•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

ALENA : « Tes journées de profits, tu les laisses aller » - un producteur de lait inquiet

Selon Me Simon Potter, avocat spécialisé en commerce international, il serait étonnant que la hausse du prix du lait à la ferme ne se traduise pas en hausse de la facture pour le consommateur.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Lévesque-Boucher

Radio-Canada

Les producteurs de lait de toutes les provinces canadiennes vont envoyer aujourd'hui un message clair au gouvernement Trudeau : ne cédez pas aux pressions de l'administration américaine qui réclame un meilleur accès au marché canadien. Les producteurs de lait craignent toutefois d'être abandonnés, sans que le gouvernement les indemnise adéquatement.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire à Ottawa et animateur du balado La mêlée politique

À 15 h 30, les quatre enfants de Maxime Béliveau rentrent de l’école. Ils enfilent leurs bottes imperméables et leur combinaison, trois roses, une bleue. Leur tâche cet après-midi : nous guider et nous présenter leurs quelque 85 vaches.

C’est pour ses quatre enfants que Maxime Béliveau, 30 ans, a décidé d’investir plus d’un million de dollars pour construire une nouvelle étable : un nouveau robot pour la traite des vaches, un autre pour distribuer la nourriture et un autre pour bien la répartir dans l’étable.

« Il y a deux ans, ma fille est rentrée à l'école et avec mon horaire, c'est simple, je ne la voyais plus, explique-t-il. J'ai fait une famille pour voir mes enfants. »

En automatisant la traite les vaches, son horaire est beaucoup plus flexible. Il peut maintenant voir ses enfants autour de la table dans la cuisine plutôt qu’uniquement dans l’étable.

Les enfants de Maxime Béliveau en compagnie d'une des 85 vaches de la ferme familiale.

Les enfants de Maxime Béliveau en compagnie d'une des 85 vaches de la ferme familiale.

Photo : Radio-Canada / Philippe Vincent-Foisy

Un programme critiqué

Le projet de Maxime Béliveau a fait partie de ceux retenus par le gouvernement canadien dans le cadre d’un plan d’aide à l’investissement mis en place après la signature de l’Accord de libre-échange avec l’Europe (AEGC). Cette entente ouvre le marché canadien à du fromage fin, 16 000 tonnes pourront être importées d'ici 2022.

Le programme a été vivement critiqué par les producteurs qui n’ont eu que sept jours pour soumettre leurs demandes. Des centaines ont été acheminées en vain, après la fermeture du programme.

Sur les quelque 2500 envoyées au ministère, environ 1800 ont été approuvés. Les producteurs seront peut-être plus chanceux lors de la deuxième phase, mais les critères n’ont pas encore été déterminés.

Les producteurs ont aussi déploré le fait que le gouvernement finance des investissements et des mises à niveau d'équipement, mais n’offre rien pour les pertes de revenu subies après l’ouverture du marché.

En fin de compte, ce sont les commerçants d’équipement qui vont avoir l’argent. Ça ne nous aide pas à court terme non plus. Ça prend quelque chose pour nous aider maintenant à payer nos factures. La majorité des producteurs, on a de la difficulté avec le prix du lait qui a chuté.

Maxime Béliveau, producteur de lait

Il qualifie ce programme d’« inéquitable » parce qu’il n’a aidé qu’une poignée de producteurs laitiers.

La différence entre les profits et les pertes

À quelques kilomètres de là, le propriétaire de la fromagerie Grondines, Charles Trottier, nous accueille dans sa fromagerie complètement rénovée. Il raconte qu’il a aussi investi plus d’un million de dollars pour son étable, mais que ses projets ont été refusés par le ministère.

Il ne mâche pas ses mots à l’endroit du programme gouvernemental.

C’était premier arrivé premier servi, c'est une politique de con, parce que quand les gouvernements font ça, ça démontre une méconnaissance du secteur.

Charles Trottier, producteur de lait

Il appréhende la suite des choses. Le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) va ouvrir une brèche de 3,25 % dans le marché du lait canadien et le gouvernement Trudeau n’a toujours pas indiqué comment il comptait indemniser les producteurs.

Charles Trottier dans sa cave d’affinage.

Charles Trottier dans sa cave d’affinage.

Photo : Radio-Canada / Philippe Vincent-Foisy

Charles Trottier rappelle que même si le pourcentage de chaque brèche peut sembler petit, « bout à bout » c’est la différence entre une entreprise rentable ou non.

Selon la Fédération des producteurs de lait du Québec, la brèche du PTPGP représente 11 jours de production pour les agriculteurs.

« Tes journées de profits, tu les laisses aller, explique le président de la fédération Bruno Letendre. Tu ne peux pas enlever 11 jours de paie à tes travailleurs. C’est son salaire qu'il perd, il va travailler pour à peu près rien. »

Les producteurs continuent d'espérer que le gouvernement Trudeau ne cède pas sous les pressions américaines, qu’il n’ouvre pas de nouvelle brèche dans le marché du lait canadien. Ils craignent d’être abandonnés par le gouvernement dans le cadre de la négociation de l’ALENA.

« On a l’impression qu’on sert de monnaie d’échange », lance Charles Trottier.

Tout comme Maxime Béliveau, il est bien conscient qu'il a peu de contrôle sur ce qui se trame à Washington, à des milliers de kilomètres de chez lui.

Agro-industrie

Économie