête donc ses 15 ans, vendredi, alors que la crise des surdoses liées aux opioïdes ne semble pas vouloir s'atténuer.

Un texte de Fanny Bédard

Les travailleurs d’Insite, situé au coeur du quartier malfamé du Downtown Eastside, ont d'ailleurs été parmi les premiers témoins de cette crise, selon Mark Lysyshyn, médecin spécialiste en santé publique à la régie de la santé Vancouver Coastal. « Avec la crise des opioïdes, on est passé de voir 10 à voir 100 surdoses par semaine, parfois. »

À Insite, les toxicomanes peuvent apporter la drogue qu’ils se sont procurée de manière illicite et la consommer sur place. Des infirmières y travaillent notamment pour les surveiller. Depuis 2003, aucune des 6440 surdoses qui s’y sont produites ne s’est soldée par un décès.

Le fentanyl change la donne

Le Dr Mark Lysyshyn travaille à la régie de la santé Vancouver Coastal depuis 2014. Il ne pense pas que les utilisateurs aient beaucoup changé depuis son arrivée. « Ce sont les mêmes personnes du Downtown Eastside. » Toutefois, la présence de fentanyl dans les drogues de rue s’est amplifiée. « On a vu une escalade très rapide. [Avant] 10 % des surdoses étaient liées au fentanyl, maintenant, c’est 80 % ou 90 %. Le nombre de surdoses a changé très rapidement », précise le médecin.

Mark Lysyshyn dans la salle d'urgence mobile pour contrer les surdoses.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mark Lysyshyn, médecin en santé publique de la régie de la santé Vancouver Coastal Health, dans la salle d'urgence mobile pour contrer les surdoses.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Gagnon

Insite a donc entrepris de mettre à la disposition de ses utilisateurs des languettes pour permettre de détecter le fentanyl dans leur drogue. Il s’est aussi muni d’un spectromètre afin d’effectuer des analyses plus complètes des drogues.

La crise des opioïdes accentue néanmoins le stress chez les travailleurs d’Insite. « Le travail est plus stressant et difficile, car les infirmières et les autres employés doivent répondre aux [plus nombreuses] surdoses, il y a beaucoup de stress », indique M. Lysyshyn.

Insite regarde vers l’avenir

Avec la fin des batailles juridiques qui ont finalement donné gain de cause à Insite et appuyé sa raison d’être, Mark Lysyshyn pense qu’il est temps pour le centre de se tourner vers l’avenir en faisant évoluer son travail.

Dans la régie régionale de la santé Vancouver Coastal Health, sept centres de prévention de surdoses ont été mis en place vers lesquels les toxicomanes peuvent se tourner pour consommer leur drogue tout en étant surveillés. Selon M. Lysyshyn, il y a maintenant plus de personnes qui fréquentent ces centres qu'Insite.

Documenter les surdoses

Insite ne perd toutefois pas de sa pertinence, d’après Mark Lysyshyn. Comme des professionnels de la santé sont sur les lieux, ils peuvent mieux documenter la façon dont se passent les surdoses.

« À Insite, les infirmières ont pu observer les changements dans les surdoses et les documenter. Maintenant, on est dans le processus de publier ça. »

— Une citation de  Mark Lysyshyn, médecin en santé publique, régie de la santé Vancouver Coastal Health

« Les surdoses se passent souvent en privé et cachées. Même quand l’ambulance arrive, ça s’est passé il y a longtemps. À Insite, on peut observer [les choses] dès le moment où ça commence, et ça nous donne une compréhension plus aiguë, plus poussée. Il faut avoir des professionnels de la santé pour observer ça », poursuit-il.

Mark Lysyshyn explique par ailleurs que des données amassées par Insite ont permis de montrer que les risques de surdoses sont beaucoup plus grands maintenant qu’il y a à peine quelques années à cause des produits contenus dans les drogues illicites. « On a vu qu'ils sont beaucoup plus élevés, mais on peut documenter ces risques. On peut dire que, lorsqu’on prend ce qu’on pense être de l'héroïne, maintenant, on a six fois [plus de risques] de faire une surdose que par rapport à il y a sept ans », conclut-il.

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