•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Archives
  • Les Rohingyas : un peuple martyr oublié du monde

    L'animatrice Céline Galipeau présente un reportage sur la persécution que subissent les Rohingyas au Myanmar.

    Les Rohingyas sont la minorité ethnique la plus persécutée de la planète.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le 27 août 2018, les Nations unies publient un rapport exceptionnellement accablant. Elles déclarent les autorités du Myanmar coupables du crime de génocide contre les Rohingyas. Nos journalistes ont dévoilé la tragédie que vit ce peuple qui constitue la minorité ethnique la plus persécutée de la planète.

    Une nation qui fuit la mort

    On est en train de mourir. Notre nation est éliminée.

    Shafi Mohamed, réfugié rohingya

    Téléjournal, 15 juin 2015

    Ce cri d'alarme, Shafi Mohamed en a fait part à notre journaliste Sophie Langlois dans un reportage qu’elle a présenté au Téléjournal du 15 juin  2015 et qu’anime Céline Galipeau.

    Shafi Mohamed et sa famille vivent à Québec depuis novembre 2014. Le jeune père a dû fuir son Myanmar natal – que l'on connaît aussi sous le nom de Birmanie – car sa vie y était menacée.

    Son père, fonctionnaire, est licencié sans aucune raison. Sa maison et son village sont brûlés par l’armée birmane. Il assiste à des massacres.

    Il n'en revient pas du chaleureux accueil qu’il a reçu dans la ville de Québec. Après tout, on l’a toujours bafoué au Myanmar.

    Tout cela parce que Shafi Mohamed appartient à une minorité ethnique musulmane, les Rohingyas, dont les autorités birmanes veulent se débarrasser à tout prix.

    Un peuple ballotté par l’histoire

    Les Rohingyas sont depuis longtemps ballottés par l’histoire.

    Au 18e siècle, ils vivaient dans un royaume indépendant, Arakan. En 1742, les Britanniques s’emparent des royaumes d’Arakan et de Birmanie et les annexent à leur possession des Indes.

    À la fin des années 1940, les Britanniques commencent à démanteler leur empire colonial en Asie.

    Ils concèdent l’indépendance à la Birmanie en 1948 en intégrant au nouvel État le royaume d’Arakan. Dans cet état d’Arakan – rebaptisé Rakhine – vivent côte à côte les Birmans bouddhistes et les Rohingyas musulmans.

    À sa naissance, la jeune démocratie birmane accorde tous les droits civiques aux Rohingyas comme aux autres minorités ethniques qui habitent le pays.

    Mais en 1962, une junte militaire s'empare du pouvoir. Les nouveaux maîtres appartiennent tous à la majorité birmane bouddhiste. Ils tolèrent mal la présence des minorités ethniques et religieuses.

    Ils commencent à malmener plusieurs d’entre elles, dont les Rohingyas.

    En 1982, la dictature birmane enlève aux Rohingyas la citoyenneté birmane. L’imposition de la condition apatride est un premier pas vers l’expulsion des Rohingyas de la Birmanie.

    Expulsion vers le Bangladesh

    Le gouvernement birman veut que les Rohingyas retournent vers leur supposé pays natal, le Bangladesh.

    Pour les convaincre de fuir, l’armée birmane expulse les Rohingyas de leurs villages.

    Les Nations unies estiment que 700 000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh. Ils vivent désormais dans des camps de fortune.

    Notre camp est à peine mieux qu’une prison. Nous n’avons aucune liberté. On contrôle nos allées et venues, et on suffoque dans nos abris.

    Naba, réfugié rohingya

    Notre correspondant en Chine Yvan Côté s’est rendu dans un de ces camps lors d’une rare incursion d’un journaliste occidental dans l’état de Rakhine.

    Téléjournal, 5 janvier 2016

    Il nous rapporte de ce séjour un reportage émouvant qu’il présente au Téléjournal le 5 janvier 2016 qu’anime Geneviève Asselin.

    Dans le camp de Sittwe, situé près de la frontière avec le Bangladesh, Yvan Côté rencontre Naba et sa famille.

    Le journaliste dit que Naba a l’impression de pourrir sur place.

    Il ne peut pas étudier, car il n’y a pas d’école. Il n’y a presque pas de soins médicaux. Le frère de Naba a manqué perdre la vie à cause d’une attaque de malaria.

    Une situation pas très étonnante quand on sait que les médecins bouddhistes refusent d’aller au chevet des patients.

    Plusieurs jeunes fuient le camp par la mer. Beaucoup périssent noyés. D’autres sont capturés par des trafiquants et finissent comme marchandise humaine.

    Tout cela, comme le souligne Yvan Côté, se déroule dans le presque silence de la communauté internationale.

    Un retour à la démocratie qui aggrave la persécution

    C’est la plus grande crise humanitaire dans le monde et elle fait encore des ravages à l’abri des regards au Myanmar. Épuration ethnique, famines organisées, viols à grande échelle, l’ONU sonne de nouveau l’alarme sur l’horreur que vit quotidiennement la minorité rohingya.

    Céline Galipeau

    Le 6 mars 2018, comme le constate l’animatrice du Téléjournal Céline Galipeau, près d’un million de Rohingyas s’entassent dans les camps au Bangladesh.

    Téléjournal, 6 mars 2018

    Cette statistique effrayante fait partie de l'introduction à un reportage que présente ce soir-là notre collègue Sophie Langlois. Elle a eu accès à de rares images qui proviennent du Myanmar.

    La journaliste décrit l’horreur. L’armée détruit les villages et camoufle probablement des cadavres dans des fosses communes.

    La cruelle ironie, c’est que ces crimes se déroulent alors que la démocratie vient d'être restaurée au Myanmar.

    L'arrivée de l’opposition démocrate, dirigée par l’icône internationale Aung San Suu Kyi, devait sceller une grande réconciliation nationale.

    Au lieu de ça, celle qu’on appelle la Dame de Rangoon a laissé se déchaîner sans rien dire la passion et la violence xénophobes.

    Des condamnations retentissent dans la communauté internationale. Par exemple, le rapport du 27 août 2018 publié par les Nations unies utilise clairement le mot génocide pour décrire la situation des Rohingyas.

    Le rapport de 444 pages recommande également l’établissement d’un tribunal ad hoc sous la supervision de la Cour pénale internationale pour punir les crimes perpétrés par des membres de l'armée birmane.

    Il faudra aussi aider les Rohingyas à surmonter cette épreuve.

    L’envoyé spécial du Canada au Myanmar Bob Rae a demandé au gouvernement fédéral 600 millions de dollars pour atténuer les répercussions de leur déportation.

    Encore plus de nos archives

    Archives

    International