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Premier marquage électronique réussi d'un grand requin blanc en Atlantique

L'étiquette satellite d’archivage sur le grand requin blanc, le 13 septembre 2018.
L'étiquette satellite d’archivage sur le grand requin blanc, le 13 septembre 2018. Photo: Pêches et Océans Canada

Des scientifiques se réjouissent d'une grande première dans les eaux du Canada atlantique : le marquage électronique d'un grand requin blanc repéré au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Un texte de Frédéric Wolf

Une équipe composée de la chercheuse Heather Bowlby, du capitaine Art Gaetan et du second capitaine Nathan Glenn a apposé sur un requin mâle une « étiquette satellite d’archivage » jeudi dernier.

Il s'agit d'un petit engin électronique qui, collé sur le requin, permettra de récolter différentes informations sur son comportement et les lieux qu'il a visités.

Le deuxième capitaine Nathan Glenn, Heather Bowlby et le capitaine Art Gaetan.De gauche à droite : le deuxième capitaine Nathan Glenn, Heather Bowlby et le capitaine Art Gaetan. Photo : Pêches et Océans Canada

Mme Bowlby est chef de recherche au Laboratoire de recherche sur les requins du Canada atlantique au ministère des Pêches et des Océans (MPO). Les scientifiques veulent étudier les raisons qui poussent les grands requins blancs à fréquenter les eaux canadiennes, explique-t-elle.

Le type de technologie de marquage que nous utilisons nous fournit des informations sur la profondeur et les températures qu’ils fréquentent, ainsi que les endroits qu’ils visitent, ce qui nous donnera une bien meilleure connaissance de leur comportement, indique-t-elle.

Grand requin blanc sous l'eau s'approchant d'un appât.Agrandir l’imageMarquage électronique d'un grand requin blanc dans les eaux au sud-ouest des côtes de la Nouvelle-Écosse le 13 septembre 2018. Photo : Pêches et Océans Canada

Le spécimen rencontré jeudi faisait trois mètres de long et l’équipe croit qu’il est âgé d’une vingtaine d’années. Les grands requins blancs (Carcharodon carcharias) ont une espérance de vie d’environ 70 ans.

Il s'agit d'une espèce en voie de disparition au Canada.

Une procédure rapide pour une courte interaction avec l’animal

La chercheuse Heather Bowlby explique qu’il est difficile de repérer les requins. Il faut donc utiliser des amorces, soit un mélange de poissons broyés dont l’odeur attire les animaux.

Nous avons des appâts accrochés à des cordes ainsi qu’à des crochets à l’arrière du bateau, ajoute-t-elle. Dans ce cas-ci, il s’agissait de têtes de thon blanc.

Ce requin a choisi l’appât sur le crochet, dit-elle. Dès qu’il est arrivé près du bateau, le capitaine, choisi comme responsable du marquage, a apposé l’étiquette électronique à l’aide d’une longue perche.

Heather Bowlby, Art Gaetan et Nathan Glenn sur un bateau.Agrandir l’imageArt Gaetan (au centre), entouré de la chercheuse Heather Bowlby (à gauche) et de Nathan Glenn (à droite), tient la perche au bout de laquelle est montée l'étiquette satellite d’archivage qui est placée sur le requin. Photo : La Presse canadienne / Aly Thomson

Une ancre métallique entre dans un muscle du dos du requin, tout près de la nageoire dorsale, décrit Mme Bowlby.

Une caméra sous-marine a filmé l’événement et permis de déterminer le sexe de l’animal.

Du moment où il a saisi l’appât jusqu’au moment où il a été relâché, il s’est écoulé moins de cinq minutes. Ce fut une interaction très rapide.

Heather Bowlby, chercheuse

Les requins ne sont pas faits pour être hors de l'eau, dit la chercheuse. C’est pourquoi il n’en est jamais sorti durant l’événement. Ce genre de marquage rapide ne serait pas possible si, par exemple, vous ameniez le requin sur le pont du bateau, dit Mme Bowlby.

Notre but est un marquage très simple, afin de minimiser la durée de l’interaction avec l’animal et de le relâcher le plus rapidement possible, avec l’étiquette, pour s’assurer qu’il se comporte aussi naturellement que possible après la rencontre, résume-t-elle.

Plusieurs recherches sur les requins ce mois-ci

Incidemment, le groupe Ocearch est arrivé dimanche dernier dans le port d’Halifax. Cet organisme américain sans but lucratif est de passage pour tenter le marquage électronique de nouveaux requins.

C'est ce groupe qui a réalisé le marquage en Caroline du Sud du grand requin blanc Hilton, qui a été aperçu ces deux derniers étés en Nouvelle-Écosse.

Heather Bowlby précise que l’équipe qui a marqué un requin jeudi dernier n’est aucunement affiliée à Ocearch.

Un requin blanc sur le pont d'un bateau, entouré de chercheurs.Le groupe Ocearch a capturé puis relâché le requin Hilton pour en faire le marquage électronique au large de la Caroline du Sud en 2017. Photo : La Presse canadienne / Robert Snow

Un choix entre plusieurs technologies

L’étiquette satellite d’archivage qui suit maintenant le grand requin blanc rencontré par l’équipe de Heather Bowlby transmettra aux scientifiques des informations sur la luminosité, la profondeur et la température des eaux qu’il habite.

La position de l’animal est déterminée par les niveaux de luminosité, alors que des informations sur son comportement sont déduites à partir de la profondeur et de la température de l’eau. Les données sont enregistrées toutes les six heures.

Nous obtenons ces informations au bout de neuf mois, quand l’étiquette se détache de l’animal et transmet [ses informations] au satellite, dit la chercheuse.

Elle explique qu’il faut faire un choix parmi les différentes technologies de marquage qui sont disponibles. La longévité de la batterie est une importante contrainte.

Nous avons le choix entre une étiquette qui dure longtemps, mais transmet moins d’information, ou une de plus courte durée qui contient plus d’information, résume-t-elle.

Les étiquettes qui ne font que transmettre la position peuvent rester sur l’animal pendant des années parce que la durée de vie de la batterie le permet, ajoute Mme Bowlby. Puisque nous voulons de l’information sur la profondeur, la température et le comportement toutes les six heures, cela limite la vie de notre étiquette.

Le grand requin blanc est une espèce en voie de disparition au Canada.Le grand requin blanc est une espèce en voie de disparition au Canada. Photo : Andrew Brandy Casagrande/Discovery Channel/The Associated Press

Au Canada, il est illégal de tuer, de blesser ou de harceler un requin blanc. Heather Bowlby explique que son équipe a dû se soumettre à une procédure rigoureuse d'évaluation avant d'obtenir les permis nécessaires à ses travaux scientifiques.

Son équipe se consacre au marquage électronique d’autres espèces, et espère pouvoir effectuer une mission similaire l’an prochain et identifier d’autres grands requins blancs.

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