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Les producteurs laitiers en ont assez de faire des concessions dans les négociations commerciales

Une conférence de presse.
Le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron (centre gauche), en compagnie de ses collègues des provinces lors d'une conférence de presse conjointe à Ottawa. Photo: The Canadian Press / Adrian Wyld
Radio-Canada

Réunis mercredi à Ottawa, des producteurs laitiers de partout au Canada ont uni leurs voix pour demander au gouvernement Trudeau de ne pas permettre l'ouverture de nouvelles brèches dans la gestion de l'offre dans le cadre de la renégociation de l'ALENA.

Inquiets à la suite de rumeurs voulant qu’Ottawa soit prêt à faire des compromis pour faire débloquer les négociations qui stagnent depuis des mois avec l’administration américaine, les producteurs laitiers ont tenu à rappeler au gouvernement Trudeau sa promesse de protéger la gestion de l’offre face aux demandes américaines quoi qu’il arrive.

« M. Trudeau a bien dit « sans impact négatif ». S’il y a des concessions, il y a des impacts négatifs. Moi je le prends au mot et lorsqu’il nous dit « sans impact négatif », c’est parce qu’il ne fera pas de concession », a déclaré le président des producteurs laitiers du Québec, Bruno Letendre.

Notre message d’aujourd’hui est clair : le secteur laitier ne peut pas à nouveau subir les impacts négatifs de ce nouvel accord commercial. Ça suffit!

Pierre Lampron, président des Producteurs laitiers du Canada

Des concessions qui coûtent cher

Des vaches dans une ferme laitière.Les producteurs de lait du pays sont opposés à la modification du système de gestion de l'offre qui les protège contre la concurrence étrangère. Photo : Radio-Canada

Or, des concessions, les producteurs laitiers du Canada ont dû en faire chaque fois lors de la signature de récents accords commerciaux par Ottawa.

Ils ont en effet dû céder 3 % de leur marché à des producteurs étrangers dans le cadre du Partenariat transpacifique et 1,5 % de plus en vertu du traité de libre-échange avec l’Europe.

Ces compromis du gouvernement Trudeau ont entraîné des pertes qu’ils évaluent à 250 millions de dollars par an, soit l’équivalent de tout le lait produit en une année au Manitoba.

Le travail auquel nous consacrons toute notre vie semble en être réduit à une simple monnaie d’échange lors des négociations commerciales successives et l’ALENA n’en est que le dernier exemple.

Pierre Lampron, président des Producteurs laitiers du Canada

Des impacts au-delà de l'industrie

Des produits laitiers de différentes natures étalés sur un présentoir.Il n'y a pas que les producteurs de lait qui sont affectés par les ouvertures dans la gestion de l'offre, les transformateurs le sont également. Photo : La Presse canadienne

Ces reculs passés dans la gestion de l’offre ne nuisent pas uniquement aux producteurs laitiers canadiens, prévient Pierre Lampron, les concessionnaires d’équipements agricoles, les fabricants d’aliments pour animaux, les vétérinaires, les camionneurs et les transformateurs en font aussi les frais, a-t-il rappelé aux côtés de ses confrères en provenance de toutes les provinces du pays.

« Les producteurs laitiers et leurs familles, de même que les travailleurs des fermes et des usines de transformation de produits laitiers vivent actuellement beaucoup de stress », a ajouté Pierre Lampron.

Plus de 220 000 hommes et femmes travaillent dans l’industrie laitière canadienne.

La production de lait contribue à plus de 19 milliards de dollars annuellement au PIB du Canada et génère 3,8 milliards de dollars en revenus fiscaux, rappellent les producteurs. Ils redoutent un dumping de produits laitiers américains sur le marché canadien si Ottawa concède une nouvelle part de leur marché dans le cadre de l’ALENA.

La surproduction américaine à l'origine du problème

Une vache regarde curieusement l'objectif de la caméra.La gestion de l'offre canadienne fait l'envie des producteurs de lait américains. Photo : Reuters / Christine Muschi

Contrairement aux producteurs américains qui doivent composer avec d'importants problèmes de surproduction en raison notamment des subventions injectées chaque année dans leur industrie et de la diminution de la consommation de lait, au Canada, la production laitière est protégée et étroitement gérée en fonction des besoins du marché pour éviter le gaspillage, soutenir les prix et permettre aux fermiers d’ici de vivre de leur production.

Aux prises avec d’énormes quantités de lait que leurs producteurs doivent détruire faute de marché pour l’écouler, les lobbys et les politiciens américains réclament depuis des années l’ouverture du marché canadien pour y vendre leurs produits.

Nous savons tous que dans le monde il se produit trop de lait, particulièrement aux États-Unis, où ils en ont jeté 380 millions de litres en 2017. Ici, grâce à la gestion de l’offre, nous produisons selon les normes du marché canadien, et ce, sans subvention.

Bruno Letendre, président des Producteurs laitiers du Québec

Or, même si le Canada ouvrait son marché aux produits laitiers américains, soulignent les agriculteurs canadiens, la surproduction laitière américaine est telle que les gains seraient pratiquement inexistants pour eux.

« L’idée colportée par les politiciens américains voulant que l’ouverture du marché canadien soit la solution à leurs surplus de production n’est pas réaliste, souligne Tom Kootstra, producteur laitier de l’Alberta.

Avec 37 millions de consommateurs, le marché canadien ne peut tout simplement pas absorber la surproduction américaine. L’industrie américaine est 11 fois plus grosse que la nôtre. Le Canada a moins de vaches qu’il y en a dans le seul État du Wisconsin.

Tom Kootstra, producteur laitier albertain

Pour les producteurs laitiers d’ici, le marché canadien est de toute façon déjà ouvert aux producteurs américains, qui exportent déjà chez nous cinq fois plus de produits laitiers qu’eux n’en exportent aux États-Unis, souligne pour sa part le représentant des producteurs laitiers ontariens, Ralph Dietrich.

« Quand j’écoute les producteurs laitiers américains à la télévision, ils expliquent que les problèmes qu’ils vivent sont dus à leur propre surproduction et non pas au système de gestion de l’offre canadien. […] Ils ne blâment pas notre système, ils l’envient. », assure M. Dietrich.

Justin Trudeau assure qu'il défendra la gestion de l'offre

Alors que les négociations de l’ALENA reprenaient en matinée mercredi à Washington, le premier ministre Justin Trudeau a tenu une fois de plus à calmer le jeu et à rassurer les agriculteurs laitiers en réitérant à l’entrée du caucus de son parti que son gouvernement « va continuer de défendre la gestion de l’offre ».

Reconnaissant qu’il « reste encore du travail à faire », le premier ministre s’est dit malgré tout sûr que la conclusion « d’un bon accord pour tout le monde » est toujours possible.

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