•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

ALENA : le Canada est-il en train de perdre ses alliés au Congrès américain?

Justin Trudeau à l'ambassade canadienne, à proximité du Capitole, à Washington en octobre 2017.
Justin Trudeau à l'ambassade canadienne, à proximité du Capitole, à Washington en octobre 2017. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Raphaël Bouvier-Auclair

ANALYSE – Ces derniers jours, deux importants représentants républicains ont fait part de leur impatience à l'égard des négociateurs canadiens. Une pression supplémentaire venant d'un Congrès que le Canada a toujours perçu comme un allié crucial dans le processus de renégociation de l'ALENA.

La première fronde est venue d’un membre influent de la délégation républicaine à la Chambre des représentants.

« Il y a une frustration croissante au Congrès à propos des tactiques de négociations du Canada », a écrit mardi Steve Scalise, whip de la majorité, ajoutant que l’objectif demeure que le Canada se joigne à l’accord conclu entre Washington et Mexico.

Le contexte politique est évidemment important. Steve Scalise est un politicien ambitieux et son nom a été évoqué comme possible successeur à Paul Ryan, le président de la Chambre qui ne se représente pas aux élections de novembre. M. Scalise est d’ailleurs un fidèle allié du président Trump au Congrès.

On avait rarement entendu des propos du genre au Capitole, où depuis quelques semaines les élus évoquent surtout l’importance d’un accord tripartite, sans s’avancer davantage.

Puis, mercredi, un deuxième républicain a fait part de ses préoccupations à propos du respect de l’échéancier du 1er octobre, moment où un texte de l’accord doit être présenté au Congrès.

Le Canada doit accélérer la cadence cette semaine, nous n’allons pas changer l’échéancier.

Kevin Brady, représentant républicain du Texas

Kevin Brady est président du comité des Ways and Means, qui se penche sur des enjeux financiers cruciaux, comme la taxation. Ce comité est influent. Tellement que Justin Trudeau a tenu à rencontrer ses membres lors de son dernier passage à Washington, en octobre 2017.

Fait à noter, Kevin Brady est élu au Texas et Steve Scalise est représentant de la Louisiane. Pour ces deux États, Mexico est un partenaire commercial plus important qu’Ottawa : le Canada est le deuxième marché pour le Texas et le quatrième pour la Louisiane.

Il faudra donc porter une attention particulière aux élus des quelque 37 États pour lesquels le Canada est le principal marché d’exportation.

Certains États du Midwest seront à surveiller en particulier, là où l’impact des politiques protectionnistes de l’administration sur les agriculteurs pourrait s’imposer comme un enjeu pendant les élections de mi-mandat.

Le Congrès au cœur de la stratégie canadienne

Une femme et deux hommes posent ensemble lors d'un événement officiel.La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, entourée du sénateur républicain Bob Corker et du sénateur démocrate Bob Menedez en juin dernier. Photo : Associated Press / J. Scott Applewhite

Ces derniers jours, ils n’ont donc été que 2 sur 535 représentants et sénateurs à ajouter publiquement de la pression sur le Canada.

N’empêche, Steve Scalise soulignait une « frustration grandissante » chez ses collègues.

Or, l’appui du Congrès a toujours été central dans la stratégie du gouvernement Trudeau.

Depuis le début de la renégociation de l’ALENA, des ministres et députés canadiens ont rencontré des centaines d’élus à Washington et dans les différents États, pour s’assurer qu’au moment venu, des voix pourraient s’élever au sein de la classe politique pour venir en aide à Ottawa.

Leur appui pourrait s’avérer crucial si le président Trump décidait, comme il menace souvent de le faire, d’aller de l’avant avec un accord incluant uniquement les États-Unis et le Mexique.

Dans cette éventualité, la marche à suivre est loin d’être claire. Les questions à propos des limites des pouvoirs présidentiels sont aussi nombreuses, d’où l’importance du rôle que pourrait jouer le Congrès.

Au fond, c’est peut-être aussi ce que souhaitent les élus républicains qui demandent au Canada d’accélérer les pourparlers.

Qu'ils évitent de se retrouver avec leurs collègues dans un casse-tête législatif, et peut-être même juridique, au moment où les Américains se préparent à aller aux urnes.

Raphaël Bouvier-Auclair est correpondant à Washington

Accords commerciaux

International