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  • Exclusif
  • La pierre américaine menacerait l’intégrité physique de la Citadelle de Québec

    Le Bastion du roi de la Citadelle de Québec a été construit à l'époque avec du Grès vert de Sillery.
    Le Bastion du roi de la Citadelle de Québec a été construit à l'époque avec du Grès vert de Sillery. Photo: Radio-Canada / Maxime Corneau

    La pierre américaine qui sera utilisée pour la rénovation de la Citadelle bafoue les critères techniques de son appel d'offre, ce qui menacerait l'intégrité du bâtiment, indique un rapport.

    Un texte de Maxime Corneau

    La pierre Pennsylvania Bluestone qui a été sélectionnée par la Défense nationale pour rénover la fortification est décrite comme non conforme aux exigences techniques du contrat, selon une étude réalisée par le Laboratoire d’expertises de Québec (LEQ) obtenue par Radio-Canada.

    Le LEQ a été mandaté par l’ingénieur géologue Martin Anctil, un entrepreneur qui exploite une carrière de Grès vert de Sillery. Cette carrière contient la pierre de construction d’origine de la Citadelle. Le rapport du LEQ est signé par Charles Tremblay, un ingénieur géologue très réputé au Québec en matière de conformité et d'assurance qualité dans l'industrie de la pierre.

    Martin Anctil multiplie les sorties médiatiques pour dénoncer le choix des pierres depuis le début de la semaine.

    Selon M. Anctil, la Pennsylvania Bluestone ne respecte, ni les critères patrimoniaux, ni les critères techniques du contrat estimé à 16 millions de dollars.

    Les conclusions du rapport du LEQ sont pour leur part sans équivoque : « La pierre Bluestone ne respecte pas la majeure partie des exigences techniques du devis. […] Certaines de ces propriétés peuvent avoir un impact important sur la performance et la durabilité de la pierre ».

    Ces conclusions concordent avec les critiques de l'architecte François Dufaux qui s'est exprimé sur les ondes de Radio-Canada, lundi.

    Autre rapport, mêmes conclusions

    Un autre laboratoire a aussi été mandaté par Martin Anctil pour produire un rapport d'expertise. Il s’agit de la firme EXP qui arrive à un constat similaire.

    Dans ses conclusions, le géologue Alain Blanchette affirme lui aussi que « la pierre Bluestone ne rencontre aucun des critères techniques et exigences spécifiés au devis technique du projet et est donc classifiée comme étant non-conforme. »

    Vérifications en cours

    François Lagacé, lieutenant-colonel et commandant des opérations immobilières pour la province de Québec, a accordé la première entrevue de la Défense nationale sur ce dossier litigieux à l'émission Première heure, mercredi matin. M. Lagacé a d’abord affirmé à l'animateur Claude Bernatchez que la Défense ne reviendrait pas sur sa décision.

    Or, devant ces éléments nouveaux soulevés par Radio-Canada, M. Lagacé a toutefois confirmé dans une seconde entrevue qu’il mènerait personnellement des vérifications dans le dossier.

    « Je vais devoir valider ces informations. C’est une obligation contractuelle de respecter la norme [du devis] », confie-t-il, admettant qu’il n’est pas membre de l’Ordre des ingénieurs. « Je suis ingénieur de combat », ajoute-t-il.

    L’information qu’on a, c’est que la pierre est conforme en tout point. Si la pierre n’est pas conforme, nous la seule chose qu’on demande, c’est qu’elle le soit. L’entrepreneur devra s’y conformer.

    François Lagacé, lieutenant-colonel et commandant des opérations immobilières pour la province de Québec

    Respect du patrimoine

    La Défense nationale maintient néanmoins que l’utilisation d’un matériau de remplacement qui n’est pas celui d’origine respecte les Normes et lignes directrices pour la conservation des lieux patrimoniaux au Canada, des exigences fédérales.

    Ces lignes directrices dictent clairement que les gestionnaires d’édifices patrimoniaux devraient « remplacer les matériaux à l’identique chaque fois que possible » lors des restaurations. Les matériaux de remplacement « ne sont normalement utilisés que lorsqu’il est impossible de trouver les matériaux historiques », toujours selon ces normes.

    Malgré ces lignes directrices, M. Lagacé martèle que la Défense nationale « ne contrevient pas aux normes. La politique du Conseil du trésor est suivie à lettre ».

    Trudeau réagit

    L'affaire a même forcé le premier ministre Trudeau à réagir lors de la période de questions, mercredi.

    « Il est encore temps de faire marche arrière pour restaurer l'intégrité de la Citadelle. Qu'attend le premier ministre pour agir et prendre au sérieux notre patrimoine national? » a demandé Steven Blaney, député conservateur de Bellechasse-Les Etchemins-Lévis.

    « Le soumissionnaire est tenu de respecter les lignes directrices, afin de garantir que le statut de l'UNESCO sera respecté et maintenu. Le Ministère s'assure de faire un suivi rigoureux, car nous comprenons à quel point c'est important pour la ville », a répondu Justin Trudeau.

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