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  • Envoyé spécial
  • analyse

    Mali : le retour des Casques bleus canadiens

    250 militaires canadiens se sont installés au Mali. Leur mission sera entre autres d'apporter de l'assistance médicale d'urgence aux soldats de l'ONU. Photo: Radio-Canada / Jean-François Bélanger
    Jean-François Bélanger

    Arrivés cet été au Mali, les militaires canadiens viennent d'entamer leur première mission d'importance sous commandement de l'ONU depuis des décennies. C'est aussi leur mission la plus dangereuse depuis l'Afghanistan.

    Lorsque s’ouvre la lourde porte arrière de l’avion-cargo Hercules CC-130, une vague de chaleur intense envahit l’aéronef. L’impression d’entrer dans un four. Bienvenue à Gao, siège du secteur est de la mission de stabilisation de l’ONU au Mali, la MINUSMA.

    Un soldat monte la garde devant un Hercules CC-130.Les Canadiens sont arrivés à Gao à bord d'un avion Hercules CC-130. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    C’est ici qu’ont élu domicile les 250 militaires canadiens de l’opération Présence, arrivés pendant l’été après un entraînement express. Leur entrée en fonction marque le grand retour des Casques bleus canadiens; c'est la première mission militaire canadienne d’envergure sous pavillon de l’ONU depuis la Bosnie.

    Le colonel Christopher McKenna, commandant de la force opérationnelle canadienne au Mali, porte d’ailleurs fièrement à l’épaule l’écusson onusien. Le Montréalais a sans doute en tête Lester B. Pearson, l’ancien premier ministre canadien et fondateur des Casques bleus, lorsqu’il dit : « C’est quelque chose d’historique pour nous. »

    Le Colonel Christopher McKenna en avant-plan. un hélicoptère de combat Griffon en arrière-plan.Le Colonel Christopher McKenna et derrière lui un hélicoptère de combat Griffon. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    Je pense que c’est naturellement canadien d’aider les personnes, d’aider l’ONU, les soldats de l’ONU. On est très fiers de cette mission.

    Colonel Christopher McKenna, commandant de la force opérationnelle canadienne au Mali

    Instaurée en 2013 pour rétablir la paix au Mali, la MINUSMA compte plus de 12 000 soldats de 57 nationalités différentes. En comparaison, la contribution canadienne peut paraître modeste, mais elle constitue pourtant un élément essentiel. Car les Canadiens sont venus avec des outils précieux : trois hélicoptères de transport Chinook et cinq hélicoptères de combat Griffon.

    Le nord-est du Mali est un très vaste territoire en plein cœur du Sahel, mal desservi en termes d’infrastructures routières. Les hélicoptères Chinook de nouvelle génération sont donc très utiles pour transporter troupes et équipements sur le terrain. L’aéroport de Gao est le théâtre d’un ballet permanent d’allées et venues; de décollages et d’atterrissages d’avions blancs de l’ONU et des hélicoptères verts canadiens.

    Après une longue série de vérifications autour de son aéronef, le major Dominique Simard s’installe dans le siège de droite et enfile son casque qui lui donne un air de Tom Cruise dans Top Gun. Ce vétéran de l’Afghanistan retrouve un peu les conditions qu’il a connues à Kandahar.

    Dans le cockpit, le major Dominique Simard aux commandes d'un Chinook, en plein vol au dessus du Mali.Le Major Dominique Simard aux commandes d'un Chinook. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    C’est un environnement très aride pour opérer des hélicoptères. Il y a beaucoup de poussière; la chaleur est intense. C’est dur sur le matériel et sur le personnel qui s’occupe des hélicoptères.

    Major Dominique Simard, pilote de Chinook

    Le pilote enchaîne les heures de vol aux commandes de son Chinook. Parti en matinée hélitreuiller une palette d’équipements en bordure du fleuve Niger, il repart en après-midi pour récupérer un groupe de parachutistes allemands qui viennent de passer deux jours sur le terrain en mission de reconnaissance.

    Barbus, hirsutes, le visage couvert de sueur et de poussière, les Allemands affichent un large sourire en retrouvant Gao. Ils posent aussitôt pour une photo de groupe devant l’hélicoptère canadien.

    Des soldats avec des drapeaux allemands et canadiens devant un Chinook.Les soldats allemands après avoir été ramenés à bon port par un Chinook canadiens. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    Au milieu de la troupe, le colonel qui commande le détachement allemand ne tarit pas d’éloges. « Nous sommes très satisfaits de l’appui aérien fourni par les Canadiens », dit le colonel Aslak Heisner. « C’est très important, car les zones où nous devons patrouiller ne sont pas toutes accessibles par la route. »

    Comme en Afghanistan, les hélicoptères restent le moyen le plus sûr de se déplacer, car ils offrent une protection face aux menaces d’embuscades et au risque que posent les engins explosifs improvisés. Car le nord-est du Mali est une zone hostile, théâtre, depuis des années, de nombreuses attaques de groupes rebelles et d’attentats terroristes.

    C’est un environnement incroyablement complexe, constitué de beaucoup de factions armées qui sont alignées parfois à un groupe ethnique; parfois à un groupe terroriste.

    Colonel Christopher McKenna, commandant Force opérationnelle canadienne au Mali

    Avec déjà plus de 170 morts, la MINUSMA est actuellement la mission la plus dangereuse de l’ONU. Mais le commandant canadien minimise les risques auxquels s’exposent ses troupes. « Je suis au courant des menaces, mais je ne suis pas obsédé par les menaces. » Les Chinook sont équipés de mitrailleuses lourdes et flanqués en permanence d’hélicoptères de combat Griffon, chargés de la reconnaissance et de la protection.

    Un hélicoptère Chinook canadien, au sol.Les trois hélicoptères Chinook des Canadiens apporteront un important support à la MINUSMA. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    Mais la mission première des Canadiens est d’offrir un service d’évacuation aéro-médicale aux troupes de l’ONU. Une mission très exigeante, car les équipages doivent rester disponibles 24 heures sur 24 et être prêts à décoller en moins de 30 minutes.

    Une mission que le major Simard prend très à cœur. « Notre mission principale, c’est d’aller chercher des personnes qui sont blessées. Quand on va voler, on va essayer d’aller sauver la vie de quelqu’un. Et ça, c’est très gratifiant. »

    Pendant les longues périodes d’attente, les équipes médicales répètent en permanence pour être prêtes à toute éventualité. Des entraînements qui permettent aussi d’affiner les procédures, car ces soldats sont aussi des pionniers.

    C’est en effet la première fois que le Canada envoie des médecins spécialistes en première ligne, en zone hostile, à bord des hélicoptères de sauvetage. Le major Andrew McLaren, qui dirige l’équipe médicale, est fier de la nouvelle approche.

    « Ce projet est vraiment très innovant. Envoyer sur le terrain des urgentistes, des traumatologues, des spécialistes de la réanimation nous permet d’accélérer le processus de prise de décision clinique et cela peut grandement améliorer les chances de survie des patients », dit-il.

    Scène d'entraînement très réaliste dans un Chinook. On voit des sacs de sangs et des cobayes au sol.Entraînement médical dans un hélicoptère Chinook. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    C’est aussi la première fois que les médecins apportent des produits sanguins prêts à être transfusés à bord des hélicoptères. En ce sens, les Chinook ne sont pas de simples ambulances, mais plutôt de véritables hôpitaux volants.

    Ce que nous faisons, c’est d’apporter une salle de réanimation complète vers un patient, deux patients ou même sept patients potentiellement. C’est totalement unique.

    Major Andrew McLaren, commandant de l’équipe médicale canadienne
    Andrew McLaren, devant une pile de boîtes d'équipement médical.Le Major Andrew McLaren, commandant de l’équipe médicale canadienne. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    Un atout précieux aux yeux des Casques bleus déployés sur le terrain. Le colonel Badara Ndiaye qui commande de détachement sénégalais à Gao parle de paix d’esprit et de sérénité pour ses hommes.

    Le Colonel Badara NdiayeLe Colonel Badara Ndiaye croit que le support médical canadien facilitera le travail des troupes sénégalaises. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    « Il y a des zones particulièrement difficiles, parfois très très dangereuses. La confiance de nos hommes réside dans le fait qu’ils soient sûrs que, à tout moment s’il leur arrive quelque chose, ils peuvent bénéficier d’un appui aérien, d’une évacuation sanitaire d’urgence », explique-t-il.

    D’une durée initiale d’un an, la mission canadienne au Mali doit se poursuivre jusqu’à l’été 2019.

    Jean-François Bélanger est correspondant de Radio-Canada en Europe et envoyé spécial au Mali.

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