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Troquer la ville pour la forêt de la Haute-Mauricie

Bruno Caron et Katerine LaCavalier sourient, on aperçoit un lac en arrière-plan.
Depuis 10 ans, Bruno Caron et Katerine LaCavalier sont propriétaires de la pourvoirie Waban-Aki, près de La Tuque. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Il y a 10 ans, un couple de la Montérégie a fait un pari audacieux. Avec leurs trois enfants, Katerine LeCavalier et Bruno Caron ont laissé derrière eux carrières et amis pour aller exploiter une pourvoirie près de La Tuque. Portrait d'une famille atypique.

Un texte de Camille Carpentier

C’est une chaude journée de septembre. Les 110 kilomètres carrés de la pourvoirie Waban-Aki sont encore plus calmes qu’à l’habitude. Katerine LeCavalier et Bruno Caron profitent d’une journée de répit entre deux saisons de chasse et pêche après un été qui a été plutôt occupé. Un quotidien bien différent de celui qu’ils avaient, il y a un peu plus de 10 ans.

On vient de Vaudreuil-Soulanges les deux, c'est là qu'on s'est rencontrés à l'école secondaire, raconte Bruno Caron.

Bruno, Katerine et Cédric en compagnie d'un de leurs chiens.Bruno, Katerine et leur fils Cédric rendent visite à la meute d'une trentaine de chiens de traîneau qu'ils possèdent. Photo : Radio-Canada

Il était banquier. Elle, infirmière. Ils étaient à l’aube de la trentaine, mais déjà, ils en avaient assez du rythme effréné que leur imposaient leurs emplois en ville.

C'était une vie de fous, en fait, vivre en ville.

Katerine LeCavalier

Et puis, une occasion inattendue se présente à eux. Bruno tombe sur une annonce d’une pourvoirie à vendre, près de La Tuque.

J'ai proposé ça à Katerine quand j'ai vu cette opportunité-là, en pensant qu'elle allait me traiter de fou!, dit Bruno. Il n’en fut rien. J'ai appelé, on est venus visiter, on est tombés en amour avec le territoire qui est magnifique.

C’est en août 2008 qu’ils font le grand saut. Un coup de tête. À l’époque, ils étaient de jeunes parents de trois enfants : Sandrine, 10 ans, Myriam, 5 ans et Cédric, 2 ans.

Bruno, Sandrine et Katerine marchent en bordure d'un lac tranquille.Bruno, Sandrine et Katerine inspectent un quai près d'un des chalets de la pourvoirie. Photo : Radio-Canada

Pour Bruno, c’est un rêve d’enfance qui se réalise. Les défis sont grands, puisque les bâtiments de la pourvoirie sont en très mauvais état, et beaucoup de travail sera nécessaire pour les remettre en ordre. Mais ce n’est pas le travail qui préoccupe le couple.

Ce qui nous inquiétait, c'était de voir comment les enfants étaient pour s'adapter.

Bruno Caron

C’est pour l’aînée que l’adaptation à la nouvelle vie a été le plus difficile.

Je n'étais pas très enjouée de déménager ici, se souvient Sandrine Caron, qui étudie aujourd’hui la biologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. C'est vraiment éloigné d'où on était.

Sandrine, souriante, porte une veste de chasse orange.À 20 ans, Sandrine Caron a la ferme intention de reprendre les rênes de la pourvoirie familiale. Photo : Radio-Canada

Les défis de l'éloignement

En effet, la pourvoirie est isolée des centres urbains. Tous les matins de semaine, Katerine et Bruno doivent reconduire Cédric et Myriam jusqu’au pont de la rivière aux Rats, à 25 kilomètres de la pourvoirie sur une route forestière. Là-bas, les enfants prennent l’autobus pour se rendre à l’école, à La Tuque. Un trajet qui représente une heure trente de transport, matin et soir.

Malgré le désavantage de l’éloignement, Myriam et Cédric n’iraient pas habiter en ville.

Myriam Caron, tout sourire, brosse un cheval à la robe brune et blanche.Myriam brosse son cheval préféré, Mustang. Photo : Radio-Canada

Le plus gros avantage, je pense, que c'est d'avoir plus de liberté que tout le monde, relate Myriam. D'avoir des chevaux, d'habiter dans la forêt... Je vis plus de choses que les autres qui sont toujours en ville.

En ville, il y a rien à faire tandis qu'ici, tu peux faire plein de choses : l'hiver, du traîneau à chiens, l'été de la pêche, de la chasse, attraper des grenouilles, renchérit son frère de 12 ans.

D’ailleurs, les trois enfants mettent la main à la pâte à la pourvoirie. Myriam aime s’occuper des trois chevaux et accueillir les clients, alors que Cédric adore guider les expéditions de traîneau à chiens et de pêche avec son père. Pour sa part, Sandrine a la ferme intention de reprendre la pourvoirie une fois ses études terminées.

Cédric Caron flatte le ventre d'un chien husky qui s'est couché sur le dos.Cédric aime particulièrement guider des expéditions en traîneau à chiens durant l'hiver. Photo : Radio-Canada

Dix ans après avoir changé de vie, Katerine et Bruno sont toujours heureux d’avoir quitté la ville pour la tranquillité de la nature. Leur quotidien n’est pas de tout repos pour autant. Ménage des chalets, entretien des sentiers, nourrir les trente chiens de traîneau de la pourvoirie et guider les expéditions de chasse et pêche : malgré l’aide d’une poignée d’employés, le travail de pourvoyeurs est colossal.

Katerine LeCavalier et sa fille Sandrine nettoient les fenêtres d'un chalet.Faire le ménage des 12 chalets de la pourvoirie est l'une des nombreuses tâches que doivent effectuer les membres de la famille. Photo : Radio-Canada

Aujourd'hui, le couple ne peut s’empêcher de penser au futur.

L'ouvrage qu'on accomplit ici moi et Katerine, ça en est presque ridicule, dit Bruno. Il y a des semaines qu'on travaille 18 heures par jour, 7 jours sur 7 pendant deux mois de temps. C'est sûr qu'on ne pourra pas faire ça jusqu'à 70 ans, c'est impossible. Il va falloir apprendre à déléguer et apprendre à en faire moins.

S’ils s’ennuient parfois de leur famille, il en est autrement pour leurs anciennes professions.

Quand j'entends parler du système de santé, je ne m'ennuie pas du tout!, rigole Katerine.

Et moi, à chaque fois qu'il y a un défi ou quelque chose de plus difficile, j'ai juste à penser à mon ancien métier, et là le stress tombe et ça va bien!, lance quant à lui Bruno.

Mauricie et Centre du Québec

Société